Les difficultés d’Air Algérie de parvenir à la rentabilité sont très anciennes. Une tradition bien algérienne, cependant, veut que ces difficultés n’ont jamais été discutées publiquement, encore moins au Parlement, lieu pourtant prédestiné au débat économique et aux interrogations sur la santé financière de nos grandes entreprises.

Pour l’anecdote, les seules indiscrétions sur les caisses du pavillon national sont venues de ses concurrents étrangers à l’occasion de rencontres sur le secteur du transport aérien. La seule certitude qu’a l’opinion nationale de l’entreprise est qu’elle « vole » avec un effectif pléthorique dépassant l’entendement, mais expliquant bien la sociologie du pays sur les « coups de main » et le « coup de piston » aux proches et aux amis… Pour autant, il y a lieu d’avouer que l’actuel ministre du secteur a cassé un tabou sur la réalité de la compagnie.
Dès sa prise de fonctions, M. Talai a joué carte sur table en déclarant, notamment en juin 2015, qu’«Air Algérie est malade (…) La compagnie doit réapprendre tout, jusqu’à comment organiser un vol. C’est désastreux». Il a appelé le personnel de la compagnie à consentir plus d’efforts et à faire preuve de sérieux et de rigueur pour «sauver» la compagnie et la rendre compétitive. «Si vous continuez à faire les choses de cette manière, le pavillon national va disparaître», avait-il encore averti, en août 2016, les cadres d’Air Algérie et de ses représentants à l’étranger.
En août 2015, l’ex-PDG Mohamed Abdou Bouderbala avait indiqué que la compagnie « traverse aujourd’hui une période de dysfonctionnement avec son mode actuel de gestion, un modèle traditionnel qui ne répond plus aux besoins de ses clients malgré les résultats financiers intéressants ». M. Bouderbala avait parlé d’une nouvelle stratégie de sauvetage qui ne semble pas encore avoir été trouvée.