Afin de protéger les allocations d’aide aux jeunes sans emploi et éviter qu’elles ne fassent l’objet de trafic ou de détournement, le gouvernement prévoir de durcir son arsenal répressif. Au programme, des sanctions pénales contre toute fraude.

Par Khaled Remouche
En effet, la difficulté dans ce filet social est de séparer le bon grain de l’ivraie en dépit d’un arsenal répressif annoncé entre le jeune chômeur à la recherche de son premier emploi et celui qui travaille au noir, c’est-à-dire sans papiers, et dont il est difficile de prouver qu’il exerce un emploi dans l’informel.
Les contours de l’allocation chômage commencent à être esquissés plus d’un mois après l’annonce, par le chef de l’Etat, de l’institution de cette aide au profit des jeunes sans emploi. En effet, le Président de la République, à l’issue des exposés présentés lors du Conseil des ministres de dimanche dernier, a donné des instructions qui balisent en partie le projet de loi instituant l’allocation chômage en cours d’élaboration.
L’une des principales balises est la définition des sanctions pour toute fraude utilisée pour bénéficier de cette aide. Le chef de l’Etat somme le législateur d’inclure, également, dans ce genre de filet social des poursuites pénales. En ce sens, le premier magistrat du pays demande la mise en place d’un système efficace de contrôle du fichier national des chômeurs afin d’assurer une distribution transparente et correcte de cette subvention. Ce système doit tenir compte des opportunités d’emploi dans différentes régions du pays. Autre instruction du chef de l’Etat, «définir (dans le projet de loi) l’âge maximal pour les primo demandeurs d’emploi selon des critères raisonnables et objectifs. Le législateur doit tenir compte, lit-on dans le communiqué officiel, de la lenteur des investissements générateurs d’emploi et de la récession économique due à la pandémie de la Covid-19. En un mot, il doit tenir compte de l’aggravation, aujourd’hui, du chômage en raison des difficultés financières des entreprises, obligées de comprimer leur personnel, principalement dans les secteurs du BTPH, du tourisme ainsi qu’à une offre d’emploi restreinte pour les primo demandeurs d’emploi. Le chef de l’Etat demande également de distinguer l’allocation chômage des autres aides accordées aux jeunes, en particulier, de l’aide sociale fixée entre 3 000 et 4 000 dinars/mois distribuée par l’Agence de développement social aux jeunes sans revenus.
La finalité de ce système d’allocation chômage au profit des jeunes est donc de constituer «un rempart ou une sorte de parechoc» à une aggravation de la crise sociale actuelle, née des retombées négatives de la pandémie Covid-19. Elle devrait s’insérer dans un plan global anticrise Covid-19 incluant un programme de sauvetage des entreprises en difficultés à cause des effets de la crise sanitaire comportant un filet social, un ensemble, hormis l’allocation chômage, pas encore retenu dans sa globalité par le gouvernement qui s’est contenté, ces deux dernières années, de mettre en place des mesures bancaires, fiscales et parafiscales qui demeurent insuffisantes au regard des économistes et des opérateurs nationaux.
Pour Mahrez Aït Belkacem, consultant, cette mesure consistant à instituer un système d’allocation chômage est appropriée eu égard au contexte économique et social marqué par une érosion du pouvoir d’achat de la majorité des citoyens et un sous-emploi chronique en raison de la pandémie. En effet, des institutions internationales ont prévu un taux de chômage de 13 à 14% en Algérie. Il se situait, ces dernières années, selon les chiffres officiels, à près de 12%, soit au-delà du seuil de 10% qui indique que tel ou tel pays souffre d’un taux de chômage important. L’Algérie, avant la chute des prix du baril en 2014, affichait un taux de chômage inférieur à 10%. Le chômage est, notons-le, beaucoup plus important chez les jeunes, en particulier chez les jeunes diplômés. Mahrez Aït Belkacem rappelle, cependant, deux principaux écueils à l’efficacité de ce système d’allocation chômage. Le premier s’avère être la difficulté à identifier les vrais bénéficiaires eu égard à l’ampleur de l’informel et de la difficulté de prouver que tel ou tel jeune exerce une activité au noir et qu’il n’a donc pas droit à cette aide sociale. Le second est le financement de ce nouveau système de subvention. Le consultant rappelle que l’allocation chômage, contrairement à l’assurance chômage, est financée sur le budget de l’Etat.
Le bon sens indique qu’il faudra imaginer des recettes fiscales supplémentaires qui compensent cette dépense budgétaire dans un contexte de fortes tensions budgétaires. Dans un scénario de laisser-faire, ce système d’allocation chômage risque de grever les rares ressources financières actuellement disponibles en monnaie locale. A moins d’utiliser, encore une fois, la planche à billets avec ses risques inflationnistes et son impact sur le pouvoir d’achat des ménages, en l’absence de contrepartie productive. <