Depuis le début du confinement, des entreprises et des administrations ont opté pour le télétravail. Une option qui n’agrée pas particulièrement tous les employeurs et travailleurs qui ne sont pas préparés pour ce mode de travail. En l’absence d’une digitalisation en profondeur, selon Ahmed Lahri, Directeur général du cabinet Prolinkom Consulting, basculer au télétravail n’est pas chose aisée !

Reporters : Le télétravail est évoqué actuellement comme un choix pour les entreprises de poursuivre et d’assurer en cette période de confinement leurs activités. Mais ces entreprises sont-elles assez outillées pour le travail à distance ?
Ahmed Lahri : Honnêtement, pas tout à fait ! Je pense que certaines administrations publiques et entreprises privées n’étaient pas prêtes à ce genre de configuration avant l’épidémie du Coronavirus. La présence au travail est primordiale pour ces entreprises et pour leurs collaborateurs. Le travail à distance donc n’était pas vraiment une éventualité envisageable pour ces derniers. Chez les multinationales, en revanche, c’est plus facile car elles sont déjà habituées à ce mode de travail, privilégiant même un échange de mails régulier, des téléconférences avec les étrangers et à l’intérieur du pays pour éviter les longs déplacements. Je pense qu’à l’avenir, les entreprises nationales seront obligées de revoir leur modèle de fonctionnement. Elles devront penser de plus en plus à la digitalisation et à la dématérialisation pour éviter l’effet de surprise d’une crise sanitaire comme celle que nous sommes en train de vivre actuellement. Ceci, d’une part. D’autre part, les équipements techniques et de connexion chez nous ne répondent pas encore aux attentes et donc ne facilitent pas le basculement vers le télétravail. Ce ne sont pas tous les Algériens qui sont outillés chez eux pour faire face aux impératifs du télétravail. La connexion internet, par ailleurs, laisse à désirer, surtout en période de forte demande.

Les avantages sont très nombreux dans le télétravail, n’est ce pas…
Les avantages sont très nombreux, en effet. Travailler depuis la maison est pratique. A condition bien sûr de disposer de l’espace adéquat et des commodités. Le travail s’en trouve facilité bien qu’avec le confinement, cela ne soit pas facile quand on a des enfants coincés à la maison ! Mais dans l’absolu, le télétravail permet de bien avancer sur certains dossiers qui demandent de la concentration qu’on n’a pas forcément au travail au milieu de ses collèges. Il y a des inconvénients quand même. Pour les entreprises surtout qui ne peuvent pas vraiment contrôler leurs collaborateurs. Qui travaille vraiment et qui fait semblant ? Je pense tout de même que cette situation dévoilera les vraies compétences au sein d’une organisation. Je m’explique. Les managers qui prétendent avoir la capacité de gérer une équipe, alors qu’ils ne l’ont pas, seront vite démasqués ! Quand ils seront obligés de rédiger par eux-mêmes des mails, établir des comptes-rendus, gérer des situations et des crises à distance, leurs limites seront vite constatées !

Concernant votre entreprise, est-ce que votre équipe n’éprouve-t-elle pas de difficultés à effectuer le travail à distance et est-ce que ce mode de travail est plus rentable pour vous au point de l’’adopter pour de bon après le confinement ?
Personnellement, au sein de Prolinkom Consulting, nous avons toujours privilégié le télétravail. La présence des collaborateurs dans nos locaux n’est pas nécessaire. Si on arrive à être efficace par mail et via son téléphone portable, le problème ne se pose pas. Nous sommes d’ailleurs contre le principe d’instaurer des horaires de travail fixes. Lorsque vous êtes dans l’événementiel, le conseil et les services de manière générale, des journées de 24 heures ne vous suffissent pas, tellement les tâches à entreprendre sont importantes et chronophages. Nos équipes sont conscientes de cette contrainte, leur rajouter des horaires en présentiel ne ferait que compliquer les choses. Je pense que cette situation inédite que nous sommes en train de vivre en raison de la pandémie du Covid-19, doit pousser les entreprises à revoir leur modèle d’organisation et de management. Cela dépendra, en effet, de la taille et du secteur d’activité, mais, franchement, osons le changement des mentalités, c’est peut-être l’occasion ou jamais pour l’Algérie ! <