Que ce soit en Algérie ou ailleurs, le secteur aérien est touché de plein fouet par la crise liée au coronavirus. Air Algérie ne pouvait pas être épargnée par les conséquences, et les retombées se font déjà sentir. La compagnie aérienne annonce déjà l’imminence de «réformes structurelles» qui toucheront toutes les activités internes. La crise sanitaire ayant engendré une grave crise financière, Air Algérie risque de prendre des décisions qui toucheront tout le personnel. Une première réunion avec certains syndicats a eu lieu le 16 avril dernier. Une autre, annoncée comme cruciale, est prévue dans un peu plus d’une semaine. Deux documents, dont «Reporters» a obtenu des copies, donnent une idée sur le branle-bas de combat chez les représentants de la compagnie.
Préparatifs
Dans une note signée par Toubal Seghir, le chef de la division Affaires générales, et adressée aux responsables de trois syndicats de la compagnie aérienne, en l’occurrence le Secrétaire général de la section de l’UGTA, le Président du SPLA (Syndicat des pilotes de ligne algériens) et le Président du SNTMA (Syndicat national des techniciens de la maintenance aérienne), la direction générale d’Air Algérie tire la sonnette d’alarme. Il est question, dans ce document daté du 27 avril dernier, de l’urgence et la nécessité «de s’atteler aux réformes structurelles» pour sauver l’entreprise. La Direction générale annonce d’emblée les conséquences de la crise sanitaire «au moins pour les deux années à venir».
Un préambule avant d’annoncer aux partenaires sociaux de se préparer à la réunion prévue le jeudi 7 mai au cours de laquelle plusieurs sujets sont au programme. Dans le document 11 points ont été annoncés et qui seront débattus lors du RDV prévu dans 8 jours :

  1. Mise à jour du règlement intérieur,
  2. Mise à jour de la convention collective,
  3. Révision du régime de travail du personnel naviguant et au sol,
  4. Dimensionnement des effectifs par rapport à l’activité,
  5. Congé du personnel,
  6. Restructuration de la compagnie,
  7. Restructuration des unités à l’étranger,
  8. Hiérarchisation des métiers et des salaires (Benchmarking)
  9. Transport du personnel
  10. Restauration du personnel,
  11. Salaires durant la crise.
    Dissidence!
    Cette note a été ainsi adressée uniquement à trois partenaires sociaux, en omettant un quatrième, le SNPNCA (Syndicat national du personnel navigant commercial algérien). Ce dernier avait annoncé, la veille, soit le 26 avril, dans un communiqué que «toute communication est rompue» avec «les représentants de l’entreprise». Dans le même document le SNPNCA déplorait le fait de ne pas avoir été invité à la «réunion d’urgence» ayant regroupé, le 16 avril dernier «le PDG et ses collaborateurs avec les partenaires sociaux de la compagnie» et dont le sujet était de «débattre sérieusement des répercussions de ce mal sur la stabilité de la compagnie et de son personnel». Le SNPNCA indique également qu’il décline «toute responsabilité quant aux décisions prises lors de ces réunions concernant le PNC (Personnel navigant commercial, ndlr)«.
    Un ciel sombre, ici et ailleurs
    Une situation qui dénote la crise de confiance au sein (au moins) d’une partie des représentants syndicats d’Air Algérie, ce qui est loin d’être optimiste pour la suite, surtout que la crise sanitaire demande une «union sacrée» pour en sortir indemne. Elle est d’autant urgente que sous d’autres cieux, les préparatifs vont bon-train pour parer au pire. Ainsi, les estimations de l’Organisation de l’aviation civile internationale sont des plus pessimistes. Le 22 avril dernier, elle annonçait que d’ici septembre prochain, la crise sanitaire pourrait réduire de 1,2 milliards le nombre de passagers dans le ciel. Le lendemain, soit le 23 avril, l’Association internationale du transport aérien (Iata), qui représentent les compagnies aériennes, estimait à 55% la baisse de la demande des passagers européens en 2020 par rapport à 2019. Des perspectives annonçant de grands chamboulements et qui toucheront toutes les compagnies aériennes, grandes ou petites. Leurs employés seront sans aucun doute les premiers à en subir les conséquences. <