« Nous avons été surpris par la grève. Il n’y a eu aucun préavis et ce n’est que durant la matinée du jeudi 30 janvier que l’on a découvert que le personnel naviguant de la compagnie (PNC) avait décrété un arrêt de travail. » C’est en substance ce que nous a déclaré un ancien cadre syndical de la compagnie nationale Air Algérie. C’est, jeudi matin que tout le monde au niveau de l’aéroport d’Alger a été surpris de la décision du PNC d’annoncer et d’appliquer une grève de son personnel.

Toute la matinée du jeudi a été caractérisée par une panique des passagers qui devaient quitter la capitale par avion. Sept vols vers diverses destinations seront bloqués puis annulés.
Puis, comme si de rien n’était, les vols de la compagnie reprendront, sans que le personnel naviguant exprime les raisons de sa protesta et ses revendications. C’est ainsi que le communiqué traduit le mouvement de grève d’une demi-journée en raison des « promesses non tenues par la direction générale». Des promesses qui concernent essentiellement les conditions de travail et les salaires, bien sûr.
Le communiqué se consigne en quatre points essentiels les conditions de travail déplorables, dans des lieux insalubres, moyens de travail inexistants, absence de procédures préventives vis-à-vis du Coronavirus.
Les programmes où on dénonce une non-application du régime de travail, équipages réduits, favoritisme et passe-droits, cumuls de congés non-apurés, dimensionnement hasardeux sans oublier le formation avec des moyens pédagogiques et humains insuffisants.
L’administration, avec un manque de considération et une mauvaise gestion des affaires générales opérationnelles du PNC, protocole social inexistant, non-respect des critères de recrutement et sanctions abusives et arbitraires. On lira aussi dans le communiqué que «l’absence d’un plan d’action relatif à l’évolution du métier PNC, qui se répercute inévitablement sur la qualité de service et la sécurité à bord, d’une part, ainsi que l’absence d’un dialogue sincère afin d’aboutir à des solutions durables aux préoccupations susmentionnées, d’autre part, ont mis dans l’obligation la corporation PNC à réagir par ce moyen légal pour faire valoir ses droits ».
Il est clair que le coup de semonce tiré jeudi dernier est un prélude à un débrayage plus important. Les syndicats du personnel naviguant et au sol avaient, on s’en souvient, réclamé pratiquement les mêmes choses en 2018. La réponse du directeur général de l’époque avait été claire et sans équivoque : la situation financière est dans les plus mauvaises conditions, par conséquent, toute augmentation des salaires dans la période actuelle relève de l’impossible. Il a été question ensuite de diminuer le personnel d’Air Algérie, quelque 10 000 agents, et réduire les escales et les personnels à l’étranger, notamment celles où le mouvement des avions de la compagnie est pratiquement nul. La compression du personnel n’a jamais eu lieu, et encore moins celles des escales à l’étranger. Notre source nous assurera qu’en l’état actuel des choses, « il ne saurait y avoir de compressions. Tous les recrutements à Air Algérie se font par coups de téléphone et coups de pouce. Je ne connais personne qui ait été recruté par la voie normale, moi, y compris. Quant au personnel à l’étranger, il est intouchable. C’est du gros calibre. C’est vrai que les choses sont en train de changer, et on espère que tout cela sera derrière nous. Mais ce ne sera pas de si tôt ».
La grève enclenchée jeudi par le PNC étant déclarée « illégale » par l’administration d’Air Algérie, il faut sans doute s’attendre à un retour de manivelle, comme celui de 2018 où sept agents de la compagnie aérienne algérienne ont été sanctionnés et condamnés par le tribunal de Dar El Beïda, Alger, « pour incitation à une grève illégale » et usage de procédés illégaux pour empêcher les non-grévistes d’accomplir leurs tâches.