Il vaut mieux y être que de ne pas y être ! C’est en résumé la relation que l’Algérie cultive avec la Ligue arabe ou, du moins, ses grands leaders, ceux qui orientent sa politique générale et privilégient un dossier par rapport à un autre et lui donnent le cap qu’elle poursuit actuellement : une organisation sous grande influence des monarchies du Golfe et de l’Arabie saoudite en particulier : un pays avec lequel Alger veille à avoir les meilleurs échanges politiques et économiques possibles mais avec lequel elle ne partage que très peu de points de vue commun.

Ce lien difficile qu’on peut expliquer par le souci davantage algérien que saoudien de préserver l’équilibre vital décrit par la fameuse métaphore du « cheveu de Mua’wiya » compte aussi parmi les paradoxes que la diplomatie algérienne s’emploie à gérer dans une difficulté certaine et presque jamais rendue publique en raison même du poids de l’Arabie saoudite et des monarchies voisines et alliées et en raison aussi de la complexité surtout des dossiers qui les opposent. Parmi ces dossiers, ceux qui précisément structurent depuis des décennies la politique algérienne de l’Algérie et de sa diplomatie. Au premier rang, la question de l’autodétermination du Sahara occidental : si Alger est pour l’application dans les meilleurs délais des résolutions des Nations unies pour le règlement de ce conflit par un référendum donnant le choix aux Sahraouis de choisir leur destin, Ryad et les autres monarchies du Golfe ne cachent pas leur alignement sans nuance sur la thèse marocaine et vont jusqu’à critiquer, souvent en secret, notre pays pour son soutien constant au Polisario.
Au second rang, la Syrie ! Alors que l’Algérie plaide depuis le début de la guerre civile dans ce pays en 2011 pour une solution interne privilégiant le maintien des structures de l’Etat syrien comme garant de la cohésion du pays et moyen de sortie du chaos actuel, l’Arabie saoudite et ses soutiens ont pour objectif (pour l’instant raté) de faire tomber le régime de Damas avec tous les moyens possibles y compris d’armer et de financer des groupes islamistes sans projet, eux-mêmes sous-traitants d’autres agendas étrangers. En dépit des déclarations et des discours lénifiants, qui sont surtout synonymes de prudence et d’« opposition cordiale », la diplomatie algérienne n’a jamais supporté l’ingérence saoudienne, qatarie et celle des autres monarchies et le résultat désastreux auquel elles ont conduit. Au troisième rang, l’Iran dont l’Arabie saoudite a fait, lors de ce sommet de Dhahran, une « priorité », c’est-à-dire une cible. Pour Ryad, la relation avec Téhéran est construite sur la rivalité et l’hostilité dont le théâtre d’expression est aujourd’hui la Syrie puis le Yémen dans une proportion plus dangereuse. Pour Alger, la guerre qui oppose les deux puissances régionales est inutile et contreproductive.
Elle ne sert pas les intérêts des pays de la région et de ceux qui s’emploient dans le contexte actuel de confrontation entre les puissants d’hier et ceux d’aujourd’hui à préserver leur souveraineté et un non-alignement leur permettant de disposer de leurs destins comme ils l’entendent.

Rhétorique de la non-confrontation
«Nous renouvelons notre ferme condamnation des actes terroristes commis par l’Iran dans la région arabe et rejetons ses ingérences flagrantes dans les affaires des pays arabes», a déclaré le roi Salmane hier à l’ouverture du sommet de la Ligue.
Il est certain que l’Algérie ne partage pas totalement sa vision sur le rôle iranien au Moyen-Orient, mais elle n’exprime pas frontalement sa différence – le temps de la confrontation et du « front du refus » jadis n’étant plus de mode – mais par des déclarations d’ordre général et d’appel poli aux réformes à l’exemple de ceux tenus hier par le président du Conseil de la Nation (Sénat) représentant du chef de l’Etat à l’ouverture des travaux du sommet. « Ce qui a été accompli depuis le début du processus d’action arabe commun n’est pas ce que nos peuples souhaitent », a déclaré Abdelkader Bensalah.
« Il est temps (…) de se rendre compte que ce qui nous attend peut être encore pire », relève-t-on dans son discours. Avant le président du Sénat, le chef de la diplomatie Abdelkader Messahel, qui s’est félicité dans un journal saoudien de la « relation privilégiée» entre Alger et Riyad, a souligné que le sommet de Dhahran intervient dans une conjoncture «très sensible » au sens, a-t-il précisé, « où notre nation arabe n’a jamais été confrontée à des défis aussi grands et aussi graves qu’aujourd’hui. Les crises et les conflits qui secouent les pays arabes se sont aggravés en raison de l’ingérence étrangères dans nos affaires intérieures », a-t-il déploré. Tout y est mais sans nommer les choses y compris sur la question palestinienne à laquelle l’Arabie Saoudite – c’est un secret de polichinelle – cherche une solution au rabais en concertation avec les Etats-Unis et Israël et que le président de l’Autorité palestinienne, dans un accès de colère après l’annonce du transfert de l’ambassade US de Tel-Aviv vers Jérusalem (Al Qods), a dénoncé en ces termes : « Ils veulent nous donner comme capitale Abou Dis », un faubourg de la ville sainte.