Les vents ne sont plus favorables à la compagnie nationale Air Algérie. De scandale en scandale et de népotisme en incompétence, « air couscous » comme aiment la railler ses clients, voit peu à peu son domaine de « régence » se rétrécir comme peau de chagrin. Après la décision de fermeture de la quasi-totalité des agences à l’étranger, voilà que le ministre des Transports, Lazhar Hani, a annoncé lundi à Alger la création d’une compagnie publique qui se chargera des domestics flights, le transport aérien domestique, pour soulager la pression sur Air Algérie.

Cette dernière devrait, dès lors, ne s’occuper que des vols internationaux. Donc, à terme, une nouvelle compagnie aérienne chargée des vols intérieurs du pays va être créée.
Au nombre de 36, les aéroports algériens sont répartis sur le territoire de façon tout aussi anarchique que népotique. B. Sassi, retraité d’Air Algérie, est content de la décision de « spécialiser » la compagnie dans les vols internationaux. « On couvrait pratiquement toute l’Afrique, puis des aéroports ont poussé comme des champignons et la compagnie s’est dilatée à force de vouloir tout couvrir. Nous avons perdu les lignes vers l’Afrique, fermées, puis on a relié Tébessa, Batna, ou Sétif et Béjaïa à Alger, ou le contraire, par des vols qui n’étaient pas rentables et s’octroyaient une grosse part du budget et du personnel. » C’est vrai que la répartition des aéroports ne répondait à aucune norme scientifique ni… raisonnable. Les aéroports de Batna, Sétif et Tébessa ne disposent que de deux vols vers Alger par semaine et parfois un vol international vers Paris, une fois par semaine si tout va bien. Or les normes obligent à ne bâtir un aéroport que tous les 200 km. Nous constatons, tout de même, que Annaba, Constantine, Sétif, Batna, par exemple, sont dans un rayon maximal de 150 km, avec en « prime » une pléthore de personnel.
Prenant en considération ces données et bien d’autres, le gouvernement Djerad semble revenir à des critères de performances et d’indice de satisfaction de la clientèle, en annonçant, par le biais de son ministre des Transports, « qu’une compagnie publique de transport aérien domestique permettra une prise en charge optimale du transport des citoyens sur tout le territoire national ».
M. Hani ira encore plus loin en énonçant la réduction du nombre d’agences commerciales d’Air Algérie à l’étranger, expliquant que « les agences engagent des coûts considérables qui ne sont pas vraiment nécessaires au vu du progrès technologique et d’internet » et il n’y aura plus que des représentations au niveau des aéroports étrangers, ce qui relève plus du bon sens.
Il reste maintenant que l’ouverture à l’investissement dans le secteur du transport est « une décision politique dictée par les mutations économiques en cours », à travers une nouvelle approche socio-économique induite par les mutations et les évolutions en cours dans le domaine des transports tant au niveau national qu’international. Le ministre rassurera aussi en vantant une prochaine « compagnie rentable », avec une prise en compte du pouvoir d’achat du citoyen. C’est vrai que débourser pour un vol Alger-Tamanrasset près de trois briques, des fois bien plus, a de quoi refroidir le plus hardi des clients d’Air Algérie.
Autre bonne nouvelle, Tamanrasset, sera dans un futur proche un hub régional et complémentaire ouvert sur quelque 20 capitales africaines, N’Djamena, Nairobi, Johannesburg, Addis-Abeba, etc. des destinations utiles aussi bien pour les voyageurs que pour le commerce, des destinations que nous avons perdu il y a des années à cause d’une politique de la boîte qui frisait la démence et le ridicule, en recrutant des « fils de », et reléguant les compétences au rang de faire-valoir. Air Algérie devrait aussi ouvrir deux lignes vers l’Amérique du Sud et l’Amérique du Nord en plus de celle de Montréal qui existe déjà.