La pandémie mondiale de Covid-19 a suscité l’accélération d’une crise économique sans précédent. Une conjoncture jalonnée de complications, oscillant autour de la problématique sanitaire dans ses différentes dimensions.
Le défi de la reprise se pose avec acuité partout dans le monde, dans la perspective de relancer la machine productive et de permettre aux sociétés de subsister et aux couches les plus fragilisées de pouvoir mieux respirer.

Par Sofiane Baroudi
L’Argentine et l’Algérie sont deux grands pays en voie de développement. Dans les années 1950 et 1960, la République d’Argentine a été à l’avant-garde de la politique « développementiste» (desarrollismo) accompagnant le nationalisme radical « péronisme », consistant en une sorte de capitalisme d’Etat régulant les flux financiers et encourageant le secteur productif national par un soutien à la consommation et des mesures de protection sur le modèle de « l’Etat providence ». Cette politique a permis un développement important de l’industrie et notamment du secteur agro-industriel exploitant la richesse du sol (soja, maïs, blé, viande…) où l’Argentine est encore, aujourd’hui, l’un des leaders mondiaux.
L’Algérie a choisi une ligne similaire dans les années 1960 et 1970, quoique plus « socialisante », misant sur un développement autocentré basé sur l’essor de l’industrie lourde et sur la nationalisation des ressources minières et des terres, mais, surtout, par le soutien aux industries extractives et énergétiques profitant de la richesse du sous-sol (pétrole, gaz, production d’électricité…).
Lecture économique croisée
Les deux pays ont aussi subi dramatiquement les affres de la crise économique, traduits par l’endettement et l’ingérence du Fonds monétaire international (FMI) et la pression des « prêteurs » sur les structures économiques. Les fameux plans d’ajustement structurels ont porté des coups aux économies nationales en enfonçant de larges couches de la population dans la paupérisation et en augmentant, significativement, la pauvreté et la dépendance. Les années 1990 ont sonné le glas pour les deux économies qui ont dû se conformer à la Doxa néolibérale et aux mesures dites du consensus de Washington, parfois à grand fracas. Comme pour le cas du démantèlement du secteur public algérien accompagné par la destruction de centaines de milliers d’emplois dramatiquement lors de « la décennie noire », à l’aube du troisième millénaire. La crise de 2001, en Argentine, reste encore dans les mémoires comme un choc, compte tenu de la brutalité de la dépression. Les raisons de la « banqueroute » résidant notamment dans la dollarisation de l’économie opérée sous les gouvernements Carlos Menem, le « très néolibéral » ex-Président. Cette crise « historique » a, par là-même, entraîné la mobilisation sociale et des mesures d’urgence impulsées par la nécessité d’opérer des changements structurels importants dans ce grand pays sud-américain.
Dès 2003, le néo-desarrollismo ligne économique « keynésienne hétérodoxe » a été institué en Argentine comme corollaire du « Kirchnerisme » -2003-2007- politique justicialiste basée sur le contrôle des capitaux et des flux financiers et, surtout, par le soutien à la consommation et l’assistance aux couches les plus fragilisées de la société appauvries par le collapse de 2001. Le soutien au secteur agro-exportateur conjugué à l’explosion de la demande internationale sur les agro-marchandises, dans les années 2000, dû notamment à la grande croissance chinoise et indienne, a permis au secteur agro-exportateur argentin de se hisser au rang de grand pourvoyeur mondial en produits de base. La flambée des prix des produits « de base » à la veille de la crise de 2008, a renforcé le « lobby » de l’agrobusiness, devenant un grand acteur du rapport de force politique, notamment à la fin de la magistrature de Christina Kirchner, poids déterminant de ce secteur consacré par l’investiture du « Business Man » Mauricio Macri en 2015.
La flambée de la demande internationale a ainsi fait du soja une vraie source de « rente » et une authentique manne permettant le financement de la dépense publique, mais aussi attirant les investissements « parasitaires » et les opérations « rapaces », à l’image du pétrole et du gaz algériens. Les années 2000 ont été marquées par une « reprimarisation » de l’économie sous la pression de la division internationale du travail et du fort attrait des investisseurs pour les secteurs dit « rentiers » à haute marge bénéficiaire.
