Par Lyes Sakhi
La visite d’une journée à Alger, lundi dernier, du Premier ministre libyen Abdelhamid Dbeibah a marqué de manière claire le soutien de l’Algérie au gouvernement d’union nationale à Tripoli comme seule institution légitime pour organiser les élections et normaliser la vie politique et institutionnelle en Libye.
M. Dbeibah dont le statut est contesté par les Libyens de l’Est a été accueilli officiellement en Algérie et au plus haut niveau de l’Etat algérien lui et les responsables qui l’ont accompagné dont des sécuritaires de haut rang ont été reçus par le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune. Cet accueil est d’autant plus significatif, politiquement, que, sur le terrain, la Libye dispose aujourd’hui de deux Premiers ministres rivaux.
Le premier est Abdelhamid Dbeibah qui refuse de quitter son poste du fait qu’il se considère comme seul apte à mener son pays vers les élections qui étaient censées se dérouler le 24 décembre 2021. Le deuxième est, depuis le 10 février dernier, Fathi Bachagha, ancien ministre de l’Intérieur du gouvernement national, désigné par le Parlement de Tobrouk et soutenu par le maréchal autoproclamé Khalifa Haftar pour le même objectif.
Une situation de compétition et de concurrence qui dans un contexte libyen déjà complexe et mouvant rend probable, disent les experts, une confrontation entre les deux hommes et leurs camps respectifs, un scénario renforcé par le retrait des hommes de Haftar du comité militaire «5+5», le 9 avril dernier, pour demander la passation de consignes entre Dbeibah et Bachagha. Contre lequel, les Nations unies ont mis en garde, en mars dernier, lorsque le Secrétaire général António Guterres, s’est, lors d’un entretien téléphonique avec Fathi Bachagha, «inquiété face à la «polarisation politique» en Libye. «Il existe des centres de pouvoir rivaux en Libye (…) Notre objectif est d’apaiser la situation afin que les choses deviennent plus claires pour le peuple libyen et parvenir à la paix», a ajouté à la même époque son porte-parole Stéphane Dujarric.
Le choix de l’Algérie de soutenir le gouvernement Dbeibah pour organiser les élections s’explique par le fait que la position internationale par rapport à la situation en Libye n’est pas arrêtée. A l’exception de l’Egypte et de la Russie qui ont affiché leur soutien à la mesure prise par le Parlement de Tobrouk d’investir Fathi Bachagha, les autres pays n’ont pas eu d’attitude tranchée. L’initiative de l’envoyée spéciale du secrétaire général des Nations unies, l’Américaine Stephanie Williams, début mars, de former une commission mixte composée de 12 membres issus de la Chambre des députés et du Haut Conseil d’Etat pour élaborer une règle constitutionnelle à même d’organiser des élections «le plus tôt possible» est même considérée comme un soutien au prolongement du mandat de Dbeibah.
A Alger, ce responsable libyen et son gouvernement sont considérés comme la résultante du processus de dialogue parrainé par les Nations unies et, donc, comme des représentants légaux. C’est ce qui explique aussi pourquoi le président Tebboune a annoncé lundi la décision d’accueillir une conférence internationale pour soutenir le plan du gouvernement d’union nationale de Libye pour l’organisation des élections dans le pays.
«Le président de la République algérienne s’est félicité des mesures prises en vue d’organiser des élections, soulignant son soutien à ces démarches et à la coordination internationale les concernant, ainsi que les préparatifs d’une conférence internationale devant être accueillie par l’Algérie en faveur de la tenue d’élections en Libye», a indiqué à ce sujet le gouvernement libyen sur sa page Facebook, sans préciser la date de la tenue de cette conférence.
Par cette initiative, l’Algérie entend reprendre la main dans un dossier pour lequel elle s’est intensément investie depuis près d’une décennie sans résultats probants, en raison de la multiplicité des acteurs et des enjeux nationaux et internationaux. Quelle nouvelle donne incite sa diplomatie à relancer l’effort d’une conciliation entre des Libyens qui multiplient les signaux de clivages et de scission politiques et même géographiques ? Là où les conférences de Berlin I et II, en janvier et en juin 2021, n’ont pas réussi ? Un gros pari ! n