Aïn Touila est une petite localité faisant partie de la commune de Besbes à moins de trois kilomètres. A cette cité populeuse, on ne peut accéder que par une chaussée impraticable abandonnée à son sort depuis la nuit des temps. Une chaussée bordée de chaque côté de plants d’oliviers. Par curiosité, et pour confirmer les dires de nos interlocuteurs à Besbes, j’ai décidé de faire une halte pour voir où en est le projet réservé aux logements réclamés par les pères de famille et le kif qui se vend à Aïn Touila. Une localité dont les jeunes souffrent du chômage et dans laquelle la majorité des habitants a subi les affres du terrorisme dans les années 90-2000. Plusieurs noms ont été cités semant à la tombée de la nuit la terreur. Bref, les cicatrices pour certains sont guéries. Pour d’autres, elles demeurent encore douloureuses. A peine ai-je mis les pieds dans cette localité qu’un groupe de citoyens m’a carrément cerné pour me parler des préoccupations de la population. L’un d’eux nourrissait une haine viscérale contre les hommes de la presse qui n’accompagnent que les cortèges officiels sans se soucier des difficultés des populations. Il dira sans rougir que les journalistes n’assument pas pleinement leur mission ignorant les aléas quotidiens des damnés de la terre de cette cité nouvellement réalisée. Après qu’il ait vidé son sac, nous lui demandons qu’il lui suffit de feuilleter notre journal pour se rendre compte que nous nous sommes acquittés honorablement de notre mission en évoquant tous les manques de la population de la wilaya y compris Aïn Touila. Plusieurs papiers ont été prévus dans toutes les localités de la daïra Besbes. Les jeunes comme à travers les autres localités de la wilaya sont devenus par la force des choses des hittistes et n’effectuent que des travaux saisonniers pour aider leurs parents et ne pas se sentir dans l’obligation de demander quelques pièces à leurs parents. La majorité d’entre eux aux biceps encore intacts sont les victimes élues de la marginalisation et de la hogra. Les citoyens attendent les logements promis depuis plus d’un an. Le manque d’entreprises, de sociétés étatiques ou privées dans la région contraint les jeunes à tuer le temps entre deux cafés ou en plongeant carrément dans la consommation de la drogue. La mutation que les citoyens attendaient n’a pas eu lieu. Bien au contraire, les problèmes se sont multipliés par dix. A Touila, comme dans les trois communes qui composent la daïra de Besbes, le chômage a atteint un seuil alarmant. Ces jeunes se plaignent des conditions intenables de la vie courante et dénoncent le manque d’infrastructures, l’instabilité électrique, pas raccordement au réseau du gaz naturel. Cette localité comme d’autres cités est aussi sujette à des coupures permanentes, été comme hiver, printemps comme automne. Il suffit d’une averse pour que les logis plongent dans l’obscurité totale. Les appareils électroménagers chèrement acquis accusent le coup. Les jeunes ont longuement abordé la connexion Internet très lente. En un mot, il suffit d’un rien pour que les locataires passent la nuit à la lueur d’une bougie. C’est vraiment romantique mais c’est aussi très désagréable. Les habitants de cette contrée ne reçoivent que de l’eau saumâtre, c’est le sort de toute la plaine ouest de la wilaya d’El-Tarf en particulier Dréan et Besbes. Ailleurs, dans plusieurs autres communes, ce liquide précieux coule au compte-goutte dans les robinets. En dépit des trois barrages et plus d’une centaine de forages, les populations souffrent de cette situation. Un tel constat amer nous amène à dire que les ressources hydriques sont insuffisamment exploitées par les services concernés. Le manque d’eau est dû à une mauvaise gestion alors que le wali et le directeur des ressources en eau ont promis, il y a quatre ans, de l’eau douce. A Touila, Besbes et ailleurs, les langues se sont déliées récemment, les jeunes dénoncent les dealers, vendeurs des barbituriques, de la drogue traitée et fractionnée en petite dose destinée à des clients ciblés dans les lycées, les collèges et les chômeurs en particulier. Les jeunes collégiens, lycéens, voire même du cycle primaire ne sont pas épargnés par ce phénomène qui a pris dans plusieurs contrées de la wilaya de l’ampleur. La quantité saisie par nos douaniers, policiers et gendarmes témoigne d’une situation inhabituelle que connaît la wilaya depuis le mois de mai dernier. Ici, loin des phares des autorités de wilaya, les jeunes conscients tirent la sonnette d’alarme pour attirer l’attention des élus locaux qui ne font rien pour protéger les jeunes de ce poison destructeur. Un poison qui ruine l’avenir de ces jeunes voués au chômage. Il ne suffit pas d’être un fin connaisseur pour comprendre qu’au niveau de cette bourgade de plus de dix mille habitants environ que la délinquance sous ses différentes formes est en train de causer une catastrophe pour ne pas dire un ravage au sein de la jeunesse qui n’ont que les murs pour se soutenir à longueur de journée. La déperdition scolaire gagne du terrain, phénomène qui encourage cette masse juvénile à s’adonner sans le savoir à prendre de la came croyant que c’est la solution à leurs innombrables préoccupations. Dans cette daïra située à l’ouest du chef-lieu de wilaya El Tarf, toute sorte de came est vendue au niveau de tous les quartiers. Plusieurs dealers ont été arrêtés par les éléments de la police judiciaire mais cela n’a pas du tout empêché les jeunes d’en acheter encore bien que conscients de sa nocivité.M. B.