L’Algérie a connu la même croissance du secteur énergétique dû aussi à l’explosion de la demande internationale sur le pétrole et optimisée par l’invasion de l’Irak en 2003. Le soutien à l’économie « verte » et la recherche de sources énergétiques alternatives « propres » ont aussi permis une demande de plus en plus soutenue sur le gaz naturel. De plus, les décennies de développement de ce secteur ont entraîné une maîtrise certaine, notamment dans la chaîne de production de l’électricité couronnée par une haute proportion d’électrification en Algérie. Paradoxalement, l’Algérie est devenue, pour sa part, un des plus gros consommateurs d’agro-exportations au monde au vu de la grande croissance démographique de ces 15 dernières années et au soutien à la consommation par les politiques de subventions et d’appuis au secteur agro-alimentaire. L’Algérie est, à cet effet, l’un des plus gros consommateurs céréaliers, notamment de blé tendre importé, mais aussi de poudre de lait et de graines oléagineuses, entre autres produits de base très demandés. Notre pays a opté pour la diversification des fournisseurs afin d’éviter des situations de dépendance accrue, en plus des efforts fournis afin de doter le secteur agraire national des meilleures chances de croissance, à l’image du Plan national de développement agricole (PNDA) ou des projets de développement de l’agriculture saharienne qui commence à donner ses fruits. Même si beaucoup reste à faire pour atteindre l’objectif de sécurisation des approvisionnements afin de relever le défi historique de souveraineté alimentaire. Ce profil crée un effet de « complémentarité » des deux économies, algérienne et argentine. L’Argentine se positionne ainsi en bonne place afin de répondre aux besoins algériens, non seulement en matière d’agro-marchandises mais aussi dans l’ambition d’atteindre de meilleurs résultats pour le développement de l’agriculture par des projets d’investissement direct et de partenariat gagnant-gagnant dans ce secteur hautement stratégique. D’autres secteurs font d’ailleurs l’objet d’un grand intérêt commun, comme l’industrie pharmaceutique, la machinerie ou encore les pièces détachées pour l’industrie mécanique qui offre des perspectives de croissance intéressantes pour les deux parties avec des taux d’intégration et un échange de transfert technologique à la clé.
Les deux pays partagent l’ambition de diversifier leurs économies et d’encourager des investissements à haute valeur ajoutée afin de booster les exportations, de créer des emplois et de maintenir l’Etat national-social auquel les peuples ont démontré leur grand attachement de manière éloquente d’Alger à Buenos Aires.

La République d’Argentine, un partenaire économique important pour l’Algérie
Concernant le commerce bilatéral entre l’Argentine et l’Algérie, en 2020, les résultats suivants ont été obtenus à la lumière des chiffres donnés par la Direction générale des Douanes.
L’Argentine fait partie du TOP 10 des pays ayant le plus gros volume d’échanges commerciaux avec l’Algérie. La relation est en croissance et recèle un potentiel important d’évolution et des perspectives prometteuses. Les 6 principaux produits importés par l’Algérie en provenance d’Argentine en 2020 étaient :
1- Maïs : 625 312 240 USD représentant 45% des importations totales en provenance d’Argentine variation par rapport à 2019 : -18,8%) (2019 = 770 313 396 USD). L’Algérie a importé un total de 907 686 308,52 USD de maïs. L’Argentine est le premier exportateur de maïs vers l’Algérie, avec 69% de parts de marché, suivie par le Brésil 19%, l’Ukraine 10%, les Etats-Unis 1%. La France, la Turquie, l’Afrique du Sud, l’Egypte et l’Espagne ont également exporté moins de 1%.
2- Tourteaux de soja et autres résidus solides, même broyés ou sous forme de pellets évalué à 310 923 913 USD (22% des importations totales en provenance d’Argentine) (Variation par rapport à 2019 : -37,2%) (2019 = 495 259 597 USD). Pour le tourteau et autres résidus solides ou broyés : l’Algérie a importé un total de 316 273 518,46 USD. L’Argentine est le premier exportateur avec 98% du marché, l’Italie et le Portugal ont exporté les 2% restants.
