Un septuagénaire décède de mort naturelle. Il est enterré au cimetière central de Constantine le lendemain avec un minimum de présents, Covid-19 oblige. Mais pendant huit jours, ses proches donneront chaque soir un dîner comme obole au défunt. Et là, c’est la ruée. Tous les «invités» plongeront leurs cuillères garnies de postillons et salives dans la même assiette de soupe ou de couscous, avec la bavette… au menton. Quinze jours plus tard, le frère du défunt contaminé par le virus létal le rejoindra et sera suivi cinq jours plus tard par le plus jeune de la fratrie, contaminé lui aussi.
Plus loin, à Ali-Mendjeli, ce sont 45 personnes qui ont été arrêtées au niveau d’un appartement de l’UV 14. Ils y tenaient une fête de mariage, avec des invités venus de quatre wilayas. L’alerte a été donnée par le voisinage, alerté par le cortège nuptial et les chants qui ont accompagné la cérémonie.
A Djelfa, un «bon élève» jusqu’à il y a vingt jours, c’est la remontée au classement lugubre des wilayas les plus contaminées. Il y a eu même un record de contamination par jour, 70 cas enregistrés. Pas besoin de chercher le coupable très loin, car il s’agit du «cher» mouton que tout le monde palpe des centaines de fois par jour et y laisse des ARN de Covid-19. Même chose à Batna, où, nous dira Madjid, «en plus du taghnanate propre aux Chaouis, il y a la ruée sur les marchés à bestiaux». Résultat, Batna chope la cinquième place à Constantine et talonne désormais Oran à la quatrième. El Bahia qui n’a jamais été bon élève fait comme s’il n’y a jamais eu de pandémie. Les soirées bien arrosées font rage, de même que les virées sur les plages qui ne sont pas surveillées.
A Collo, un confrère nous dira la tristesse de la ville où tout est fermé et que les rivages sont interdits à la baignade, «mais tout à côté, les rochers pullulent de jeunes qui font trempette à longueur de journée, en plus des pêcheurs, sous le regard de la police qui ne regarde que vers les plages». Même topo à Skikda où l’on peut longer le littoral, mais où il est strictement interdit de se baigner et même de s’arrêter. La gendarmerie veille.
A Blida la meurtrie, «au chef-lieu de wilaya, il y a un certain respect des gestes barrières, mais dans d’autres communes, à l’image de Mouzaia, c’est la foire. Les regroupements pour les fêtes et les enterrements sont légion», nous dira Sid-Ahmed, un agent de Sonelgaz.
Alger, Oran, Constantine, M’sila, Batna, Laghouat, et bien d’autres wilayas, les gestes barrières sont ignorées quand ils ne sont pas carrément foulés du pied. Les queues devant les bureaux de poste où il n’y a plus d’argent, ou à proximité des agences Sonelgaz au personnel contaminé, comme celui des APC, Algérie Poste et les finances, les attroupements se font toute la journée. Les marchés à bestiaux pour ce satané mouton se multiplient comme un virus, sans jeu de mots, et les autorités censées les contrôler, surveiller les commerces, avoir un œil sur les transports collectifs, repérer des contrevenants au confinement, ne savent plus où donner de la tête. C’est à croire que toute la population s’est donnée le mot pour faire exactement le contraire de ce qu’on lui recommande. Pour son bien.
En attendant, il y a déjà des pénuries de médicaments pour traiter les symptômes de la Covid-19, comme le complément alimentaire, zinc et vitamine C, manque d’oxygène dans les hôpitaux, burn-out confirmé pour le corps médical, une discipline qui fout le camp et un foisonnement de marchés à bestiaux et… de contaminés. <