Les soucoupes volantes existent-elles ou sont-elles une vue de l’esprit ? La question est posée en une de l’influent quotidien algérois «L’Echo d’Alger», aux côtés de sujets comme les élections américaines de mi-mandat et les chances des Républicains, alors que son principal concurrent «Le Journal d’Alger» privilégie la touche sportive en mettant en une un montage photos. L’un et l’autre s’accordent sur l’intérêt de l’opération annoncée de suivi médical de quelque deux cent quarante-deux maisons de tolérance.

En cette veille de Toussaint, le ton reste à la sérénité et puis, il y a les illuminations des nuits algéroises, qui accueillent Sydney Béchet ou donnent à suivre les débuts prometteurs du jeune chorégraphe Maurice Béjart. Dans les salles de cinéma, c’est bien Gabin qui tient le haut de l’affiche avec «Touchez pas au grisbi». «Une œuvre fulgurante, vraie, brutale», pouvait-on lire dans la presse de ce week-end.
Jours tranquilles à Alger, et celui qui exprime le mieux le sentiment dominant au sein de la colonie est sans doute Raymond Laquière, maire haut en couleurs de Saint-Eugène et surtout président de l’Assemblée algérienne. Recevant, le 19 octobre, le ministre de l’Intérieur Mitterrand, Raymond Laquière lui présente «une Algérie qui se lève dans la splendeur de son aurore (…) et qu’il faut se garder jalousement de tous les nuages qui pourraient obscurcir sa radieuse ascension».
Cette nuit de la Toussaint aura ainsi été celle du basculement dans l’incompréhension, et entre les éditions du 1er et du 2 novembre, il y avait eu bien plus que le seul mouvement de l’horloge. Si les informations rapportées, un peu dans l’urgence, restent fragmentaires et indécises, la surprise des titres algérois est également partagée, qu’égrènent des mots inattendus de «terroristes», «hors-la-loi» ou encore, de «fellagha», parce qu’il ne fallait pas écarter l’hypothèse d’une «contagion tunisienne». Quoi qu’il en soit, les éditorialistes sont unanimes. «Agir vite et fort» exige «L’Echo d’Alger», alors que «La Dépêche Quotidienne» surenchérit en appelant à «Frapper à la tête». Une tête, par ailleurs, dûment identifiée par «Le Journal d’Alger», qui titre sur «Le vrai visage de Messali» et qui ajoute, en surtitre sur huit colonnes «Nous ouvrons le dossier du PPA».
La presse parisienne, encore peu représentée à Alger, reprendra d’abord à son compte le communiqué officiel du ministère de l’Intérieur, relayé par l’agence française AFP, faisant état «qu’un certain nombre d’attentats ont eu lieu en plusieurs points d’Algérie. Ils sont le fait d’individus ou de petits groupes isolés». Les lectures se précisent les jours d’après. «Les terroristes passent à l’action en Algérie» titre «L’Aurore», alors que «Le Figaro» parle, quant à lui, de «Complot terroriste».
La thèse de la contagion tunisienne, voire même marocaine, apparaît comme récurrente dans des commentaires qui occupent désormais bonne place dans les différents titres. Le quotidien du soir «Le Monde» tient tout à fait sérieusement à l’existence d’«une organisation étrangère aux formations nationalistes et aux populations».
Les trois lettres du FLN finiront par s’imposer et qui, en une nuit, allaient bouleverser l’échiquier colonial et changer les humeurs des nuits d’Alger.A. M.