3- Lait en poudre : 276 165 485 USD (20 % des importations totales en provenance d’Argentine) (changement par rapport à 2019 : 70 %) (2019 = 162 311 769 USD).
La poudre de lait, produit stratégique et subventionné. Ce marché est beaucoup plus diversifié en termes de fournisseurs, avec un total de 23 pays d’origine des importations algériennes. L’Algérie importe du lait en poudre pour un montant total de 1 393 995 140,55 USD. L’Argentine est le principal exportateur avec 20 % du marché, suivie de la Nouvelle-Zélande 20 %, de l’Uruguay 18 %, de la France 11 %, de la Pologne 8 %, de la Belgique 7 %, de l’Irlande 4 %, des Pays-Bas 3 %, des Etats-Unis 2 % et du Canada 2 %. Les autres pays exportant moins de 1% sont le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Allemagne, la Lituanie, la Turquie, la Suisse, le Brésil, la Malaisie, l’Ukraine, la Jordanie, la Lettonie, le Portugal et l’Italie. 4- Huile de soja brute pour l’industrie alimentaire : 87 035 628 USD (6 % des importations totales en provenance d’Argentine) (Variation par rapport à 2019 : -37,2 %) (2019 = 138 723 047 USD). Concernant l’huile de soja brute pour l’industrie alimentaire : aucune information statistique n’est disponible pour ce produit pour les importations totales de l’Algérie. 5- Légumineuses (haricots) : 28 950 305 USD (2 % des importations totales en provenance d’Argentine) (Variation par rapport à 2019 : -51 %) (2019 = 59 144 066 USD). Nous ne disposons pas de données statistiques concernant l’importation de ce type de produits. 6- Arachides : 23 791 289 USD (2 % des importations totales en provenance d’Argentine) (Variation par rapport à 2019 : 3,4 %) 2019 = 23 007 191 USD. Les importations totales d’arachides de l’Algérie sont de 82 817 823,76 USD. Le Brésil est le principal fournisseur avec 50,6% du marché, le deuxième est l’Argentine avec 28,7%, suivi par l’Inde avec 11,1% et la Chine avec 8%, et le reste avec des quantités inférieures à 1% sont, du plus élevé au plus bas, République démocratique du Soudan, Bolivie, El Salvador, Egypte et République de Corée. Le blé, qui était le n°6 des produits exportés en volume monétaire en 2019, a connu une baisse très importante en 2020 pour se retrouver n°7. La baisse du volume d’échange en 2020 est due principalement à la pandémie de la Covid-19 et aux conséquences sur le transport et le fret qu’elle a engendrées.
7- Blé (tendre) : 6 615 866 USD (0,5% des importations totales de l’Argentine) (Variation par rapport à 2019 : -94,4%) (2019 = 119 989 013 USD). La France était le principal fournisseur avec 65,4% du marché, suivie de la Lituanie 8,8%, de l’Allemagne 8%, de la Pologne 6%, de la Lettonie 4%, de la Suède 3,7%, de la République Tchèque 2,4%, de l’Estonie 0,6%, du Royaume-Uni 0,5%. En position n°10 de l’origine des importations algériennes, en 2020, se trouve l’Argentine avec 0,5%. Enfin, la liste est complétée, par ordre décroissant d’importance, par l’Egypte, l’Italie, le Mexique et le Maroc.

Au total, les 7 premiers produits ont représenté (1 358 794 729 USD) ou 98,1% du total (1 384 043 018 USD) des exportations de l’Argentine en 2020,plaçant l’Argentine en bonne position dans le Top 10 des pays exportant le plus vers l’Algérie. Très exactement à la 8e place entre les Etats-Unis et le Brésil, l’Argentine a atteint la Valeur des importations suivante : USD 1 303,60 millions : part dans le total : 4,15% ; variation par rapport à 2019 : -18,72%.
Entre autres, les produits suivants ont été enregistrés comme importés par l’Algérie en provenance d’Argentine en 2020 :
1 – Produits immunologiques et autres produits pharmaceutiques (rubrique 3002) : 5 516 608,33 USD (0,4% des exportations totales).
