Par Feriel Nourine
L’éventualité d’une réouverture des frontières de l’Algérie, évoquée mercredi dernier par le ministre de la Santé, n’a pas fait le bonheur des seuls Algériens bloqués à l’étranger depuis plusieurs mois et qui attendent leur rapatriement dans une situation cauchemardesque. Cette possibilité, tranchée hier en Conseil des ministres, a également ravivé les espoirs chez de nombreuses parties lésées par une fermeture qui dure depuis mars 2020, et qui attendaient, elles aussi, la levée de cette mesure lourdement pénalisante, voire carrément mortelle, dans certains cas.
Sur ce registre, Air Algérie vient sans doute en tête, avec des pertes financières colossales accumulées depuis que ses dessertes internationales ont été suspendues et que ses avions sont restés cloués au sol. Quant aux nombreux vols de rapatriement effectués, il est assez clair que leur prise en charge a échu à l’Etat. Autrement dit, ce sont les pouvoirs publics qui ont rapatrié des milliers d’Algériens en ayant recours aux avions d’Air Algérie qu’ils ont payés.
Certes, la compagnie nationale de navigation aérienne a pu renouer ses vols intérieurs à la fin de l’année dernière, mais pareille opération reste nettement insuffisante par rapport au plan de charge qu’elle doit honorer vis-à-vis de ses différents prestataires de service, mais aussi et surtout, par rapport à la gigantesque masse salariale de ses 9 600 employés. En effet, depuis l’arrêt de ses vols commerciaux, quelques jours après l’arrivée du virus contagieux dans le pays, Air Algérie a commencé à compter ses pertes, et en décembre 2020, celles-ci étaient estimées à déjà près de 40 milliards de dinars par son PDG Bekhouche Allache.
La situation financière hautement préoccupante a même contraint la compagnie à suspendre le programme de renouvellement de sa flotte, avait souligné le même responsable, en guise d’exemple d’impacts collatéraux engendrés sur son entreprise par les mesures sanitaires mises en place face au coronavirus. Il avait, à l’occasion, expliqué que le plan social mis en place avait permis d’éviter des licenciements, mais que l’état de santé de la compagnie allait systématiquement s’aggraver davantage si la crise venait à persister encore.
Ce qui s’est d’ailleurs produit depuis, avec la fermeture hermétique des frontières opérée par les autorités du pays face au risque d’une troisième vague de la Covid-19, déclinée en nouveaux variants du virus. Ce qui a même poussé à l’abandon des vols de rapatriement, laissant des Algériens quasiment livrés à leur sort outre-mer. Mais les responsables d’Air Algérie sont restés à l’écoute de la moindre nouvelle susceptible de remettre leur entreprise sur la piste de la reprise des vols commerciaux à l’international. Et dans cette optique, ils ont même tenté de faire pression sur les pouvoirs publics en mettant en avant les pertes essuyées par la compagnie, avec l’espoir de voir les frontières de nouveau ouvertes. C’est ce qui s’est passé notamment fin mars dernier par un appel lancé au gouvernement à travers un communiqué relayé par la presse pour faire savoir qu’Air Algérie était en mesure d’assurer «toutes les destinations» habituelles. Les dates de reprise dépendent toutefois de «la décision des pouvoirs publics pour l’ouverture des frontières» et des «décisions des pays de destination concernant les modalités d’entrée sur leurs territoires», avait précisé la même source.
Il reste, cependant, que si les frontières du pays devaient être rouvertes, et que la compagnie nationale de navigation aérienne reprenait du service à l’internationale -avec un plan de vol sans doute réduit face à l’évolution de la pandémie dans de nombreux pays-, cette dernière ne pourrait pas pour autant voler de ses propres ailes pour espérer quitter la zone de très fortes turbulences dans laquelle elle se trouve embarquée aujourd’hui. En difficultés financières depuis de nombreuses années, sinon depuis toujours, Air Algérie ne doit ses équilibres, d’apparence, qu’au soutien financier de l’Etat, régulièrement renouvelé pour une entreprise incapable de réaliser des recettes à la dimension de son plan de charge, ni des exigences salariales de ses travailleurs qui, de surcroît, se sont obstinés à refuser même le plan social qui leur a été présenté l’automne dernier face aux pertes causées à leur entreprise par la pandémie. Bien plus que dans une situation de crise, Air Algérie est au bord de l’asphyxie. Même le mot faillite ne serait pas de trop pour décrire la situation inquiétante que vit cette entreprise. C’est en tous les cas ce que laissent supposer des informations relayées par la presse, selon lesquelles ses responsables s’apprêteraient à demander à l’Etat une aide financière d’environ 120 milliards de dinars qui serait essentiellement destinée à «couvrir les dépenses de l’entreprise et les salaires» des 9 600 employés, et à «rembourser les dettes de l’entreprise».
Un montant colossal qui montre clairement que la crise d’Air Algérie n’a pas commencé avec l’arrivée du coronavirus et la fermeture des frontières. La situation sanitaire n’a fait que révéler la fragilité d’une compagnie aérienne qui vole trop bas par rapport à ses dépenses continuellement en hausse. <