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C’est un Aïd El Fitr très particulier que s’apprêtent à vivre les Algériens, car intervenant dans des circonstances inédites à cause de la pandémie du coronavirus qui a contraint les autorités à prendre des mesures exceptionnelles.

La décision, annoncée mardi, décrétant le confinement partiel durant les deux jours de l’Aïd el Fitr, applicable de 13H jusqu’au lendemain à 07H dans toutes les wilayas, plante déjà le décor d’une fête qui ne sera pas comme les précédentes. C’est la fête de l’Aïd qui dérogera à la tradition et aux pratiques dans le sens où il n’y aura point de déplacements, de visites aux proches et aux malades comme il ne sera point permis d’accomplir les rituels de circoncision.
L’option était déjà, selon toute vraisemblance, dans l’air et les derniers chiffres sur les nouveaux cas de contamination à la Covid-19 en continuelle hausse semblent avoir anéanti les hésitations du gouvernement à décréter ce confinement partiel pendant les jours de l’Aïd.
Le communiqué du Premier ministère souligne que «les investigations des services concernés au ministère de la Santé ont révélé que la majorité des infections au coravirus sont due aux rencontres familiales et autres regroupements de personnes».
Le ministre de la Santé Abderrahmane Benbouzid a affirmé, sur les ondes de la Radio nationale, que le Comité scientifique chargé du suivi de l’évolution de la pandémie a proposé un confinement total pour les deux jours de l’Aïd el Fitr «par crainte d’une flambée des cas suite aux échanges de visites familiales et autres regroupements de circonstance».
Le premier responsable du secteur de la santé a réitéré, par la même occasion, son appel au respect des règles de prévention aussi bien pendant ces deux jours de fête et après. Un appel à la raison qu’il aura puisé du constat attestant une faible adhésion des Algériens aux mesures de précaution édictées par les autorités sanitaires. M. Benbouzid a indiqué, dans le sillage des mesures de prévention, qu’il était «primordial et nécessaire essentiellement pour éviter la contamination aérienne par le virus», affirmant que l’obligation du port des bavettes est «une décision qui revient au gouvernement» qui a annoncé justement hier son port obligatoire à partir du premier jour de l’Aïd.
Chez les professionnels de la santé, les appels à la raison et au respect des règles barrières, inscrites dans le plan de lutte contre la propagation du nouveau Coronavirus, se font de plus en plus incessants et insistants particulièrement à l’approche des fêtes de l’Aïd où les rencontres familiales risquent d’être une cause de contamination. «Nous avons tous envie de célébrer cette fête en famille dans la joie, et c’est dans le principe de notre religion d’aller rendre visite à nos proches en pareille occasion pour maintenir le lien familial, mais la situation exceptionnelle que nous traversons ne nous le permet pas. Nous pouvons tout de même le faire à distance, il y a les moyens pour cela.
Nos proches sont dans nos cœurs», a indiqué Assia Slimani, professeur et chef de service d’anatomie pathologique au CHU Beni Messous. «Je n’ai pas vu ma mère depuis plus de trois mois, je pense à elle mais j’ai peur pour elle. Elle le comprend et m’encourage en me disant que c’est une situation transitoire et passagère», a-telle ajouté. «Nous pouvons juguler une maladie quand il y a une prévention. Concernant la Covid -19. Tout le monde sait que le meilleur moyen de prévention, c’est de rester chez soi, alors s’il vous plaît, respectez cette consigne», insiste-t-elle.
Pour sa part, le Pr Djaffar Hantala, chef de service de chirurgie pédiatrique au CHU de Beni-Messous, a invité les parents à reporter la circoncision qu’ils avaient prévue pour leurs enfants. «Le report de la circoncision des enfants est indispensable pour éviter la propagation du nouveau Coronavirus», a conseillé le spécialiste.
C’est dire, au final, que c’est un tout autre comportement individuel et collectif qui est attendu de la part des Algériens à l’occasion de fêtes de l’Aïd, eux, qui n’ont pas fait preuve d’une forte adhésion aux mesures de prévention laissant transparaître plutôt des signes d’insouciance en pleine urgence sanitaire. Une attitude qui s’est fortement répercutée sur l’évolution de la pandémie qui continue de faire quotidiennement des victimes en dépit des efforts du corps médical et des appels à la raison lancés par les responsables et les spécialistes.<