2 – Tubes sans soudure : USD 3 460 781,89 (0,3% des exportations totales)
3 – Fèves de soja : 3 420 111,37 USD (0,2% des exportations totales)
4 – Graines de tournesol : 3 061 105,36 USD (0,2% du total exporté)
5 – Poisson congelé : USD 1 243 184,00 (0,15 – poisson congelé : 1 243 184,00 USD (0,1% du total des exportations).
Les chapitres exportés suivants méritent également d’être mentionnés :

  • Pièces détachées automobiles en général : 1 301 089,95 USD (0,1% du total)
  • Machines et appareils électriques en général, y compris les pièces automobiles électriques : 1 122 172,73 USD (0,1% du total).
    TOP 10-2020 des partenaires commerciaux de l’Algérie
    Selon les informations fournies par la Direction générale des Douanes, l’Argentine se classe au 8e rang des principaux fournisseurs de l’Algérie pour les onze premiers mois de 2020 dans l’ordre et la proportion suivants :
    1- Chine : valeur des importations : 5 310,38 millions USD ; part dans le total : 16,91 % ; variation par rapport à 2019 : -25,44%.
    2- France : valeur des importations : USD 3 364,97 millions ; part dans le total : 10,72% ; variation par rapport à 2019 : -13,14%.
    3- Italie : valeur des importations : USD 2 208,46 millions ; part dans le total : 7,03% ; variation par rapport à 2019 : -27,90%.
    4- Allemagne : valeur des importations : USD 1 967,88 millions ; part dans le total : 6,27% ; variation par rapport à 2019 : -25,97%.
    5- Espagne : valeur des importations : USD 1 956,85 millions ; part dans le total : 6,23% ; variation par rapport à 2019 : -27,85%.
    6- Turquie : valeur des importations : USD 1 363,68 millions ; part dans le total : 4,34% ; variation par rapport à 2019 : -32,25%.
    7- Etats-Unis : valeur des importations : USD 1 325,98 millions ; part du total : 4,22% ; variation par rapport à 2019 : 2,61%.
    8-Argentine : valeur des importations : USD 1 303,60 millions : part dans le total : 4,15% ; variation par rapport à 2019 : -18,72%.
    9- Brésil : valeur des importations : USD 1 174,03 millions ; part dans le total : 3,74% ; variation par rapport à 2019 : 13,62%.
    10- Russie : valeur des importations : USD 811,82 millions, part dans le total : 2,59% ; variation par rapport à 2019 : 60,26%.
    Parmi les pays mentionnés, seuls les Etats-Unis, le Brésil et la Russie (de manière significative) ont réussi à augmenter leurs importations par rapport à l’année précédente.
    Les exportations de l’Algérie vers l’Argentine concernent quelques produits et la balance commerciale reste largement déficitaire pour le moment, en attendant une progression dans ce champs où il reste beaucoup à faire afin de permettre la pénétration des produits algériens sur le marché sud-américain dans le sillage de la diversification de l’économie et du soutien aux exportations.
    Selon les statistiques algériennes, l’Algérie n’a exporté que 4 produits vers l’Argentine en 2020
    1- Urée 64 591 857,25 USD (99,82% du total) (Variation par rapport à 2019 = 26%).
    2- Dattes fraîches « Deglet nor » : 58 308,88 USD (Variation par rapport à 2019 = 315%)
    3- Polymères naturels : 29 042,90 USD (Pas d’exportation en 2019)
    4- Ciment : USD 28 438,32 (Variation par rapport à 2019 = 93%)
    Total 2020 : 64 707 647,35 USD (Variation par rapport à 2019 : 26%)
    Année 2019 (USD) / Année 2020 (USD) / Evolution (%)
  • Importations* : 1 812 591 672,65/ 1 384 043 018,75 / -23,64 %.
    Exportations** : 51 185 994,93 / 64 707 647,35 / 26,42 %.
    Balance commerciale : -1 761 405 677,71 / -1 319 335 371,41 / -25%.