Par Bouzid Chalabi
Après l’apparition, ces dernières semaines, de plusieurs dizaines de foyers de grippe aviaire en Europe, l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) a aussitôt lancé une alerte invitant les pays à redoubler de vigilance. En Algérie, l’alarme est d’autant plus prise très au sérieux par les services vétérinaires et les aviculteurs que cette épizootie coïncide avec la période migratoire des oiseaux sauvages venant d’Europe pour hiberner dans les différentes zones humides du pays.
Il y a lieu de savoir de prime abord que le niveau d’alerte est au maximum au vu des données communiquées par les pays dans le Système mondial d’information zoosanitaire (OIE-WAHIS). En effet, l’OIE renseigne que près de 16 000 cas d’influenza aviaire de haute pathogénicité (IAHP) ont été confirmés dans 41 pays de différentes régions du globe, entre autres en Europe et en Afrique. Ce qui, pour l’OIE, laisse entrevoir un risque accru de circulation du virus ce dont nos aviculteurs sont depuis très inquiets. C’est du moins ce que nous ont témoigné des membres du Conseil national interprofessionnel de la filière avicole. «Certes, nous avons connu des alertes auparavant mais celle-ci nous fait craindre le pire dans la mesure où le pays est sur une route migratoire des oiseaux sauvages venant de pays européens et, de surcroît, infectés par l’IHAP», s’inquiètent-ils.
Kamel Djouad, vétérinaire et spécialiste en matière d’élevage avicole, approché par nos soins, ne cache pas que «cette fois, le risque d’une contamination est accrue. C’est pourquoi je recommande vivement à nos aviculteurs de redoubler de vigilance car le danger de contamination est à nos portes». Il conseille donc comme mesure d’urgence de confiner au mieux les batteries d’élevage, car le virus H5N8 est hautement pathogène. Abondant dans ce sens, il avertit «si, par négligence, le virus venait à s’introduire dans les batteries, c’est tout le cheptel qui serait décimé en moins de cinq jours et, par voie de conséquence, tout leur capital financier perdu». Toujours dans ce même contexte, le président du Conseil Moumen Kali, approché hier par nos soins, insiste, de son côté, auprès des aviculteurs de rester sur leurs gardes «en commençant par prendre des précautions pour éviter le pire», a-t-il préconisé. Ajoutant : «Sans tomber dans la sinistrose, imaginons si des foyers d’IAHP font leur apparition, cela va plomber la filière en son amont, car les éleveurs qui envisagent de remplir leurs batteries vont vite remettre à plus tard leur projet par mesure de prudence, préférant ainsi que le danger s’estompe pour pouvoir exercer leur activité.» Autrement dit, ils seront nombreux, si ce n’est la majorité, à ne reprendre qu’une fois l’épizootie disparue». Soulignons qu’au sein de la filière on avertit que «si des foyers venaient à être découverts c’est tout l’aval du secteur qui sera durement impacté. C’est-à-dire que l’offre sur le marché de la volaille pourrait connaître une baisse tangible par rapport à la demande, provoquant ainsi une crise sur la viande blanche et, par ricochet, une surenchère sur les étals des marchands de volaille», pour ne pas dire une flambée des prix inimaginable. Un scénario très redouté autant pour les aviculteurs que pour les consommateurs.
Pour l’heure, c’est une dure bataille qui s’annonce si l’on veut faire barrière au H5N8, ce qui demande une large implication de toutes les parties concernées. n