Reporters : Combien de têtes d’ovin ont été sacrifiées cette année ?
Aïssa Manseur : L’Aïd el Adha vient à peine d’être célébré, donc il est encore trop tôt de parler du nombre de moutons sacrifiés, et qui ne peut être encore qu’approximatif. D’habitude, les ménages algériens sacrifient jusqu’à 5 millions de têtes, environ, mais pour cette année, le nombre sera beaucoup moins important pour les raisons sanitaires que connaissent tous les pays du monde. L’Aïd de cette année a été fêté dans un contexte particulier jamais vécu auparavant. Avec la propagation du coronavirus, le rituel du sacrifice du mouton a été compromis à cause de plusieurs raisons engendrées par la situation sanitaire.
Cette année, il n’y avait pas autant de marchés de «proximité» pour la vente du cheptel destiné au sacrifice de l’Aïd, les autorités ont jugé nécessaire de réduire au maximum ces espaces par mesures de prévention contre la propagation de la Covid-19. En outre, les ménages qui faisaient des économies durant toute l’année en prévision de cette fête religieuse ont dû les dépenser durant le confinement en raison de l’arrêt des activités économiques et commerciales.
Il y a eu encore parmi les ménages beaucoup qui se sont abstenus d’accomplir le sacrifice de l’Aïd de peur de contracter la maladie, compte tenu que les moyens de contamination et les façons de propagation et de transmission du virus sont au cœur de la polémique.
Pensez-vous que la pandémie de la Covid-19 a eu un impact sur la consommation ovine et jusqu’à quel point selon vous ?
Sans doute, la consommation de la viande ovine a été affectée indirectement par la propagation de la pandémie. Les mesures du confinement qui ont été nécessaires pour lutter contre ce maudit virus ont eu des répercussions négatives sur les revenus des ménages qui étaient obligés de réduire leurs dépenses et renoncer à l’acquisition des produits perçus comme étant chers, à l’instar des viandes rouges ovines, en particulier. Et encore, le cheptel destiné à l’abattage durant l’Aïd de cette année, comme on l’a dit plus haut, devait être beaucoup moins important que les années précédentes. Cette situation a beaucoup affecté les éleveurs et leur activité a été fortement chamboulée par la propagation de la pandémie avec les mesures de confinement qui s’en sont suivies. L’Aïd el Adha représente pour cette frange un évènement et une opportunité commerciale très importants, mais pour sauver des vies humaines et leur éviter la contamination par ce virus, toutes les décisions solides et irréfutables dans ce sens sont les bienvenues et tout le monde est censé les endosser.
Le hadj n’ayant pratiquement pas eu lieu, autre occasion propice à l’abattage, on devrait avoir aussi une plus grande «économie» du cheptel cette année. Est-ce une bonne chose pour l’élevage ovin dans notre pays ?
Effectivement, le non-accomplissement du hadj pour cette année épargnera également l’abattage d’un nombre important d’ovins. Ces deux évènements qui se succèdent dans cette conjoncture inédite pourraient avoir des conséquences positives sur le cheptel national s’il était, par exemple, menacé par des grandes pertes en raison d’une épidémie ou d’une sécheresse persistante, dans ce cas, cette décision permet de régénérer les troupeaux, mais nous ne sommes pas dans cette situation. La vente du cheptel ovin dans ces occasions est une opération commerciale tout à fait habituelle et encore nécessaire pour les éleveurs afin de générer des revenus et régénérer leurs cheptels pour pérenniser leurs activités qui s’exercent dans des conditions des plus difficiles.
Parlons maintenant de la santé du cheptel. Quel contrôle vétérinaire est mis en place pour la préserver ? Pas d’anomalies ni de maladies à enregistrer ?
Chaque année et à l’approche de l’Aïd el Adha des mesures sont prises par les autorités compétentes pour veiller au bon déroulement, du déplacement, de la vente du cheptel et de l’accomplissement du rituel du sacrifice. Cette année et suite à la propagation de la Covid-19, ces mesures sanitaires et vétérinaires ont été renforcées et appliquées sur tout le territoire national, notamment au niveau des abattoirs agréés ouverts durant le jour de l’Aïd.
Plus de 2 000 vétérinaires des secteurs public et privé ont été mobilisés selon la déclaration des officiels, pour contrôler la santé animale et pour veiller, avec d’autres organismes, au bon respect de la santé publique et vétérinaire et des mesures sanitaires mises en place dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. A ma connaissance, jusqu’à présent, aucune déclaration de maladie ou d’anomalie n’a été signalée.
Récemment, un débat s’est enclenché sur les variétés ovines dans notre pays. Certains affirment que certaines espèces sont menacées de disparition, délaissées par les éleveurs qui ne les trouvent pas rentables, alors qu’elles ont une valeur économique et patrimoniale certaine. Qu’en pensez-vous ?
Notre pays est connu pour être un terrain de prédilection d’élevage ovin, les statistiques disponibles donnent le chiffre de 29 millions de têtes. Cette importante population ovine est représentée par plusieurs races, dont les principales Ouled Djellal, El Hamra (Deghma), Rembi, Berbère, Barbarine, D’men et Sidahou, mais la race Ouled Djellal, dite aussi race arabe blanche, est prédominante et représente 70% du cheptel total selon des spécialistes.
Des chercheurs ont lancé l’alerte sur la menace qui plane sur certaines races qui sont carrément en voie d’extinction. Ils notent que la race El Hamra a disparu au niveau de tout l’Ouest, Naâma, El Bayedh et Saïda.
Le risque d’extinction de la race El Hamra constitue une préoccupation majeure tant sur le plan économique que sur le plan préservation des bioressources endémiques de la steppe ouest algérienne. Parmi les causes évoquées, celles humaines et génétiques semblent être les principales, selon une étude publiée par Journal algérien des régions arides, dans un numéro spécial datant de 2012.
Des échos médiatiques font état de l’abattage illégal des brebis reproductrices et des agnelles qui est «très répandu» et a atteint des proportions alarmantes dans plusieurs régions du pays, et ce, en dépit des dispositions du décret exécutif n°91-514 relatif aux animaux qui interdisent l’abattage des femelles en état de gestation, celles des espèces ovines, bovines, caprines, équines et camelines. Cette pratique malsaine et «génocidaire» pourrait affecter énormément la reproduction de cette richesse animale et prélude à sa disparation. <