Rien de mieux que de reprendre un titre du prestigieux Gabriel Garcia Marquez pour décrire la relation actuelle entre l’Algérie et l’Espagne. Entre les deux pays, c’est la mala hora ou la «mauvaise heure» qui a dérivé, hier, vers la décision d’Alger de suspendre le traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération qui la liait à Madrid depuis 2002.

Par Feriel Nourine
Alors que le climat de crise politique entre l’Algérie et l’Espagne continue à être entretenu, voire amplifié, par le gouvernement espagnol depuis son revirement sur la question du Sahara occidental, l’Algérie a décidé la suspension «immédiate» du Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération qu’elle a conclu le 8 octobre 2002 avec le royaume d’Espagne, a indiqué hier une déclaration de la Présidence de la République.
«Les autorités espagnoles se sont engagées dans une campagne tendant à justifier la position qu’elles ont adoptée sur le Sahara Occidental en violation de leurs obligations juridique, morale et politique de puissance administrante du territoire qui pèsent sur le royaume d’Espagne jusqu’à ce que la décolonisation du Sahara Occidental soit déclarée accomplie par les Nations unies», a rappelé la Présidence. Ajoutant que «ces mêmes autorités qui assument la responsabilité d’un revirement injustifiable de leur position depuis les annonces du 18 mars 2022, par lesquelles le gouvernement espagnol actuel a apporté son plein soutien à la formule illégale et illégitime de l’autonomie interne préconisée par la puissance occupante, s’emploient à promouvoir un fait accompli colonial en usant d’arguments fallacieux».
Condamnant, une nouvelle fois, l’attitude du gouvernement espagnol, la déclaration note que celle-ci «s’inscrit en violation de la légalité internationale que lui impose son statut de puissance administrante et aux efforts des Nations unies et du nouvel envoyé personnel du Secrétaire général et contribue directement à la dégradation de la situation au Sahara Occidental et dans la région».
«En conséquence, l’Algérie a décidé de procéder à la suspension immédiate du Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération qu’elle a conclu le 8 octobre 2002 avec le royaume d’Espagne et qui encadrait jusqu’ici le développement des relations entre les deux pays», a conclu la même source, dans une déclaration qui réitère la position de l’Algérie depuis que le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a fait preuve d’un retournement de veste en se positionnant aux côtés du Maroc et en adhérant au pseudo plan d’«autonomie» du Makhzen sur le dossier du Sahara Occidental.
L’annonce de cette décision n’a pas tardé à faire réagir l’Algérie qui avait rappelé son ambassadeur en Espagne en guise de riposte immédiate au comportement du gouvernement espagnol et de signe de mécontentement face à cette démarche qui va à l’encontre des résolutions de l’ONU. Des résolutions qui ont d’ailleurs été mises en avant par le Congrès espagnol, des partis politiques et des associations du pays pour condamner le revirement de Pedro Sanchez.
De son côté, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, n’avait pas hésité à qualifier ce revirement d’«éthiquement et historiquement» inadmissible, soulignant que le retour à la normale des relations algéro-espagnoles était tributaire de l’application du droit international. «L’Espagne ne doit pas oublier que sa responsabilité est toujours engagée au Sahara Occidental, du fait de son statut de puissance administrante du territoire aux yeux du droit international, et ce, tant qu’une solution, quelle que soit sa nature, n’a pas été trouvée à la question du Sahara Occidental, une responsabilité que Madrid semble ignorer», avait précisé M. Tebboune lors de sa rencontre périodique avec des représentants de la presse nationale, un mois après le début du gel politique entre les deux pays.
L’Espagne n’a pas le droit «d’offrir un pays colonisé à un autre pays», a soutenu le président de la République, indiquant que l’Algérie «entretient de bonnes relations avec l’Espagne». «Nous devons faire la distinction entre le Gouvernement espagnol et l’Etat espagnol avec lequel nous avons des liens très forts».
Mais ces liens sont en train de subir un sérieux coup depuis la volte-face du gouvernement. Ceci d’autant qu’à défaut de réviser sa position et d’assumer le rôle qui est sien dans le dossier du Sahara Occidental, Pedro Sanchez s’entête plutôt à bonifier ses relations avec le Makhzen en complotant sur le dos du peuple sahraoui. Son ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, n’avait pas trouvé mieux pour commenter les propos de Abdelmadjid Tebboune que de faire monter un peu plus la tension diplomatique entre les deux pays. «Je ne vais pas alimenter des polémiques stériles, mais l’Espagne a pris une décision souveraine dans le cadre du droit international et il n’y a rien d’autre à ajouter», avait commenté le chef de la diplomatie espagnole, au lendemain des déclarations faites par le président de la République.
Des propos qualifiés de «lamentables» et «totalement inacceptables» par l’envoyé spécial chargé de la question du Sahara Occidental et des pays du Maghreb au ministère des Affaires étrangères, Amar Belani. Depuis, le gouvernement espagnol n’a fait preuve d’aucune attitude pouvant provoquer un dégel avec l’Algérie. Au contraire, il a décidé de camper sur une position qui avantage le Maroc mais qui peut coûter cher à l’Espagne et au peuple espagnol. C’est le cas principalement en matière de ravitaillement en gaz naturel dont l’Algérie est le premier fournisseur pour ce pays, avec des clauses qui étaient très avantageuses jusqu’à l’éclatement de l’affaire du revirement de Pedro Sanchez.
Ces clauses reposent, justement, sur le Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération que l’Algérie a décidé de suspendre. Pendant ce temps, les négociations sur la révision du prix du gaz algérien livré se poursuivent entre Sonatrach et son partenaire espagnol Naturgy.
Cette suspension aura-t-elle des conséquences sur ces négociations et aussi sur les accords conclus entre les deux parties pour le renforcement des livraisons via le gazoduc Medgaz ? En attendant de voir ce qui va advenir de ce dossier brûlant, l’Espagne a rapidement réagi hier à la déclaration de la Présidence algérienne.
Des sources diplomatiques espagnoles ont indiqué que «le gouvernement espagnol regrette l’annonce de la présidence» algérienne de suspendre le Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération», a rapporté hier l’AFP. L’Espagne «considère l’Algérie comme un pays voisin et ami et réitère sa disponibilité entière pour continuer à maintenir et à développer les relations spéciales de coopération entre les deux pays». Un discours que le gouvernement espagnol développe depuis le début de la crise politique qu’il a provoquée avec l’Algérie. Mais sans pour autant laisser s’exprimer la moindre action concrète en ce sens. <