Par Feriel Nourine
Au moment où la quasi-totalité des compagnies aériennes sont en train de renouer avec le rythme de leur activité d’avant-la Covid-19, Air Algérie continue de compter les pertes subies durant la pandémie, sur fond d’une multitude d’autres problèmes qui mettent carrément en danger la survie de la compagnie.
Face à ce risque, le Syndicat des pilotes de lignes algériens (SPLA) monte de nouveau au créneau pour alerter les pouvoirs publics en mettant cette situation sur le compte des dirigeants de l’entreprise à qui il reproche «un laxisme et un manque de visibilité et de planification». Selon le même syndicat, «les seules dispositions prises par la direction sont la limitation ou l’annulation unilatérale de plusieurs acquis socioprofessionnels».
La situation pourrait s’aggraver davantage, avertit le syndicat des pilotes, indiquant que «le résultat direct de cette politique est un départ massif des pilotes qui se profile dans le très court terme au profit des compagnies concurrentes à l’international». Ce qui provoquerait «une saignée du capital humain hautement qualifié de la compagnie» et serait «désastreux» pour l’avenir du pavillon national, prévient la même source.
Le SPLA avertit «qu’un front social grandissant et un climat socioprofessionnel insoutenable se profilent dans les jours à venir», avant d’appeler «les autorités compétentes à intervenir énergiquement pour le redressement de cette situation chaotique dans l’intérêt suprême du pavillon national».
Ces mêmes autorités avaient, par la voie du nouveau ministre des Transports, clairement critiqué le mode de gestion d’Air Algérie. Il y a à peine deux semaines, au lendemain de sa nomination à la tête du secteur, Abdellah Moundji avait appelé les responsables du pavillon national à une révision minutieuse de ce mode de gestion. Le ministre intervenait lors d’une réunion avec le Directeur général par intérim d’Air Algérie, Amine Debaghine Mesraoua, et nombre de responsables. Il avait insisté sur l’importance de «prendre toutes les mesures opérationnelles pour accompagner le programme supplémentaire de vols annoncé et assurer une prise en charge optimale des préoccupations des citoyens, à travers la multiplication des efforts pour augmenter la performance de la compagnie, et partant améliorer les services prodigués aux clients, à travers sa modernisation et la numérisation de ses structures».
Après 15 mois d’arrêt de ses vols à l’international, Air Algérie a repris progressivement son programme qu’elle renforce régulièrement. Elle a rouvert partiellement ses frontières le 1er juin dernier. De 6 vols internationaux au mois de juin dernier, la compagnie est passée à 32 vols en août, puis à 108 vols depuis quelques jours.
Lors de la même réunion avec les responsables de l’entreprise, M. Moudji avait également souligné l’impératif «d’élaborer un plan de travail pour le court, moyen et long termes avec une vision claire et des objectifs bien définis, la compagnie étant tenue de compter sur ses propres capacités dans l’exécution de ses plans de développement et de revoir son mode de gestion conformément aux normes internationales». Des instructions en provenance du premier responsable du secteur témoignent de la situation peu enviable dans laquelle se trouve le pavillon national, nécessitant des efforts colossaux pour espérer le réorienter vers la voie du développement. Côté situation financière, la compagnie est en «chute libre», selon l’un de ses cadres qui présentait un exposé devant l’APN, début mars dernier.
«Air Algérie a connu un renversement de situation qui l’a fait passer d’un équilibre financier, en 2019, à des résultats financiers déficitaires, devenus critiques pour la relance de la compagnie nationale», avait-elle indiqué devant les députés. L’intervenante avait, par ailleurs, présenté un nouveau mode de gouvernance, contenant une série d’actions et d’opérations dégagées de la ligne de conduite tracée pour la période 2021-2025. Celle-ci est «axée sur la réduction de ses charges, la restructuration, la génération de nouveaux revenus et la révision de la convention collective», a expliqué l’intervenante. «S’agissant de la restructuration de l’entreprise, il a été procédé entre 2020-2021 au rappel de 50 expatriés et la fermeture de 9 agences à l’étranger sur 16 ciblées, en vue d’atteindre un objectif d’économie de 1,14 million d’euros/an», avait souligné la même responsable. Elle a ajouté qu’Air Algérie compte réduire ses charges. Dans cette perspective, elle prévoit de «mettre en place une politique d’efficacité énergétique, fermer la restauration et revoir les contrats d’assurance», avait-elle expliqué. <