Par Bouzid Chalabi
Des points de ventes et des enclos de fortune ont fait leur apparition près des centres urbains et axes routiers du pays. Rien d’étonnant puisque 17 jours nous séparent de la date de célébration de l’Aïd El Adha. Seulement cette année, les prix des béliers mis en vente ont littéralement grimpé laissant de surcroît perplexes des pères de famille et autres citoyens au point d’envisager amèrement de s’abstenir de l’achat d’un mérinos de toise acceptable au prix de 70 000 DA au lieu de 50 000 DA le dernier Aïd.
De prime abord, faut-il rappeler que cette hausse vertigineuse des prix du mouton n’a rien d’étonnant puisqu’elle a été annoncée bien auparavant par des membres de la Fédération nationale des éleveurs d’ovins et reprise sur ces mêmes colonnes dans une de nos éditions du début de ce mois de juin. Prévenant, en effet, à l’unanimité d’une escalade sur le prix du bélier d’au moins 10 000 DA arguant par là que c’est en raison de la cherté de l’orge et autres compléments alimentaires «indispensables pour une bonne conduite d’élevage», s’évertuent-ils à expliquer. Cet avis s’est concrétisé sur le terrain, la barrière de 10 000 DA par tête dépassée.
En effet, on apprend ici et là que le marché de l’ovin connaît une surchauffe sans pareil en cette période. A titre de référence, un agneau entre cinq et six mois, qui coûtait l’année dernière 35 000 DA, est passé à 50 000 DA quand ce n’est pas plus. De plus, nous indiquent nos sources, un bélier ayant plus d’un an est cédé à pas moins de 65 000 DA. «Un tarif que je juge exagéré, c’est d’ailleurs pourquoi je me suis abstenu de faire dans la revente de mouton cette année comme j’ai l’habitude de le faire à l’approche de l’Aïd El Adha. Cette fois j’ai estimé que c’était risqué puisque je pouvais me retrouver facilement avec une mévente, compte tenu de la cherté du mouton à la source, c’est-à-dire chez l’éleveur. Et quand bien même en me limitant à une infime marge de bénéfice, la clientèle se fera très rare et du coup je serai obligé de brader mes moutons perdant ainsi une grosse partie de mon fonds de roulement qui me permet de rester en activité», nous a avoué un professionnel.

Le fallacieux prétexte de la cherté des aliments du bétail
Un autre n’ira pas par quatre chemins car il reste convaincu que le prétexte du montant élevé de l’orge «est tout à fait fallacieux», lâche-t-il. Et d’arguer dans ce sens : «Un simple calcul nous fera comprendre que les prix proposés sont exagérés et ne répondent qu’à une seule devise «tirer profit au maximum de l’opportunité de l’Aïd El Adha». Et pour être plus explicite, notre locuteur nous fera savoir : «La majeure partie des vendeurs qui animent les marchés d’ovins font dans l’engraissement des agneaux qu’ils achètent auprès des véritables éleveurs.» Poursuivant que «cette année l’agneau était cédé à 25 000 DA il y a tout juste quatre mois. Aujourd’hui, ces engraisseurs proposent même un ovin à pas moins de 60 000 DA sur les marchés de la steppe». A la question de savoir pourquoi ce si grand écart, ils clament tous sans ambages : «C’est la cherté de l’orge qui en est la cause.»
Un vrai éleveur vous dira que «ces engraisseurs ont dépensé au prix actuel sur le marché parallèle de l’orge, pour chaque agneau pour le rendre de taille marchande, un plafond de 10 000 DA. On est donc à un prix de revient, y compris leur labeur, plafonné à 35 000 DA. Une simple soustraction révèle la haute marge de bénéfice qu’ils essayent de tirer à l’occasion de l’Aïd». n