L’appel lancé samedi par deux syndicats d’Air Algérie à la reprise graduelle des vols et à la réouverture des frontières a tout d’un nouveau signe de l’angoisse collective qui a fini par s’emparer des personnels de la compagnie aérienne nationale après plus de huit mois d’arrêt d’activités de transport de passagers par mesure sanitaire contre la pandémie de coronavirus.

Plus qu’un appel, il s’agit d’un cri de détresse que l’UGTA Air Algérie et le Syndicat des pilotes de ligne algériens (SPLA) transmettent aux pouvoirs publics deux semaines après l’annonce par le staff dirigeant de l’entreprise d’«un plan d’action d’extrême urgence» pour sauver la compagnie. En ce sens, les mêmes responsables ont évoqué «un chantier auquel personnels et cadres dirigeants se doivent de contribuer en commençant par des sacrifices et des concessions de tout un chacun».
Comprendre qu’une réduction du salaire de ces derniers n’est pas écartée. Elle devient même «vitale pour l’entreprise», a-t-on souligné lors d’une réunion de la direction avec les partenaires sociaux, précisant que la révision à la baisse des mensualités commencerait en 2021 et pourrait atteindre les 40%. Une proposition qui n’a, cependant, pas été bien accueillie par l’ensemble des syndicats d’Air Algérie et c’est visiblement dans cette logique de rejet du plan proposé que l’UGTA Air Algérie et le SPLA sont montés au créneau pour faire valoir la solution du retour au trafic aérien, en commençant par les vols domestiques, sous réserve, bien-sûr, d’un protocole sanitaire idoine.
Rien ne va plus donc à Air Algérie et la compagnie nationale se positionne sans doute parmi celles qui ont subi le plus de dégâts sous l’effet de la pandémie de Covid-19. Sa flotte destinée au transport des voyageurs étant clouée au sol depuis plus de 8 mois, son manque à gagner ne cesse de grossir depuis mettant en péril une entreprise déjà bien fragile avant l’arrivée du coronavirus, et ne devant sa survie financière qu’au soutien de l’Etat.
En juin dernier, trois mois à peine après sa mise en confinement, Air Algérie accusait déjà un manque à gagner de 38 milliards de dinars sur le chiffre d’affaires des vols passagers, avait alors indiqué son porte-parole. Un montant qui pourrait atteindre les 89 milliards de dinars «d’ici la fin de l’année», en comptant sur un plan de reprise minimum de 30% du programme des vols pour passagers, avait-il ajouté, précisant que ce plan ne pouvait excéder les 40%.
Sauf qu’à l’exception des vols de rapatriement, Air Algérie n’a, à ce jour, effectué aucune reprise de ses vols de passagers, ni sur les lignes intérieures ni à l’international, et la situation de l’entreprise s’est finalement plus détériorée que ce qui était prévu à travers le scénario de retour partiel à cette branche d’activité.
C’est dire l’ampleur de l’impact des mesures sanitaires sur cette entreprise qui, de surcroît, risque d’attendre encore pour obtenir l’autorisation pour ses avions passagers de renouer avec l’altitude. Ceci d’autant que le pays est en train de vivre ses pires moments de Covid-19 depuis l’apparition de la pandémie, avec des contaminations en inquiétante hausse depuis plusieurs jours.
Quel sera donc le type de manœuvre opéré par l’Etat pour venir, une énième fois, au secours d’Air Algérie ? Une compagnie qui n’est pas seule dans son drame, puisque l’ensemble de ses semblables sont en train de clôturer un exercice 2020 considéré comme le pire de l’histoire du trafic aérien. Le rappel mérite d’être fait, d’autant qu’il y a à peine une semaine, l’Association internationale du transport aérien (Iata) évaluait encore les pertes du secteur engendrées par la pandémie.
«La crise de la Covid-19 menace la survie de l’industrie du transport aérien» et «les livres d’histoire retiendront 2020 comme la pire année financière» pour le secteur, a constaté l’organisation qui regroupe 290 compagnies aériennes, prévoyant un chiffre d’affaires de tout juste 328 milliards de dollars pour cette année, contre 838 milliards en 2019, soit un recul de 60%.
C’est d’ailleurs dans le même sens que les deux syndicats d’Air Algérie semblent orienter leurs revendications concernant la réouverture des frontières. En effet, face à une situation qui peut mener à la faillite de nombreuses compagnies, le directeur de l’association internationale du transport aérien, Alexandre de Juniac, n’a pas hésité à plaider pour la réouverture des frontières «sans mesures de quarantaine pour que les passagers puissent à nouveau prendre l’avion». Les compagnies «vont devoir continuer à puiser dans leurs liquidités au moins jusqu’au quatrième trimestre 2021, il n’y a donc pas de temps à perdre», a ajouté M. de Juniac.
Après la légère reprise du trafic en juin, sur le marché intérieur, les avions sont de nouveau cloués au sol depuis septembre, sous l’effet d’une seconde vague de coronavirus qui a contraint les gouvernements à ressortir les mesures de fermetures de frontières et de quarantaines.
Du coup, les 160 milliards de dollars déjà versés aux compagnies en 2020 ne suffisent plus et le secteur a besoin de 70 à 80 milliards de dollars supplémentaires de la part des gouvernements pour assurer à de nombreuses compagnies aériennes la survie à la pandémie. <