L’opération solidarité de l’Algérie avec le Liban sur le terrain ne s’est pas fait attendre. Dès jeudi soir, au lendemain de la double explosion survenue au port de Beyrouth, 4 avions algériens ont décollé de l’aéroport militaire de Boufarik (Blida) chargés de 200 tonnes d’aides alimentaires et médicales au profit des victimes de ce drame qui a plongé la capitale libanaise dans des scènes d’apocalypse, faisant au moins 154 morts, 5 000 blessés et des milliers de sans-abri.

L’aide algérienne compte également une équipe de pompiers constituée de 20 médecins et infirmiers spécialisés en médecine de catastrophe et 15 techniciens spécialisés en management et logistique. Il s’agit également d’une équipe de 12 médecins spécialistes en chirurgie et réanimation et de 5 secouristes relevant du Croissant-Rouge algérien (CRA) chargés de superviser cette opération de solidarité dont le coup d’envoi a été donné par le Premier ministre Abdelaziz Djerad. En plus de ces 4 avions, un navire algérien chargé de matériaux de construction doit prendre la mer en direction de Beyrouth pour contribuer à la reconstruction de ce qui a été détruit dans cette ville.
A travers cette opération, l’Algérie réitère «sa solidarité avec le Liban frère durant cette épreuve difficile», a indiqué M. Djerad. «Depuis que nous avons appris cette terrible nouvelle, le président de la République a décidé, en coordination avec son homologue, Michel Aoun, l’envoi immédiat d’aides au peuple libanais frère pour alléger sa douleur», a déclaré M. Djerad, ajoutant que cette initiative de l’Etat algérien avec la participation du Croissant-Rouge algérien (CRA) «reflète encore une fois la solidarité de l’Algérie avec tous ses frères arabes et musulmans durant les moments difficiles».

Beyrouth «ville sinistrée»
En plus d’enterrer ses morts et de soigner ses blessés, dont des dizaines se trouvent dans un état grave, Beyrouth compte toujours les dégâts occasionnés mercredi par la violente double explosion d’un entrepôt abritant 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, détruisant une grande partie de son port, mais aussi de nombreuses habitations et différents sites de la ville. Des dégâts d’une gravité telle que la capitale libanaise a été déclarée «ville sinistrée» par le Conseil supérieur de Défense libanais qui a recommandé de décréter l’«état d’urgence» pour deux semaines renouvelables.
Par ailleurs, au moins 16 fonctionnaires du port de Beyrouth et des autorités douanières ont été placés en détention dans le cadre de l’enquête sur l’explosion, a fait savoir le Procureur militaire, Fadi Akiki. Il s’agit de «responsables du Conseil d’administration du port de Beyrouth et de l’administration des Douanes, et des responsables des travaux d’entretien et des ouvriers ayant effectué des travaux dans le hangar numéro 12», où étaient stockées les tonnes de nitrate d’ammonium, a-t-il indiqué dans un communiqué.
Cette solidarité algérienne s’inscrit dans une cadre plus large de solidarité internationale à l’adresse du Liban meurtri. En plus d’aides directes des Etats, les organisations internationales se sont mises en branle pour collecter les dons au profit de ce pays. C’est le cas des agences de l’ONU qui ont lancé, hier, un appel urgent à la solidarité internationale envers le Liban. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a demandé 15 millions de dollars, tandis que l’Unicef a dit vouloir recueillir au moins 8,25 millions de dollars, lors d’une conférence de presse en ligne, réunissant également le Programme alimentaire mondial (PAM), le Haut-commissariat aux droits de l’Homme et le Haut-commissariat aux Réfugiés. Pointant la situation déjà précaire du pays, dont la moitié des habitants vivent désormais dans la pauvreté, ces responsables ont souligné l’urgence d’intervenir dans deux domaines, médical et alimentaire, alors que des silos, des conteneurs et des hôpitaux ont été détruits mardi.
«Les besoins sont énormes et immédiats», a lancé Marixie Mercado, porte-parle de l’Unicef (Fonds des Nations unies pour l’enfance), évoquant «jusqu’à 100 000 enfants déplacés», selon des estimations, après que leurs foyers eurent été touchés par l’explosion, des écoles abîmées et «des milliers» d’équipements de protection contre le nouveau coronavirus détruits.
L’Unicef souhaite recueillir 8,25 millions de dollars et «ce n’est qu’un appel préliminaire», a-t-elle ajouté. n