La compagnie nationale Air Algérie est, de nouveau, en butte à un conflit social qui risque de compliquer davantage sa situation financière déjà mal en point.

Au moment même où se tenait une importante réunion, regroupant la Direction générale et les représentants des employés de la maintenance, qui avaient déposé un préavis de grève, c’est le syndicat des pilotes, sous la bannière de l’UGTA, qui est monté au créneau hier pour mettre en garde la Direction générale contre toute révision de la grille des salaires. Un préavis de grève a été, d’ailleurs, déposé, compliquant davantage la tâche de Bakhouche Allèche, le patron de la compagnie.
A l’origine, les propos tenus récemment par le PDG de la compagnie, évoquant une situation de quasi faillite de la compagnie et pointant du doigt, notamment la masse salariale et la politique de recrutement de ses prédécesseurs. Les employés de la maintenance, qui ont déclenché une grève surprise en octobre dernier, ne comptent pas baisser les bras et veulent une revalorisation de leurs salaires, telle que promise par l’ancien PDG de la compagnie. La décision de geler ces augmentations par l’actuelle direction ne passe pas au niveau des différents syndicats de la compagnie qui refusent de payer les pots cassés des erreurs de gestion.
Dans son communiqué, le syndicat des pilotes de ligne est furieux. «Le directeur de la compagnie n’a pas trouvé de solution de gestion que de se tourner vers les poches des employés.
«Solution» qui n’a fait qu’envenimer un climat socio-professionnel déjà déstabilisé par des pratiques discriminatoires et des deux poids deux mesures de cette même direction. »
Il est vrai que, par le passé, et en raison d’une certaine aisance financière, ces questions se réglaient plus ou moins facilement. Ce n’est pas le cas, présentement, hélas. De plus, la compagnie fait face à des scandales récurrents, dont le dernier en date avait trait aux cinq moteurs d’avion volés des ateliers de la maintenance. Ceci, au moment où plusieurs avions de la compagnie ont connu des pannes techniques.
Il est difficile de cerner le mal qui ronge la compagnie nationale sans revenir en arrière, aux décisions prises par les politiques et imposées à une compagnie à qui on demande, aujourd’hui, d’être rentable. Dans un pays, où il y a plus d’aéroports que d’avions, où la seule compagnie nationale est obligée de pratiquer des tarifs administrés, d’assurer à perte des vols, souvent à moitié vides, et surtout de recruter un personnel pléthorique, parfois ne travaillant qu’un seul jour par semaine (voir les aéroports où un seul vol hebdomadaire est programmé), c’est toute une révolution qu’il faudrait opérer.
Sachant que la compagnie emploie quelques 10 000 personnes, dont un grand nombre de pistonnés, d’autres avec de faux diplômes et certains, surtout pour les escales à l’étranger, ont largement dépassé l’âge légal de départ à la retraite. La compagnie aérienne n’a jamais fonctionné comme une entreprise économique. Bien au contraire. Lorsqu’on prend l’exemple de sa filiale fret, qui, pourtant, rapporte gros à la compagnie, l’on se demande pourquoi a-t-on eu recours à une compagnie étrangère (Swiss Port pour ne pas la nommer) pour venir concurrencer la filiale algérienne. Un exemple parmi tant d’autres qui plombe la compagnie et approfondit son gouffre financier. Et ce n’est certainement pas la question des salaires qui est en cause. Il suffit de jeter un œil sur les grilles de salaires des compagnies aériennes des pays voisins pour s’en rendre compte. D’ailleurs, plusieurs pilotes et ingénieurs de la compagnie sont allés monnayer leurs talents ailleurs, en raison justement de la question salariale. Le bras de fer renouvelé entre les syndicats et la Direction générale ne constitue qu’un épisode de plus dans cette profonde crise que vit la compagnie et qui risque de déboucher, comme le redoutent beaucoup de syndicalistes, sur un démembrement d’Air Algérie, voir sa privatisation. Affaire à suivre.