Le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, est attendu aujourd’hui en Algérie pour une visite qui sera inscrite sous le sceau d’une consolidation de relations déjà denses et diverses.

L’Algérie et l’Espagne entretiennent des relations souvent qualifiées de stratégiques et de solides, puisque à des niveaux divers de la coopération. L’Algérie est un «acteur de premier ordre au Maghreb et dans l’Union africaine et un partenaire loyal et fiable pour l’Espagne», a déclaré hier le gouvernement espagnol à l’occasion de cette visite.
Durant ces dernières années, les relations économiques entre l’Algérie et l’Espagne ont enregistré une dynamique notable à travers des partenariats multisectoriels. La visite qu’effectuera aujourd’hui à Alger le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy Brey, dans le cadre de la 7e session de la Réunion bilatérale algéro-espagnole de Haut niveau, sera sans nul doute une occasion de donner un nouvel élan aux partenariats divers qui lient Alger et Madrid. Les deux pays auront à identifier les voies et moyens pour développer davantage leur coopération économique, appelée à s’intensifier. La dernière rencontre de ce niveau date de 2015. Pas moins de huit ministres accompagneront Rajoy, dont ceux des Affaires étrangères et de la Coopération, de la Défense, de l’Intérieur, de l’Energie, du Tourisme et du programme digital, et trois secrétaires d’Etat (éducation et  de la formation professionnelle et des universités, du commerce et de la recherche, et celui du développement et l’innovation).
Un Forum d’affaires algéro-espagnol est prévu, avec la participation d’hommes d’affaires des deux pays activant dans plusieurs secteurs. Dans le domaine de l’énergie, les deux pays sont liés par plusieurs projets d’envergures. Les questions internationales et d’ordre sécuritaire, notamment sur le Sahel et le Sahara occidental, devraient être au menu. Plusieurs accords et mémorandums devraient être signés, portant sur l’assurance agricole, la protection civile, les chaînes de télévision publiques et agences de presse publiques, ainsi que les entités postales publiques. Les deux pays ont vu leur coopération s’intensifier dans le secteur financier à travers la signature d’une convention portant sur la conversion d`une partie de la dette algérienne, détenue par l`Espagne, en investissements agricoles dans la filière oléicole. Les 250 entreprises espagnoles opérant en Algérie sont présentes dans des secteurs divers. Les investissements déclarés auprès de
l’Andi (Agence nationale de développement de l’investissement), sont variés : 65 projets impliquant des promoteurs espagnols ont été enregistrés auprès de cette agence les 15 dernières années, pour un montant de 170 milliards de dinars, devant générer 5 665 postes d’emplois directs. Sur ces 65 projets déclarés, 47 ont été réalisés.

Premier client de l’Algérie
Parmi les pays étrangers ayant investi en Algérie, l’Espagne arrive au 4e rang en termes de nombre de projets, au 7e rang en volume financier et en 5e position en nombre d’emplois. Parmi les pays d’Europe, l’Espagne se classe au 3e rang en termes de nombre de projets, de volume financier et de nombre d’emplois, après la France et la Turquie. Selon l’Andi, l’examen des investissements espagnols en Algérie par secteur font ressortir l’industrie en pole position, soit 82% en nombre des projets souscrits, 99% en montant et 88% en nombre d’emplois. Concernant les relations commerciales, l’Espagne s’est classée, en 2017, comme 3e client de l’Algérie avec un montant de 4,1 milliards de dollars d’exportations algériennes, et 5e fournisseur avec 3,1 milliards de dollars d’importations algériennes. Mais sur les deux premiers mois de l’année 2018, l’Espagne est devenue le premier client de l’Algérie. C’est dire l’importance de cette visite en termes économique.
Importation et immigration clandestine, sujets inévitables
Un autre secteur liant les deux pays pourrait particulièrement être discuté : les industriels espagnols du secteur de la céramique ont exprimé leur inquiétude après la décision de l’Algérie d’interdire l’importation des faïences et des carreaux de sol. Les médias espagnols avaient fait état de difficultés de ce secteur en termes de sauvegarde de l’emploi. María Dolores Parra, directrice générale de l’internationalisation au conseil économique de Valence, avait parlé d’une «mauvaise nouvelle qui pourrait affecter un peu plus ce secteur d’activité» dont la viabilité dépend en grande partie de l’activité algérienne.
Selon le quotidien espagnol El Mundo, l’Espagne aurait ainsi perdu au moins 20 millions d’euros, deux mois après l’entrée en vigueur de ces nouvelles lois. Mais récemment, les autorités algériennes auraient lâché du lest sur cette question. Des licences sont de nouveau attribuées pour l’importation de ce produit. Plus d’une centaine d’opérateurs auraient obtenu la permission de reprendre l’activité d’importation de la faïence d’Espagne, premier pays fournisseur de l’Algérie en ce produit avant les mesures de limitation. Sur le plan des relations politiques bilatérales, la question de l’immigration clandestine sera sans nul doute également au menu des discussions entre les deux parties tant cette question constitue une source de préoccupation pour l’Espagne. Un sujet paraissant inévitable tant il fait l’actualité de façon régulière. Selon le journal espagnol ABC, les autorités espagnoles voudraient que l’Algérie renforce la surveillance de ses côtes et empêche les clandestins de prendre la mer. Les autorités espagnoles annoncent souvent l’arrivée de haraga algériens sur leurs côtes. Dans la période allant du 26 octobre au 3 novembre 2017, 600 migrants clandestins avaient atteint les côtes espagnoles en provenance d’Algérie, révèlent les médias de ce pays. Ce qui fait dire aux Espagnols que l’Algérie ne surveille pas suffisamment ses côtes. En janvier dernier, quarante migrants algériens ont été rapatriés d’Espagne où ils se trouvaient illégalement, quelques jours après la mort suspecte d’un Algérien dans le centre de rétention d’Archidona dans le sud de ce pays. Les 40 Algériens, qui avaient pris la mer à partir d’une plage de Mostaganem, avaient été interceptés par les garde-côtes espagnols. Une conférence de presse des deux chefs du gouvernement devrait clôturer cette visite.