Les relations bilatérales entre l’Algérie et l’Argentine devraient être marquées par de nouveaux et importants évènements durant les deux prochaines années.

Par Nordine Azzouz
Cette évolution est prévue en 2023 sous l’effet attendu de la visite probable en Argentine de Ramtane Lamamra, un voyage dont la possibilité durant cette période a été évoquée avant-hier lors de la septième cession des «concertations» politiques et économiques algéro-argentines que le directeur général «Amériques» au ministère des Affaires étrangères (MAE), Mohamed Berrah, a présidée.
Au cours de cette séance de travail qui a réuni à Alger des responsables diplomatiques algériens et argentins pour l’évaluation périodique des dossiers qui lient les deux pays, il a été, en effet, question d’un présumé déplacement que le chef de la diplomatie algérienne devrait effectuer à Buenos Aires, pour acter en partie la constance remarquée des échanges bilatéraux et les relancer sur de nouvelles bases, pour une autre, sachant que l’année 2024 sera celle du soixantième anniversaire de l’établissement des relations entre les deux pays.
L’ambassadeur de la République d’Argentine, Mariano Simon-Padros, considère cette année commémorative (1964-2024) comme une opportunité de créer un «nouveau» lien fécond entre l’histoire et le présent des relations entre l’Algérie et l’Argentine. Une perception que partagent les deux diplomates argentins venus à Alger prendre part aux travaux des «concertations» bilatérales, mardi 22 novembre, au siège du MAE.
Selon l’ambassadeur Claudio J. Rozencwaig, sous-secrétaire chargé des affaires politiques au ministère argentin des Affaires étrangères, 2023 va servir à préparer 2024 qui sera «à la fois un exercice de célébration» d’un moment fondateur, l’échange d’ambassadeurs en 1964 entre l’Argentine et la jeune Algérie indépendante, et «l’occasion d’une redynamisation d’une relation basée sur la conviction commune que le multilatéralisme, la non-ingérence et la politique au service de la paix dans le monde sont la garantie d’un monde moins bouleversé».
Claudio J. Rozencwaig, qui connait bien l’Afrique du Nord pour avoir été notamment en poste en Libye, un pays dont il a souhaité la stabilité en saluant l’engagement de la diplomatie algérienne pour cet objectif, a estimé que l’Algérie est un «partenaire important de l’Argentine» et que ce statut ne devrait pas changer en raison de leur «convergence de vues» et d’un horizon économique qui devrait rester marqué par des échanges parmi les plus marquants du commerce extérieur algérien, en attendant «l’intérêt souhaité» pour la création de «sociétés mixtes» par le privé des deux pays et de voir leurs investisseurs «se rapprocher les uns des autres dans les domaines porteurs». D’après les chiffres des Douanes algériennes à la fin du premier semestre 2022, l’Argentine occupe le quatrième rang des fournisseurs de l’Algérie derrière la Chine, la France et le Brésil. Cela représente un classement qui «devrait être renforcé à la fin de cet exercice 2022», commente l’ambassadeur Ramiro Ordoqui, sous-secrétaire chargé des affaires économiques. «Au-delà, ajoute le diplomate argentin, il s’agit de renforcer la coopération dans les secteurs déjà bien établis de l’agriculture, de l’agro-industrie, de l’élevage et du pharma» et de «travailler à en créer d’autres».
Un programme est envisagé pour le nucléaire civil algérien que l’opérateur argentin spécialisé connait bien pour avoir aidé à construire (avec la Chine) les deux réacteurs qui existent depuis le début des années 1980, une filière qui pourrait être ouverte à de nouvelles négociations pour la maintenance et la modernisation des sites de Draria et de Birine près de Ouessara.
A consulter la documentation du département algérien de l’énergie en 2009, le projet d’entamer la construction d’une nouvelle centrale en 2020 pour la génération de l’électricité a été repoussé en 2025. Son maintien à l’ordre du jour constitue, en théorie, pour la partie argentine, un terrain de prospection et de négociation pour un marché d’autant plus plausible que l’INVAP, la société spécialisée de San Carlos de Bariloche, entretient d’anciennes et de bonnes relations avec le Commissariat à l’énergie atomique, le Comena. En 2008, un accord intergouvernemental de coopération «dans le domaine du développement et des utilisations de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques» a été signé entre l’Algérie et l’Argentine. A voir, donc.
Selon les diplomates Claudio J. Rozencwaig et Ramiro Ordoqui, des négociations sont prévues également pour le nucléaire à usage médical, une technologie pour laquelle l’INVAP est réputée. Le sous-secrétaire aux affaires politiques a par ailleurs déclaré à Reporters qu’il existe une possibilité d’entrevoir avec la même société les chances d’une «coopération dans le domaine des radars» à usage «de défense, de sécurité des installations et pour l’environnement». A voir, aussi.
Le communiqué publié par le ministère algérien des Affaires étrangères à l’issue de la cession de «concertations» signale le souci de l’Algérie et de l’Argentine «de donner une nouvelle dynamique de coopération» et d’«examiner les moyens de renforcement des relations bilatérales et de leur promotion aux plus hauts niveaux, et ce, compte tenu des intérêts communs et des potentialités importantes que recèlent les deux pays». Les deux parties ont convenu de «l’impératif d’intensifier les visites de haut niveau (…), outre la tenue de nouvelles sessions du Comité intergouvernemental et du comité scientifique bilatéral à l’entame de l’année prochaine». n