La crise qui secoue les relations entre l’Algérie et l’Espagne tend à s’inscrire dans la durée. Depuis la sortie risquée du chef du gouvernement espagnol, affichant ouvertement son ralliement à la thèse marocaine dans le dossier du Sahara occidental, et la riposte d’Alger s’est rapidement manifesté à travers le rappel de l’ambassadeur d’Algérie en Espagne, le 19 mars 2022.

Par Fereil Nourine
Autrement dit, cela fait six mois, jour pour jour, que le responsable de la diplomatie algérienne à Madrid a été rappelé, sans qu’aucun signe ne vienne depuis annoncer un éventuel apaisement de la brouille provoquée par Pedro Sanchez. Ce dernier n’avait pas tardé à lancer un appel officiel au retour de l‘ambassadeur d’Algérie.
Subissant les tirs croisés de la classe politique de son pays, du mouvement associatif ou encore de poids lourds de la presse, mais surtout sachant qu’il risquait de mettre son pays face à d’énormes difficultés d’approvisionnement de gaz à partir de l’Algérie, le chef de l’exécutif espagnol n’avait pas tardé à lancer un appel au retour de l’ambassadeur d’Algérie. Cela s’était produit un mois après le rappel sur la chaîne Antenna 3, à travers laquelle il avait émis le souhait de voir ce retour se réaliser, considérant que cela allait se produire sans grandes difficultés.
Mais Sanchez n’avait, en fait, rien dit de favorable à ce retour. Bien au contraire, il s’est employé à jongler avec les contradictions en maintenant implicitement la position à l’égard de la question du Sahara occidental, qui a provoqué le courroux les autorités algériennes.
«Nous espérons pouvoir résoudre ce problème diplomatique dans un court laps de temps. L’Espagne peut entretenir une relation positive et stratégique avec le Maroc et l’Algérie», avait-il déclaré, non sans mettre en avant sa relation avec le Maroc qui est «le troisième partenaire commercial de l’Espagne en dehors de l’Union européenne». Donc avoir des «relations stables et de confiance avec le Maroc est primordial pour l’Espagne», a-t-il indiqué. Le responsable espagnol avait expliqué que sa position sur le Sahara «s’assimile aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et s’aligne sur ce que disent d’autres pays comme la France ou l’Allemagne».
Ce qui à quoi l’envoyé spécial chargé de la question du Sahara occidental et du Maghreb, Amar Belani, avait réagi en posant les conditions de l’Algérie pour le retour de son ambassadeur en terre espagnole.
«Le retour de l’ambassadeur d’Algérie à Madrid sera tranché souverainement par les autorités algériennes», a-t-il déclaré, précisant que cette décision sera prise dans le cadre de «clarifications préalables» et «franches» pour reconstruire une «confiance sérieusement abîmée» sur la base de «principes clairs, prévisibles et conformes au droit international».
M. Belani avait même souligné que «ce qui se passe entre Alger et Madrid n’est pas juste un nuage d’automne qui va se dissiper rapidement». Ce dernier savait ce qu’il disait, et face à l’obstination du gouvernement espagnol de défendre la thèse marocaine, allant à l’encontre des réclamations sahraouies pour un référendum d’autodétermination prévu par l’ONU, l’Etat algérien a décidé de passer à une nouvelle étape de son offensive. Il a ainsi opté, au mois d’août dernier, à la suspension du «Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération» conclu en 2002 avec l’Espagne.
Une décision qui a mis en alerte de nombreuses entreprises espagnoles, plusieurs branches d’activités confondus, grandes perdantes dans cette mesure de rupture. Mais c’est surtout le dossier du gaz et du contrat qui lie les deux pays, qui par une déstabilisation totale du marché, qui est en train d’émerger dans ce qui reste de relations entre les deux pays. Une émergence qui ne laisse cependant monter en surface que de très petites annonces d’avancées dans les négociations sur la révision du contrat gazier entre Sonatarch et Naturgy.
Engagées depuis déjà octobre dernier, les négociations ne semblent avancer que depuis quelques jours, sans pour autant être sûres d’aboutir à un accord définitif. Et pour cause, l’entreprise espagnole s’est contentée d’accepter partiellement les conditions de la compagnie nationale d’hydrocarbures. Naturgy a dit oui aux nouveaux prix fixés par Sontrach, mais pour une durée de deux années seulement, alors que dans le cadre du contrat à long terme (jusqu’à 2030) qui lie les deux entreprises, les renégociations portent sur une durée de trois années, soit 2022-2024 dans ce cas précis.
Les négociations se poursuivent, selon la presse espagnole citant des responsables algériens. Elles se poursuivent sous l’emprise d’un différend qui a connu une série de pics depuis son déclenchement. Entre-temps, l’Espagne a vu ses approvisionnements en gaz algérien sensiblement réduits ces derniers mois. Et Pedro Sanchez ne semble pas juger nécessaire de faire le pas nécessaire au profit des négociations, alors que l’absence d’accord ajouterait aux difficultés de son gouvernement. n