L’actualité diplomatique de cette semaine en Algérie a été marquée par un évènement bilatéral algéro-américain important et dont il convient de suivre l’évolution. Il s’agit de la visite, mardi
6 décembre, du coordinateur pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord au Conseil de sécurité nationale des Etats-Unis, Brett McGurk, et de la sous-secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, Yael Lambert. Cette visite de M. McGurk, la première du genre de ce responsable qui a servi au sein de l’administration Obama, de Donald Trump avant d’être choisi par le président Joe Biden, témoigne de l’intérêt nouveau de la politique étrangère américaine pour le Maghreb et l’Algérie.

Par Halim Midouni
Les questions que suscite la visite à Alger du coordinateur des questions de sécurité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord auprès de la Maison Blanche trouvent leur réponse dans le fait qu’entre Alger et Washington, il existe une coopération sécuritaire importante. Elle remonte à loin, elle a connu au tournant des années 2000 et après les attentats du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis une intensification remarquée avant de connaître une certaine tiédeur que la visite du Monsieur Sécurité chargé du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord semble relativiser.
Côté algérien en tout cas, et si l’on juge par l’audience que le chef de l’Etat a accordé à Brett McGurk en présence des poids lourds de la diplomatie et de la sécurité algériennes comme Ramtane Lamamra, Boumediene Benattou, Conseiller auprès M. Tebboune chargé des Affaires en lien avec la défense et la sécurité, et du général-major M’henna Djebbar, chargé du renseignement extérieur, l’hypothèse, validée par l’audience qui a été accordée au responsable américain par le chef d’état-major de l’ANP Said Chanegriha, est que la partie algérienne tient à montrer l’importance qu’elle accorde aux questions de coopération et d’échange dans les domaines de la sécurité et de la défense avec le partenaire étasunien.
Cela au moment où la visite de M. McGurk en témoigne et semble regarder avec une nouvelle attention et un nouvel intérêt à l’évolution géopolitique en Afrique du Nord. Le coordinateur pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord au Conseil américain de sécurité nationale s’est déjà rendu à plusieurs reprises au Maroc, y compris avant sa nomination par le président Biden au poste qu’il occupe actuellement depuis le début de l’année 2021, mais c’est la première fois qu’il fait le voyage en Algérie pour qui il s’agirait de rappeler, non sans difficulté, son engagement constant dans la lutte antiterroriste suivant une ligne à équidistance des blocs géopolitiques qui s’affrontent, en particulier depuis le 24 février 2022 et la décision qui pose davantage question aujourd’hui du chef du Kremlin de déployer des forces en Ukraine qu’il considère, en raison de son régime, comme un poste-avancé de la stratégie américaine et de l’Otan contre les intérêts stratégiques de la Russie.
Ce rappel est aujourd’hui plus qu’important car, aux Etats-Unis comme dans d’autres pays occidentaux, le réflexe, facile mais pas anodin et contraignant, est de classer un peu hâtivement l’Algérie comme un allié sans nuances de la Russie dans sa guerre en Ukraine, au prétexte que l’armement algérien est majoritairement russe, que les deux pays partagent un programme important d’exercices et de manœuvres militaires. On oublie qu’on septembre dernier, un pays et une puissance émergente comme l’Inde était présente aux manœuvres «Vostok-2022» qui ont eu lieu à Vladivostok.
Le séjour de Brett McGurk à Alger trouve surtout sa motivation dans le fait que l’Algérie mène actuellement une médiation active entre les différentes factions palestiniennes pour les inciter à s’entendre sur une feuille de route unique pour la défense de leur cause nationale et respecter l’engagement de tenir des élections en octobre 2023. Dans le cadre de cette médiation, une nouvelle réunion importante de ces factions est attendue à la fin du mois à Alger : une échéance qui, évidemment intéresse Washington et l’administration du président Joe Biden davantage intéressée par le maintien du statuquo qu’une véritable entente palestinienne pourrait bousculer – une évolution qui est pour l’instant difficile si l’on suit attentivement les réactions et les déclarations de l’Autorité palestinienne en particulier.
L’Algérie en tant que pays faisant partie du voisinage engagé pour une issue politique en Libye a également un avis sur les développements dans ce pays ; un dossier qu’il a dû entre autres aborder également hier lors de sa rencontre avec le président de Tunisie Kaïs Saied. n