La chancelière allemande Angela Merkel sera reçue aujourd’hui par le Premier ministre Abdelmalek Sellal, avec lequel elle abordera les relations économiques entre les deux pays, la question migratoire et la situation sécuritaire dans l’ensemble de la région.

C’est à peu de choses près les mêmes sujets qu’avait discutés Mme Merkel à Berlin lorsqu’elle recevait le Premier ministre tunisien, M. Chahed, avec lequel elle s’était attardée sur l’immigration irrégulière et le millier de Tunisiens qu’elle voudrait rapatrier au pays d’origine faute d’avoir obtenu un asile. A Alger, il faudrait attendre la conférence de presse conjointe que la chancelière animera, ce soir, aux côtés de son hôte pour connaître la teneur de l’engagement de l’un et de l’autre face à ce « fardeau migratoire », selon la presse allemande, et qui fait « courir » les officiels allemands sur toute l’étendue du Maghreb et jusqu’au Sahel.
Le séjour maghrébin de Mme Merkel, et donc l’étape algéroise, était déjà inscrit dans son agenda dès le 9 janvier dernier, date à laquelle elle présidait, à Cologne, la rencontre annuelle de la Fédération allemande de la fonction civile. Elle y annonçait avoir obtenu un consensus entre les partis politiques à Berlin afin de trouver des «solutions communes» pour classer l’Algérie, le Maroc et la Tunisie comme des pays d’origine sûrs, permettant aux autorités allemandes d’envoyer plus rapidement les réfugiés venus de ces pays. Les lands pourront alors décider plus rapidement les « expulsions». Mais, avait-elle déclaré, « il était important qu’un accord avec les pays où ces personnes vont être renvoyées soit négocié ». Les expulsions vers le Maroc, l’Algérie et la Tunisie sont actuellement compliquées aux yeux des politiques allemands, qui sont allés jusqu’à proposer que l’Allemagne demande à l’Union européenne de « réduire l’aide à ces Etats s’ils refusent de changer de position ». Or, la position d’Alger, portée par le Premier ministre Sellal lors de son déplacement à Berlin, en janvier 2016, est la même défendue par les autorités un mois plus tard en recevant le ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière. «Tous les Algériens qui sont en Allemagne illégalement seront renvoyés en Algérie », en conformité avec l’accord de rapatriement de 1997, avait affirmé M. Sellal. « Toutefois, a-t-il dit, il doit toujours être clairement prouvé qu’il s’agit bel et bien d’Algériens», en faisant allusion à la multiplication des fausses déclarations d’identité de migrants qui se font passer pour Syriens, Irakiens ou Afghans, pour certains, et en détruisant leurs documents d’identité une fois en Allemagne. Cette fois-ci, selon les médias allemands qui s’en sont fait l’écho, la chancelière Angela Merkel voudrait proposer un « package » sur le modèle turc, dans le but de réduire le nombre de migrants qui arrivent en Europe via la Méditerranée. Elle avait déjà défendu cette option en affirmant que « l’Europe doit conclure des accords semblables [à celui conclu avec la Turquie] avec d’autres pays, grosso modo en Afrique du Nord, pour mieux maîtriser les routes migratoires dans le centre de la Méditerranée».
«De tels accords sont aussi dans l’intérêt des gens qui fuient», avait-elle plaidé, sans plus de précisions sur les pays concernés, même si l’allusion à la Libye, plongée dans l’instabilité depuis 2011, est évidente car devenue un haut lieu pour les passeurs de migrants visant les côtes européennes. Mais il ne s’agit pas seulement des Libyens qui fuient la guerre, d’autres nationalités sont concernées, Marocains, Algériens, Tunisiens et Egyptiens. Et l’Algérie est vue par l’Allemagne comme un pays qui pourrait jouer « un rôle central dans l’effort de freiner le mouvement des réfugiés vers l’Europe » issus d’Etats dits « faibles », car incapables de surveiller leurs frontières, elle parlait du Niger et du Mali.