Air Algérie a un nouveau patron. Objectif : redonner au pavillon national les couleurs du service de qualité et de la performance économique. Une mission difficile dans la mesure où le nom de la compagnie s’est associé à des pertes importantes de son chiffre d’affaires et aux turbulences au sein de son personnel navigant et navigant commercial.

Par Feriel Nourine
M. Benslimane prend les rênes de la compagnie nationale avec un CV qui compte, entre autres, un poste de directeur commercial au sein de l’établissement de gestion de services aéroportuaires et un autre de délégué général d’Aigle Azur Algérie, filiale de la compagnie française qui a cessé ses activités en 2019. La mission qui l’attend n’est assurément pas une mince affaire, dans la mesure où il aura à se déployer sur plusieurs fronts pour réhabiliter une compagnie qui était en perte de vitesse et qui a également perdu en altitude durant les deux années de Covid-19 qui ont fait du secteur des transports la victime principale.
En effet, c’est dans une situation d’entreprise en difficultés financières, suite à la longue période d’arrêt de ses vols, et dont la gestion a provoqué des critiques de partout, que le nouveau patron d’Air Algérie prend ses fonctions. Et il en est suffisamment conscient, comme il l’a exprimé hier, en rappelant que la priorité de l’heure consiste la gestion la reprise massives de vols en cette période estivale, non sans préciser que «des défis» sont à relever par la compagnie sur les plans national et international.
«Ma nomination à la tête d’Air Algérie intervient dans un contexte sensible, marqué par le lancement de la saison d’été. La compagnie fait face à de grands défis dans son activité, sur le plan international et africain. Elle a d’autres défis non négligeables sur le plan national et régional», a-t-il déclaré a déclaré M. Benslimane en marge de sa nomination.

Gestion de la saison estivale
«Relever ces défis demande de la détermination et se base sur des femmes et des hommes qui, je suis sûr, sont au sein d’Air Algérie. Ils ont tous besoin de relever le défi pour revoir la prise en charge des demandes des clients afin de replacer Air Algérie à la place qui est sienne sur le plan national et international», a-t-il ajouté.
Concernant le programme de vols supplémentaires, décidé en mai dernier en Conseil des ministres, sa consistance à travers les nombreux vols internationaux qu’il compte, oblige le nouveau premier responsable de la compagnie nationale à mettre rapidement en place les moyens nécessaires pour le rendre effectif en mettant fin aux difficultés que rencontre les clients pour acquéreur un billet. Un dossier sur lequel le ministre du secteur a insisté hier, après avoir installé le nouveau Pdg du pavillon national. A ce propos, M. Moundjid a inscrit «l’amélioration des services» et la dématérialisation de la vente des billets en vue d’éviter les longues files d’attente au niveau des agences commerciales de la compagnie sur le registre des priorités d’Air Algérie. Il est question «d’améliorer le service commercial avec la digitalisation de la vente des billets. Aujourd’hui, on remarque qu’il y a beaucoup de files d’attente pour l’achat des billets», a-t-il indiqué.
Le nouveau PDG d’Air Algérie a été, par ailleurs, chargé de mettre en route rapidement le projet d’acquisition de 15 nouveaux appareils, conformément aux instructions du président de la République pour renforcer la flotte de la compagnie.
«Nous avons donné des directives pour établir des contacts dans l’immédiat et d’examiner les modalités d’acquisition de 15 nouveaux avions auprès de constructeurs de renommée internationale», a souligné le même responsable.
Pour rappel, le Conseil des ministres tenu le 08 mai dernier avait autorisé Air Algérie à acquérir 15 avions pour l’ouverture de nouvelles lignes notamment vers des pays africains et asiatiques.

Restructuration de la compagnie
Parmi les autres opérations que doit lancer M. Benslimane, M. Moundji a cité «une restructuration interne pour supprimer certaines dépenses et de créer de nouvelles branches ainsi que la récupération de notre part de marché dans le transport».
Sur le registre des relations de travail, il a mis en exergue la nécessité de «collaborer avec le partenaire social en l’impliquant dans la prise de décision au sein de la société notamment en ce qui concerne le développement de l’activité». M. Moudji a appelé à suivre cette voie, alors qu’en avril, le Syndicat des pilotes de lignes algériens (SPLA) était monté de nouveau au créneau pour alerter les pouvoirs publics sur les problèmes de gestion que traverse leur entreprise et qui mettent en danger sa survie. Les pilotes ont reproché aux dirigeants d’Air Algérie «un laxisme et un manque de visibilité et de planification», n’hésitant pas à menacer d’un départ massif des pilotes si cette situation demeure sans solution.
Les pilotes ne sont pas les seuls à dénoncer la gestion de la compagnie nationale et à appeler à revoir le mode de gouvernance qui prévaut en son sein. Le constat sera fait même par Abdelmadjid Tebboune, quelques jours après la sortie du SPLA. En Conseil des ministres, le président de la République demandera à «revoir» le mode de gestion d’Air Algérie «de manière à la rendre compétitive à l’international, tout en veillant à réduire le nombre de ses agences commerciales à l’étranger».
En fin de compte, le mal de l’entreprise est bien plus profond, et dépasse largement les relations qu’elle entretient avec ses passagers en termes de tarifs de billets et des services qu’elle leur fournit. Il est celui d’une compagnie aérienne qui volait bas bien avant l’arrivée du virus déstabilisateur du transport aérien international, et qui tente de se projeter dans la période post-covid avec un énorme passif et des bases gestions bien fragiles.

Renouer avec la rentabilité
Selon l’une de ses cadres qui présentait un exposé devant l’APN, début mars dernier, «Air Algérie a connu un renversement de situation qui l’a fait passer d’un équilibre financier en 2019 à des résultats financiers déficitaires devenus critiques pour la relance de la compagnie nationale».
Contrairement aux compagnies qui la concurrencent à l’international, Air Algérie peine toujours à renouer avec la rentabilité, même si le nombre de ses vols a été augmenté, et connait actuellement un renforcement que pourraient peut-être lui envier d’autres compagnies.
Côté gestion, un nouveau mode de gouvernance a été présenté aux députés. Lequel passe par une série d’actions et opérations qui se dégagent de la ligne de conduite tracée pour la période 2021-2025. Celle-ci est «axée sur la réduction de ses charges, la restructuration, la génération de nouveaux revenus et la révision de la convention collective», avait expliqué l’intervenante.
«S’agissant de la restructuration de l’entreprise, il a été procédé entre 2020-2021 au rappel de 50 expatriés et la fermeture de 9 agences à l’étranger sur 16 ciblées, en vue d’atteindre un objectif d’économie de 1,14 million d’euros/an», avait-elle souligné.
Concernant la réduction des charges, la compagnie «va mettre en place une politique d’efficacité énergétique, fermer la restauration et revoir les contrats d’assurance», est-il, en outre, prévu dans la ligne de conduite de cette entreprise en besoin urgent de nouveaux réflexes de gestion. <