Reporters : L’école privée algérienne connaît actuellement une crise provoquée par le désaccord entre des responsables d’établissement et des parents d’élèves sur le paiement des charges pour un programme pédagogique qui n’a pas été dispensé à cause de la Covid-19. Quelle impression vous inspire ce contentieux ?
Ahmed Tessa : Il est symptomatique d’une ignorance par le ministère de l’Education nationale de ce qu’est un établissement scolaire de statut privé, et ce, lors de l’élaboration du décret de création et du cahier des charges. Ils ont été considérés comme étant des entreprises purement et strictement commerciales. Ce qui est grave. D’où les dérives que nous constatons.
Le ministère de l’Education nationale a, semble-t-il, tardé à prendre en charge ce dossier mais, au final, il a tranché en faveur des parents d’élèves. Quelle lecture faites-vous de la gestion de ce dossier et de son issue – si elle est réelle – aujourd’hui ?
C’était prévisible que nous assistions à ce cafouillage. Le décret et le cahier des charges ne laissent aucune place au bon sens, mais seulement à la logique commerciale «tu payes et tu étudies» ou «tu ne payes pas, tu n’étudies pas». L’intérêt des élèves est bradé. Mais au vu de la crise sanitaire, l’Etat aurait dû intervenir dès le début pour désamorcer la crise. Il fallait aider les écoles de statut privé ayant des difficultés de trésorerie afin de traverser la période de crise. Ainsi sauver les inscriptions. Je ne parle pas des écoles de grand gabarit et à forts effectifs et qui ont des moyens de mettre à l’aise les parents.
Le plus fâcheux dans ce dossier est que l’enseignement et l’éducation semblent devenir un produit marchand comme les autres. Tu payes, tu étudies ! Tu ne payes pas, tu es exclu de ton droit à l’instruction et à la connaissance. Qu’en pensez-vous ?
L’Unesco est claire là-dessus dans ses recommandations qui stipulent que l’éducation ne doit en aucun cas être intégrée dans la logique de la concurrence commerciale. Cette recommandation importante a été négligée lors de l’élaboration du décret de création de 2006.
Pensez-vous que cette affaire de contentieux opposant chefs d’établissement privé et parents d’élèves va impacter négativement l’image que l’on a de l’enseignement privé dans notre pays ?
Certainement. Déjà que dès le début avec un décret mal ficelé, ces établissements avaient ouvert la voie à des investisseurs qui n’ont rien à voir avec l’éducation, mais de simples commerçants. Là je ne généralise pas, loin de moi cette idée.
Ne pensez-vous pas qu’à partir de cette affaire, il va falloir organiser un grand débat sur l’enseignement privé et son avenir dans notre pays ?
C’est simple. Revoir le décret et le cahier des charges en s’inspirant des recommandations de l’Unesco et des expériences d’autres pays avancés. On peut réussir à moraliser les choses et renouer la confiance entre parents et promoteurs d’établissements privés. n