L’arbitrage de Bakary Gassama lors du match Algérie-Cameroun, comptant pour le dernier tour de qualifications de la Coupe
du monde 2022, a fait couler beaucoup d’encre. Et qui mieux qu’un ancien referee international pour évaluer la prestation
du Gambien et du fonctionnement de l’arbitrage vidéo (VAR) qui ne semble pas avoir été très utile pour cette rencontre,
compte tenu des situations litigieuses conséquentes en marge de cette partie.

Propos recueillis par Mohamed Touileb
Reporters : Pour commencer, on aimerait bien connaître votre avis sur la prestation de Bakary Gassama en toute objectivité ?
Zekrini : Ecoutez, Gassama n’a pas été à la hauteur parce qu’il a commis beaucoup d’erreurs qui ont influé sur le résultat du match. Quelles sont les situations litigieuses ?
Il y a eu le premier but du Cameroun entaché d’une faute sur Mandi. Le joueur camerounais l’a poussé et Mandi a percuté M’Bolhi. Le but n’était pas valable. Pour la deuxième situation, il y avait le penalty sur Slimani. Il y avait poussette à l’intérieur de la surface de réparation par un défenseur camerounais avec le bras de ce dernier en extension sur le dos de Slimani. Il y avait faute et il aurait dû siffler un penalty pour l’équipe nationale. Ces deux fautes étaient vraiment fatales. Bon, pour le but de Slimani, il était entaché d’une main. A part ça, je trouve qu’il a intimidé un peu les joueurs algériens en les menaçant verbalement à plusieurs reprises. Il a ajouté 4 minutes de temps additionnel injustifié en prolongations alors qu’il ne devait ajouter qu’une seule en raison du temps d’arrêt sur la blessure de Slimani. Par ailleurs, on peut se demander pourquoi n’a-t-il pas ajouté la moindre minute après le but du Cameroun alors qu’ils ont célébré leur but. Le règlement dit que s’il y a célébration, il faut ajouter du temps additionnel. Il se dit que le VAR était défaillant sur le premier but du Cameroun, Gassama devait-il attendre jusqu’à ce que le VAR revoie les images et avait-il le droit de reprendre la partie sans consulter les images ?
La réglementation est claire : si le VAR s’arrête de marcher, le responsable de l’arbitrage vidéo doit aviser Gassama et lui dire que le VAR est défaillant. Dans ce cas, Gassama est dans l’obligation d’aviser les deux capitaines d’équipe. Mais, qui prouve que le VAR était défaillant ?

Justement, Gassama a-t-il le droit de ne pas consulter les replays s’il est sûr de sa décision ?
Oui. Tout à fait. C’est lui le décideur. La loi 5 (chaque match se dispute sous le contrôle d’un arbitre disposant de toute l’autorité nécessaire pour veiller à l’application des lois du jeu dans le cadre du match qu’il dirige) est avec lui. Il peut ne pas partir la consulter s’il est sûr de lui. Mais si le VAR avait raison et lui tort, là, il va payer cher et il va être suspendu.

Lorsqu’il rédigera son rapport, peut-il justifier ces décisions et dire qu’il s’est fié à son appréciation ?
Oui, il peut dire cela, mais il y a le VAR. Et il sert à ça. On lui demandera certainement pourquoi il n’a pas recouru à l’assistance. La FIFA a mis le VAR pour aider l’arbitre dans ses décisions et faire qu’elles soient justes.
Pour rester dans le VAR, qui est le responsable des images que voient les arbitres dans leur cabine de l’arbitrage vidéo ?
Dans la cabine, il y a une personne qu’on appelle l’opérateur. C’est lui qui passe les images sur les écrans des arbitres.

Qui installe le dispositif ?
La Télévision algérienne branche le câble du signal à la cabine. Mais c’est la cabine du VAR qui est responsable des séquences diffusées sur l’écran de l’arbitre.

Vous êtes consultant à l’ENTV et vous devez avoir des échos. L’ENTV a-t-elle mis assez de caméras pour avoir des ralentis sous tous les angles ?
Je vais vous donner un détail, la Télévision algérienne a mis 13 caméras (12 sur le terrain et la 13e dans la cabine de visionnage). Et je vais vous faire une confidence, dans le match Sénégal-Egypte arbitré par des Algériens, il y avait seulement 10 caméras.

La FIFA peut-elle réécouter les échanges entre Gassama et l’équipe du VAR ?
Oui. Il y a l’enregistreur. Tout est enregistré avant, pendant et après la fin du match.

Et est-ce que la FAF a accès à ces enregistrements ?
Non. Parce que le VAR ne concerne que la FIFA et la CAF.

La FIFA peut donc écouter cela après le recours interjeté par la FAF ?
Bien évidemment. A partir du moment où la FAF a fait sa demande d’examen, la FIFA va consulter tous les concernés (arbitre, commissaire du match, responsable de la VAR…).

Que risque Gassama dans cette histoire ?
Il fait partie des 8 arbitres retenus pour la Coupe du monde…
Oui, mais d’après les informations, la FIFA ne communiquera la liste finale qu’à un mois du début du tournoi. Cette affaire pourrait lui valoir une mise à l’écart…
Oui. Mais on n’est sûr de rien pour l’instant.

Pour finir, pensez-vous que le résultat technique du match peut être annulé (match rejoué ou autre) si l’influence de Gassama sur l’issue du match est avérée ?
En toute franchise, il s’agit d’appréciations et je doute qu’elles puissent être remises en considération. Sinon, on examinera toutes les décisions arbitrales dans les quatre coins du monde. Du moment qu’il n’y a pas une faute technique avérée je ne crois pas qu’ils vont rejouer le match parce que Gassama n’a pas sifflé un penalty ou accordé un but entaché d’une faute. Rappelez-vous, la France marquait après une main de Thierry Henry, en 2009, sans qu’on rejoue ce match (ndlr : à l’époque il n’y avait pas encore le VAR). Il y a même eu des matchs de phases finales de Coupe du monde où il y a eu des fautes graves.

Merci beaucoup pour ces éclaircissements Monsieur Zekrini
Je vous en prie.