Ce qui ne devait être qu’un arrêt de travail surprise, de quelques petites heures, s’est transformé en grève qui, hier, consommait son troisième jour successif. Le débrayage initié par le Syndicat national du personnel navigant commercial algérien (SNPNCA) se poursuivait, sur fond d’un bras de fer avec la direction de l’entreprise, qui se prolonge et s’éternise sans signe de dénouement à l’horizon.

Pis encore, la situation est carrément en train de virer au pourrissement, poussée par les hostilités allant crescendo entre le SNPNCA et la direction de la compagnie aérienne nationale. Une confrontation qui a gagné en tension ces trois derniers jours, sous l’effet d’un mouvement de grève à fortes retombées négatives sur les passagers et de la riposte d’Air Algérie à travers les sanctions administratives prises contre les grévistes, alors que le tribunal de Dar El Beïda a déclaré la grève illégale, dimanche. Parmi ces grévistes, ils étaient hier près de 90 à avoir fait l’objet d’une suspension de leur poste, contre une quarantaine la veille, au second jour du mouvement de protestation.
Un nombre de suspendus qui témoigne de l’ampleur des dommages occasionnés au pavillon national par les stewards et hôtesses ayant refusé de rejoindre leurs postes de travail. Leur syndicat soutient toujours que la direction refuse de dialoguer, alors que le porte-parole de l’entreprise dément et déclare que les portes du dialogue étaient toujours ouvertes.
Indiquant que « 82 PNC » étaient suspendus, M. Andaloussi a de nouveau affirmé que la direction d’Air Algérie n’était destinataire d’aucune revendication officielle en provenance du personnel en débrayage. « Nous n’avons reçu aucune revendication officielle de la part des grévistes. Selon leurs communiqués publiés sur les réseaux sociaux, ils demandent l’amélioration des conditions de travail », a-t-il indiqué sur les ondes de la Radio nationale, hier matin. De leur côté, des membres du syndicat ont affirmé que la direction avait pris, la veille, des contacts avec eux et que « trois représentants ont été désignés pour parler des revendications et de la suspension des grévistes ». Mais hier, au moment où ils devaient aller à la rencontre de la direction, ils ont appris que le directeur général n’était pas disponible pour les recevoir. « Nous avons alors décidé de poursuivre notre grève », a expliqué l’un des syndicalistes.
Une décision qui n’a fait que rajouter à la pagaille au niveau des guichets d’Air Algérie dans plusieurs aéroports nationaux et internationaux, alors que les vols annulés par la compagnie gagnaient encore hier en chiffre, faisant monter de plusieurs crans le désarroi et la colère des passagers bloqués et ne sachant, dans de nombreux cas, à quel saint se vouer. « Le vol à 7h du matin d’Orly vers Alger a été annulé. Nous n’avons appris la nouvelle qu’une fois devant les guichets d’enregistrement qui étaient fermés. Nous n’avons eu droit à aucune explication d’Air Algérie », nous dit, abattue, une passagère algérienne qui devait rejoindre hier Alger après un séjour en France. Une passagère qui n’est pas seule dans ce cas, puisqu’ils sont des centaines de passagers à s’être retrouvés bloqués dans les aéroports depuis lundi.
Dans une déclaration faite à l’APS dans l’après-midi d’hier, M. Adaloussi a fait savoir que « rien n’a changé par rapport aux deux jours précédents ». Air Algérie a enregistré des retards, des annulations et des vols qui sont engagés. Nous ne pouvons donner le taux d’annulation des vols programmés qu’en fin de journée, mais il ne sera vraisemblablement pas différent de ceux des deux jours précédents, qui était de 40% », a-t-il souligné. Ajoutant que la cellule de crise mise en place pour le suivi de la grève, « veille, pour l’instant, à la gestion des vols avec la reprogrammation de ceux annulés en recourant à des avions de plus grande capacité afin de pénaliser le moins possible de passagers ».
« Nous ne reprendrons le travail qu’une fois que le personnel suspendu, y compris les syndicalistes qui nous ont rejoints en tant que PNC, auront repris leurs postes de travail et que les accords à caractère financier signés avec la direction générale d’Air Algérie sont appliqués », a insisté, quant à lui, Reguigue Walid, membre du SNPNCA, expliquant que « ces accords, dont la teneur a été déjà communiquée à l’Inspection du travail, ont été gelés unilatéralement par le directeur général sans motif ».
Depuis 2017, la direction des ressources humaines d’Air Algérie a entamé des négociations avec l’ensemble des partenaires sociaux (dont le SNPNCA) pour une démarche globale qui tienne compte de la situation financière de l’entreprise. Mais c’est visiblement un dialogue de sourds qui semble s’être installé entre les deux parties, et l’occasion des grèves à répétition déclenchées par le PNC et dont les dégâts risquent de se vérifier au détriment de l’équilibre financier de l’entreprise. Ceci d’autant que ces grèves sont en train de porter un coup dur au capital confiance des clients de la compagnie nationale et pourraient inciter ces derniers à migrer vers d’autres compagnies, notamment sur le marché juteux Algérie-France qui compte désormais un nouveau prestataire de service lowcost, appartenant à Air France, venu hériter de belles parts de la défunte compagnie Aigle Azur.