C’est avant-hier que s’est clôturée la première édition du Salon international de l’huile d’olive avec la participation de plusieurs pays, déjà très avancés dans le secteur oléicole, à l’instar de l’Espagne, l’Italie, la Turquie ou encore la Tunisie, qui a déjà accueilli à trois reprises cet évènement.

Pour les organisateurs, les objectifs du salon ont été avant tout de mettre en avant les potentialités du secteur oléicole en Algérie, puisque comme l’a déjà expliqué Samir Gani, directeur du salon, l’Algérie n’exploite aujourd’hui que «18% de son patrimoine oléicole». «Le baril d’huile d’olive vaut 30 fois le baril de pétrole, et l’Algérie n’exploite que 18% de ses exploitations laissant les 82% s’évaporer dans la nature», avait-il déclaré. Pour lui, ce salon a aussi comme objectif de montrer les capacités algériennes en termes de production par la qualité. Il faut savoir que plus de 125 000 hectares de la région de la Kabylie sont destinés à l’oléiculture. Un secteur en pleine expansion, puisque la production annuelle d’olive est estimée à 65 000 tonnes pour… une dernière place au niveau méditerranéen, loin derrière l’Espagne avec ses 1,3 million de tonnes et la Tunisie, 180 000 tonnes/an.

La cueillette, une affaire de femmes
L’exploitation des oliveraies en Kabylie est principalement une affaire de familles. Tout le monde participe et chacun a ses tâches. Le temps ne semble avoir eu aucune influence sur cette organisation. Les hommes nettoient les oliveraies pour faciliter le travail ardu qui attend les femmes, à savoir la cueillette. «Les olives aiment être cueillies très tôt le matin. Il est vrai que c’est une corvée et c’est pour cela que les jeunes ne s’intéressent pas à ce travail», nous a affirmé Khaloudja qui ne comprend pas pourquoi les jeunes délaissent aujourd’hui les oliveraies. «Depuis la nuit des temps, ce travail est transmis de mère en fille. La cueillette est une affaire de femmes», poursuit-elle. Du haut de ses 65 ans, elle consacre sa vie entière à ses arbres et c’est avec une dextérité particulière qu’elle distribue les rôles aux uns et aux autres. «Pour faire une bonne huile d’olive fruitée et dorée, il faut être vigilant dès la cueillette», nous dira-t-elle. Avant d’ajouter : «Ma belle-mère m’a appris tout cela. Le plus difficile durant la cueillette est la pluie et la neige, car les olives sont mûres durant la saison des pluies, et notre travail dépend des conditions climatiques. Tout est manuel alors on s’adapte et on s’organise.» La famille de Kheloudja est propriétaire d’une centaine d’oliviers. Leur rendement annuel est de 200 à 300 litres, nous dit-elle. «Le rendement n’est jamais stable, il varie d’année en année. Nous nous ne considérons pas comme producteurs même si nous consacrons quelque 70% de notre production à la vente», conclut-elle.

Un marché anarchique
Lors de notre tournée en Kabylie, nous nous sommes déplacés à Aghrib à la rencontre d’Amar, propriétaire de l’huilerie Tisirt U Zemmur Ouzinki. Pour notre interlocuteur, «l’huile d’olive est une histoire de famille». En effet, la famille d’Amar est dans l’oléiculture depuis les années 1940. Pour cette année, le prix moyen de la vente directe à partir de l’huilerie d’un litre d’huile d’olive avoisine les 650 DA, ce qui représente une hausse par rapport au prix affiché l’an dernier. Pour le producteur, plusieurs facteurs rendent le prix du litre assez cher. «Il faut avant tout savoir que le prix des olives en tant que matière première est cher. Cette année, le kilo d’olive a été cédé à 110 DA, alors qu’il était à 75 DA/kg au début de la saison de la cueillette. Les pluies qui se sont abattues sur la région sont derrière cette augmentation considérable de la matière brute». Dans son huilerie, qui compte quatre employés en plus de son fils, Si Amer produit entre 40 et 50 quintaux/jour et ce tout au long des trois mois de la saison des olives. «Aujourd’hui, la production des olives n’est pas stable, elle varie de saison en saison et l’une des principales raisons, en plus des caprices de la nature, est le fait que nous sommes encore dépendants d’arbres centenaires, dont la production est déjà usée depuis plusieurs années», déplore-t-il. Question vente, Si Amer nous dira qu’il vend son huile à des particuliers de façon artisanale, alors qu’aucune loi particulière ne réglemente le marché de l’huile d’olive. «Pour satisfaire la demande grandissante, il faut aller vers l’industrialisation», affirme les responsables de l’agriculture et du commerce, mais Si Amer se pose beaucoup de questions sur cette «industrialisation». Son huilerie est automatisée (semi-moderne) et le chargement de la pâte se fait par le biais d’une machine spéciale. «Comment aller vers la production à grande échelle si on ne stabilise pas la production de la matière première ?» se demande-t-il. Il nous explique que «pour avoir droit aux subventions de l’Etat, il faut avoir une huilerie industrielle et pourtant son coût est très élevé. Il faut compter dans les alentours d’un milliard de dinars. Même la Chambre d’agriculture ne nous aide pas. On est livrés à nous-mêmes. Parfois pour changer les pièces de nos machines, nous sommes obligés de nous rendre au Maroc ou en Tunisie pour sauver notre saison».

Quid des solutions pour un meilleur rendement?
Pour notre producteur, des efforts considérables doivent être consentis pour le renouvèlement du parc d`oliviers au niveau national. «On doit réellement penser à planter de nouveaux oliviers. On doit arriver à réaliser une production annuelle stable avant de penser à toute autre réforme», estime notre interlocuteur. Si Amer est certain que le secteur de l’oléiculture possède un avenir prometteur, si on donne une chance aux producteurs. «Il faut s’exporter et regarder plus loin. Au Maroc, par exemple, l’olive est bien exploitée. Même le grignon n’est pas jeté. Chez nous, c’est une tout autre histoire, nous sommes encore loin de la réalité.» Pour Ahmed Ferah, chercheur à l’Institut national des recherches en agronomie, les efforts de l’Etat ne sont pas négligeables, mais «les programmes mis en place sont anciens. Aujourd’hui, on remarque un fossé entre les objectifs et la réalité du terrain». Selon notre interlocuteur, le secteur a également besoin des «opérateurs privés». «Il faut encourager les opérateurs privés à investir dans ce secteur», dit-t-il. Il fait remarquer en outre que «les producteurs doivent changer les techniques et le processus de production pour optimiser et améliorer la production». Pour les spécialistes, les méthodes archaïques d’exploitation de l’olive sont néfastes pour la production, en termes de quantité ou de qualité.