La visite d’Etat du président turc Recep Tayyip Erdogan en Algérie relance la promesse d’une relation bilatérale gagnant-gagnant, notamment sur le plan de l’investissement économique, et d’un traitement de la question libyenne sans conflit d’intérêts.

Entre Alger et Ankara, l’horizon économique pourrait être ouvert sur des échanges commerciaux vigoureux. Pour le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune, qui recevait hier son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, ces échanges devraient atteindre les 5 milliards de dollars.
C’est deux fois moins que ce qu’avait promis le leader turc lors d’un voyage effectué dans notre pays en février 2018 – 10 milliards de dollars ! – mais c’est aussi presque le double de leur niveau actuel estimé entre 3 et 3, 5 milliards de dollars selon les estimations d’il y a deux ans. En 2019, ces même estimations présentaient les échanges commerciaux algéro-turcs autour des 4 milliards de dollars, faisant de la Turquie le cinquième partenaire commercial de l’Algérie après la Chine, la France, l’Italie et l’Espagne, selon des chiffres officiels algériens. Mais, en attendant de regarder de plus près ces chiffres, la présence économique turque en Algérie est une réalité.
L’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI) compte plus de 800 entreprises turques sur le sol algérien et plus d’une centaine de projets d’investissements turcs réalisés dans notre pays. La Turquie est classée sixième importateur de produits algériens et septième plus grand fournisseur de l’Algérie, selon des statistiques de 2018-2029. La nouvelle visite d’Etat du président Erdogan devrait, selon ses déclarations, créer de nouvelles perspectives pour cette coopération économique et commerciale entre les deux pays dont l’atout non négligeable est dans le fait qu’elle soit assise sur une relation politique qualifiée de « forte ». Cela passera nécessairement par l’évaluation des accords et mémorandums d’entente signés en 2018 – 2019 ayant été une saison quasiment morte en ce qui concerne le bilatéral économique et commercial entre Alger et Ankara – dans les domaines des hydrocarbures, l’agriculture, le tourisme, l’enseignement et la culture : un secteur qui devrait connaître au passage des développements intéressants quand on sait qu’à l’accueil officiel du président algérien, il y avait parmi la délégation algérienne la ministre de la Culture Fatima Bendouda, signe que des projets bilatéraux pourraient voir le jour rapidement dont l’ouverture de centres culturels en Algérie et en Turquie, comme cela a été annoncé hier par le chef de l’Etat qui a également indiqué avoir donné son accord pour l’acquisition d’un terrain pour la construction d’une nouvelle ambassade de Turquie en Algérie.
Pour ce qui est de l’économie, le chef de l’Etat algérien s’est montré admiratif du modèle de développement entrepreneurial turc et optimiste quant au futur de la coopération avec la Turquie qui est « aujourd’hui l’une des grandes puissances économiques hors Union européenne (…) qui a bâti son économie sur les PME », a-t-il déclaré en conférence de presse conjointe hier. Le Président Tebboune est allé jusqu’à déclarer avoir convenu avec le président Erdogan de consacrer un « échange quotidien » entre les ministres algériens et leurs homologues turcs pour « ne laisser place à aucun malentendu » qui troublerait une relation bilatérale ascendante et dont on devrait trouver l’expression dans le futur « Conseil de coopération » dont la déclaration de sa création a été signée par les deux chefs d’Etats. On y reviendra.n

«Totale convergence » sur le dossier libyen»
Par Kahina Terki
Entre Alger et Ankara, il y a une « convergence totale » sur le dossier libyen. C’est ce qu’a déclaré hier le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune en conférence de presse avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan. « Une totale convergence existe entre nous et la Turquie, pays frère, sur la nécessité d’oeuvrer ensemble, avec l’aide d’Allah, à la concrétisation des conclusions de la Conférence de Berlin», a affirmé le Président de la République. Pour sa part, le président turc a estimé que la crise en Libye ne pouvait être résolue par des « moyens militaires ». « Nous sommes en pourparlers intenses avec les pays de la région et avec les acteurs internationaux pour garantir le cessez-le-feu et permettre le retour du dialogue politique en Libye », a ajouté M. Erdogan. Jeudi dernier, Alger a accueilli une réunion des pays voisins, afin notamment d’assurer le suivi de la conférence de Berlin. Lors de celle-ci, les participants se sont engagés à oeuvrer au renforcement du cessez-le-feu en vigueur depuis le 12 janvier, en cessant notamment de violer l’embargo sur les livraisons d’armes. Ce qui ne semble pas être le cas, selon la mission onusienne en Libye (Manul).