« Madrid » est une belle crique en anse d’à peine une centaine de mètres, séparée de la plage de Rachgoun par un promontoire rocheux et relèvent de la daïra de Beni Saf (wilaya d’Aïn-Témouchent). Chaque été, des vacanciers affluant de toutes les contrées d’Algérie, en plus des nombreux émigrés, succombant aux charmes de ce site paradisiaque où se love, dans un écrin d’embruns, «Madrid».

Dans le passé, cette plage dépendait administrativement de Tlemcen, avant le découpage territorial de 1985 qui attribua Beni Saf à la wilaya d’Aïn-Témouchent.
La plage de Madrid (Beni Saf) grouille de baigneurs ce jeudi 12 juillet 2018. Nous avons remarqué une affluence d’estivants, qui en groupes, qui en famille, abstraction faite des vacanciers at home. La météo est clémente avec une température qui avoisine les 30 °C. La mer est cependant agitée à cause du vent « gharbi ». Le drapeau rouge était là pour le confirmer. Mais les jeunes baigneurs et les enfants n’en avaient cure, en profitant du plaisir des vagues, sous l’œil vigilant des surveillants de baignade ainsi que des parents. « C’est le vendredi que nous sommes le plus sollicités, vu le flux des excursionnistes. Nous devons gérer ce rush », nous dira un jeune maître-nageur saisonnier. Son collègue, lui, nous confiera que le salaire qu’il touche, à savoir 16 000 DA ne correspond nullement à la tâche qu’il assume (la restauration de l’équipe est prise en charge par la direction de la Protection civile, n.d.l.r). A l’entrée de la plage, deux gendarmes veillent au grain. Exit les parkingueurs qui sont poussés dans leurs derniers retranchements, c’est-à-dire du côté de la falaise séparant Madrid de Rachgoun. Au niveau d’un promontoire, deux gardiens gèrent ce qui ressemble à un parking, payant bien sûr (150 DA est le prix indiqué sur le ticket). Le poste de la Protection civile fonctionne avec 10 surveillants de baignade dont 8 saisonniers. A quand le recrutement de surveillantes de baignade ? En matière d’équipement, c’est la diète, une guérite sans parasol, deux bouées, des sifflets et une paire de palmes. En termes de secours, il a été enregistré une cinquantaine d’interventions depuis l’ouverture de la saison estivale, selon le chef de poste. Le parc de pédalos est immobilisé par la météo, idem pour les embarcations de plaisance (location). Pas âme de jet-ski qui vive, quant à la planche à voile ou le surf, il faut rêver ! Cette « mode » aquatique sportive ne fait pas encore partie de nos mœurs estivales. Le poste de la gendarmerie est situé bien loin de la plage, quasiment au niveau de l’accès au complexe balnéaire El Nabil (Medelci) dont un promontoire domine la plage. Les parasols des plagistes travaillant pour le compte de l’hôtel Madrid squattent un tantinet l’espace. Prix de location : 1 000 DA. L’on se rappelle de la pétition des riverains qui se plaignaient du squat de la plage par le gérant de cet établissement hôtelier avant que les autorités n’interviennent pour les rétablir dans leurs droits sur la base de l’instruction du ministère de l’Intérieur interdisant la concession des plages. Il faut savoir dans ce contexte que le code national de la marine interdit par la force de la loi l’ouverture de plages privées. Sur la plage règne une ambiance familiale, doublée d’une sérénité agréable. Mis à part le bruit occasionnel d’une chignole et une mélodie timide d’une chanson raï, les décibels n’ont pas droit de cité à « Madrid ». A contrario, l’intrusion de la chicha, à travers l’exhibition du narguilé, est là pour incommoder l’estivant non fumeur. Un couloir est aménagé par le club Paradive de plongée sous-marine ; il est destiné à faire passer le Zodiac mais cet espace balisé avec des plots et deux cordes parallèles est de temps à autre « convoité » par quelques jeunes estivants inciviques. L’enseigne signalétique de l’école a disparu. « La météo n’est pas avec nous aujourd’hui », se désole Salim Hamza Cherif, directeur technique auprès dudit club, résidant à Alger. Ce dernier nous fera le tour du propriétaire qui a une année d’existence alors que son coéquipier Sofiane Habbès, originaire de Béjaïa, nous expliquera les techniques et les bienfaits de la plongée sous-marine. Leur référent professionnel, le célèbre océanographe français Yves Cousteau. Le comble d’un plongeur sous-marin, ce n’est pas d’avoir des crampes, comme on se serait tenté de le croire, mais de subir un ADD, selon ce formateur. On appelle accident de décompression survenant lors d’une plongée, les conséquences immédiates pour la santé de la formation de bulles gazeuses dans le corps suite à une baisse rapide de la pression environnante. « Inspire a new emotion » est le slogan accrocheur illustrant le dépliant de Paradive, invitant les passionnés de plongée sous-marine et les amoureux de nouvelles sensations et découvertes à venir « briser la routine, apprendre à plonger avec son équipe qualifiée et passionnée qui leur fera découvrir l’impressionnant monde du silence où la beauté des fonds marins règne »… Le club propose une formation comportant deux volets, à savoir le baptême de plongée et les cours de plongée (1er, 2e et 3e niveau). Le baptême consiste en une initiation à la plongée sous-marine destinée à la prise en main du matériel de plongée et dédiée à la découverte de la faune et la flore marine. Quant à la formation proprement dite, elle se décline à travers des cours de plongée in situ (sur le lieu de vacances) ou au sein du club. Cette formation est sanctionnée par un brevet de plongée national et international, souligne-t-on. Par ailleurs, les autorités devraient aménager un débarcadère au niveau de ce site balnéaire au profit des bateliers, plaisanciers et autres plongeurs sous-marins ainsi qu’aux surveillants de baignade et aux garde-côtes.

Chapitre hygiène, il faudra repasser…
Ceci pour le côté cour, côté jardin, le décor est rebutant, laissant fort à désirer. Chapitre hygiène, il faudra repasser : pas l’ombre d’un bac à ordures. Quant aux vestiaires et les douches, connais pas. Pire, les WC sont hors service, servant de dépôt de chaises des plagistes. Les riverains sont ainsi sollicités pour les « besoins » de la cause, avec tous les désagréments que cela suppose. La plage serait truffée de fosses septiques, version « Madrid », si l’on en croit un propriétaire d’un cabanon qui se plaint par ailleurs de l’anarchie qui règne au niveau du parking. Des disputes éclatent régulièrement entre des automobilistes qui se voient bloqués, soit à l’entrée, soit à la sortie, sans compter les incidents générés par les stationnements inopportuns devant les cabanons ou les commerces. Ce dernier nous apprendra que la requête adressée aux autorités pour réserver l’accès exclusivement aux véhicules des riverains est restée sans suite.