A trois semaines de la célébration de l’Aïd El Adha et face à une situation épidémiologique qui n’a cessé de s’aggraver ces derniers jours par une recrudescence du coronavirus dans de nombreuses wilayas, les avis restent partagés entre le maintien de la fête religieuse où son annulation pure et simple.

On passe donc d’une solution extrême à une autre. Ce qui va attiser les débats autour de la question mais, toujours est-il que les pouvoirs publics sont appelés à trancher au plus vite.
Reporters a cru utile de récolter des approches sur le sujet auprès de la Fédération nationale des éleveurs ovins (FNEV), d’associations de protection de consommateurs et de l’Association nationale des commerçants et artisans algériens (ANCAA). Ainsi, et selon Belkacem Mezrour, vice-président de la FNEV, les éleveurs attendent avec beaucoup d’impatience la décision finale que va prendre le gouvernement sur la célébration ou non de l’Aïd El Adha. «Si la célébration est maintenue, nous serons avides de prendre connaissance des espaces de vente de notre cheptel qui nous seront réservés par les autorités de wilaya», nous a-t-il indiqué. Comme ce dernier nous a révélé que «les éleveurs d’ovins comptent à l’occasion de l’Aïd faire recette après trois mois de mévente due à une très forte baisse de demande sur le marché de viande ovine, causée par la fermeture des hôtels, des cantines des entreprises du secteur industriel, des restaurants universitaires et autres. En clair, au sein de notre fédération, on espère vendre un maximum de béliers pour pouvoir combler le déficit enregistré. Toutefois, il nous faudra prendre en compte que de nombreux pères de famille se sont retrouvés sans revenu trois mois durant pour cause de mesures de confinement». Notre interlocuteur nous avouera enfin que «les éleveurs d’ovins sont conscients, dans l’éventualité d’une annulation de l’Aïd El Adha, que c’est dans l’intérêt de la population et ils se doivent donc d’en accepter les conséquences».
Associations de protection des consommateurs : multiplier les points de vente en leur consacrant de plus grands espaces
De son côté, Mustapha Zebdi, président de l’Association pour la protection et l’orientation du consommateur et son environnement (Apoce), nous dira que son association a fait des propositions au gouvernement pour que l’Aïd se passe sans de trop grands risques de contamination à la Covid-19. «Nous avons suggéré de multiplier le nombre de points de vente de moutons très larges afin que les barrières de protection puissent être respectées notamment la distanciation physique. Autrement dit, de réserver de grands espaces à l’instar de la Safex, le parking du stade 5-Juillet, pour la vente exclusive de cheptel pour le cas d’Alger.
Et de réserver des endroits similaires à travers toutes les wilayas du pays, des points de vente organisés encadrés par les services de sécurité et les autorités locales avec la présence obligatoire des vétérinaires sur place.» Et de déplorer : «Mais jusqu’ici, il n’y a eu aucun retour d’écoute de la part du gouvernement. Alors que nous ne sommes pas très loin de fêter l’Aid El Adha.»
Il estime dans la foulée que la proposition de son association peut faire barrière au foisonnement de points de ventes ici et là qui pourraient être à l’origine d’un niveau élevé de risque de contamination. Abondant dans ce sens, Hacène Menouar, président de l’Association de protection des consommateurs El Aman, a estimé qu’il ne suffit pas de fermer ces espaces, mais il faut plutôt trouver des alternatives pour organiser la vente du cheptel, afin de préserver économiquement les droits des éleveurs et les droits moraux des citoyens, qui tiennent à accomplir leur «devoir religieux». Comme il juge «la fermeture des marchés à bestiaux, sans prévoir de solutions urgentes en parallèle, ouvrira la voie à la vente anarchique du cheptel, loin du contrôle vétérinaire et en l’absence totale des mesures de protection». L’Association El Aman rejoint la proposition de l’Apoce de réserver de grands espaces de ventes à travers toutes les wilayas.
Du côté de l’ANCA, on reste convaincu qu’il faut assurer des revenus aux éleveurs sans pour autant mettre à profit l’Aïd en procédant à de la surenchère. «Je ne crois pas que cela soit possible cette année étant donné l’offre importante du cheptel ovin», nous a fait observer Hadj Boulanouar, son président. Ce dernier répondant à notre question sur le maintien ou non de l’Aïd dira que la décision revient au gouvernement qui va s’appuyer sur les avis de la Commission ministérielle de la fetwa, relevant du ministère des Affaires religieuses et des Wakfs.
Cette instance ne s’est pas encore penchée sur la question de la célébration de l’Aïd El Adha, prévu le 31 juillet. Cependant, le président de la Commission ministérielle de la fetwa, Mohand Idir Mechnane, a affirmé lors de sa dernière sortie médiatique que «c’est encore trop tôt pour mettre ce dossier sur la table des discussions». Et d’estimer dans la foulée qu’«il est encore prématuré de parler de cette option». Comme il a précisé à cette même occasion : «Toutes les fetwas émises par la Commission se basent et obéissent aux recommandations du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie et ce, pratiquement sur le sort de toute circonstance religieuse ou pratique religieuse». Et de rassurer que la commission est sommée d’éclairer l’opinion publique sur toutes les questions qui suscitent des interrogations, au moment opportun.
Concernant le comité scientifique chargé du suivi de la Covid-19, le débat est à la veille d’être tranché si l’on se réfère aux dires de l’un de se mes membres, à savoir le Dr Bekkat Berkani. En effet, ce dernier a récemment indiqué : «La question qui se pose est de savoir si les préparatifs de l’Aïd El Adha et son rituel peuvent se faire dans le respect de la distanciation physique ? J’en doute fort.» Non sans avertir que «sur un plan purement «épidémiologique, il n’est pas possible dans cette situation d’organiser la vente du mouton, dès lors où les marchés à bestiaux sont de véritables foyers de transmission du virus». Toutefois, il a néanmoins précisé que le comité scientifique a pour vocation d’émettre des avis sur la situation sanitaire, «à charge aux autorités religieuses de se prononcer». La balle est donc dans le camp de la Commission ministérielle de la fetwa. Cette dernière, justement, s’est réuni, lundi, avec les membres du Comité scientifique de suivi de l’évolution du coronavirus. A l’ordre du jour : le renforcement des mesures préventives face au covid-19 durant la saison estivale et en prévision des prochaines occasion sociales et religieuses dont les fêtes et l’Aïd el Adha. A cette occasion, M. Fourar, porte-parole du Comité scientifique, a rappelé la conjoncture sanitaire caractérisée par la propagation du nouveau coronavirus ainsi que les mesures préventives prises à cet égard.
Après avoir relevé certains cas de non-respect des gestes barrières durant l’Aid El Fitr, d’où l’augmentation des cas confirmés, le même responsable a mis en avant l’importance de respecter ces mesures de prévention lors des prochaines occasions notamment Aid El Adha. <a