Comme à chaque période précédant les jours fériés de l’Aïd, la direction du commerce locale et celle du transport, par exemple, montrent leurs muscles aux commerçants et transporteurs, se gargarisent de communiqués se disant péremptoires mais dont on connaît le peu d’efficacité qui suivra.

Cette année, il y aura, selon les communiqués cités plus haut, quelque 4 000 commerçants qui vont tenir une permanence les deux jours fériés de l’Aïd, entre épiciers, boulangers, bouchers, estaminets, pharmacies, transports collectifs et taxis. Gageons que, comme d’habitude, très peu suivront les oukases de leurs directions de tutelle respective. Ce sera sûrement un remake des fêtes passées où les rares boulangeries restées ouvertes ont été prises d’assaut, sachant que «les brochettes de l’aïd sont incompatibles avec «le khobzeddar ou le matloue», selon la région, vous dira n’importe quel jeune. Il y a même eu des vitrines brisées et des promesses des boulangers qu’on ne les y reprendra plus à bosser un jour d’Aïd.

Même constat pour les taxis et surtout les bus, absents deux jours durant. «Je donne 900 DA/jour au chauffeur du bus et au receveur. Pour les journées de réquisition, je double pratiquement la somme, mais ils ne veulent pas bosser, pour tout l’or du monde, comme ils disent», nous dira Riad, un jeune propriétaire de bus de ligne urbaine.

Selon Aziz, un boucher opérant au marché des frères Bettou, «l’année passée, on était sept commerçants à ouvrir nos boucheries, sur la quarantaine réquisitionnée. La première journée, j’ai vendu un kilo de côtes d’agneau à un Brésilien du groupe Andrade qui s’est égaré au marché. C’est tout. Le client de la journée était tout aussi étonné que moi qu’un boucher soit ouvert le jour de l’Aïd el Adha. Le second jour, je n’ai fait que découper des carcasses, treize au total, pour 500 DA l’unité. Cette année, je passerai la fête avec mes enfants, ydirouwechihabou. » C’est vrai que selon plusieurs avis, le genre de permanence doit être revu, car un boulanger ouvert le premier jour n’a aucun sens, sachant que l’écrasante majorité des Algériens consommeront le pain traditionnel. Idem pour un boucher, puisque tous les foyers sont pourvus de viandes fraîches pour au moins une semaine. «Je pense que l’administration doit surtout avoir un regard sur l’approvisionnement des marchés par les grossistes de fruits et légumes. Les étals des détaillants restent vides des fois pendant dix jours, et personne n’en parle. Et puis il y a les restos. Les travailleurs ne trouvent pas où manger dès le troisième jour, puisque toutes les gargotes sont fermées pour au moins dix jours aussi».

Propos très judicieux de Lamine, le tenancier du resto pour les petites bourses El Bahdja. Lamine sera, comme ses employés derrière les fourneaux dès le troisième jour de l’aïd, comme à l’accoutumée. «Ce qui me désole, c’est que des fois, vu l’affluence chez moi devant l’absence des autres restaurateurs, je dois faire le choix de servir mes clients habituels aux dépens ‘’des égarés’’ de l’Aïd», nous dira encore notre interlocuteur.

En tout cas, et pour le moment, la guerre est déclarée chez les 188 boulangers réquisitionnés, de même que chez les pharmaciens de la nouvelle ville Ali-Mendjeli, estimant que ce sont toujours les mêmes qui sont choisis pour les permanences, alors que les «chanceux» glissent un petit billet aux différents contrôleurs pour que leur nom n’apparaîsse plus sur les listes honnies.