L’entreprise algérienne, qui s’est lancée dans le processus de compétitivité nationale et internationale, devrait exploiter l’ensemble des opportunités dont elle dispose, afin de conquérir davantage de parts sur le marché mondial, placer ses produits et ses services à l’extérieur de l’Algérie.

Dispose-t-elle d’atouts suffisants ? Ahmed Koudri, professeur d’université à Alger répond volontiers à notre sollicitation et apporte son éclairage.

Reporters : Quelle évaluation faites-vous de la concurrence en Algérie ?
Ahmed Koudri : Le phénomène de la concurrence ne peut faire l’objet d’une évaluation qualitative ni quantitative. Toute tentative d’évaluation n’en serait qu’arbitraire. Pourquoi ? La concurrence peut être appréhendée comme un état de la structure du marché à un moment donné, une photo, ou mieux, comme un processus – qui part d’un état à un autre. Dans ce dernier cas, on peut observer les différents évènements ou les pratiques des différents acteurs, dont les résultats traduisent un mieux ou, au contraire, une détérioration de l’état initial à l’état postérieur. Cette dernière approche est de loin la plus pertinente, mais elle suppose des moyens humains pour surveiller en temps réel les pratiques quotidiennes des acteurs. D’autre part, le phénomène ne peut faire l’objet d’une évaluation globale ou globalisante, chaque marché (chaque produit ou famille de produits) a ses spécificités concurrentielles, son propre jeu concurrentiel, ses acteurs. On peut néanmoins avancer une hypothèse forte que les marchés les plus ouverts – pas d’obstacles d’aucune sorte à la libre entrée et sortie – seraient les plus concurrentiels.

Par quels dispositifs et quelles mesures concrètes le Conseil de la concurrence peut-il garantir le libre jeu de la concurrence en Algérie ?
Le rôle d’une autorité de régulation d’un marché donné, ou des marchés, est de déceler les pratiques anti-concurrentielles par nature occultes (ententes, collusions d’intérêts, fraudes) signalées par les différents acteurs sur les marché et qui les lèsent, et surtout d’y mettre fin et de les sanctionner. C’est une responsabilité fondamentale et quand elle n’est pas effectivement exercée, cela ne fait qu’encourager les auteurs et mener à des dérives. Si l’autorité joue effectivement son rôle, alors les différents acteurs auront foi en la crédibilité et son action n’en sera que renforcée. À l’inverse, l’impunité mène à la loi de la jungle. L’autorité se doit d’agir avec les acteurs pour leur bienfait. En plus de s’autosaisir, l’autorité doit donner ce droit à l’ensemble des acteurs concernés (entreprises, consommateurs, associations de consommateurs ou professionnelles).

L’entreprise algérienne dispose-t-elle d’un potentiel lui permettant de s’intégrer à la concurrence mondiale ?
Il n’y a pas d’entreprise algérienne type ; chacune a sa spécificité (par son activité, son marché, son histoire, sa taille, par ses hommes et leurs compétences).
Parmi la population des entreprises algériennes (des milliers), combien d’entre elles sont susceptibles de penser concurrence mondiale ? On pourrait les compter sur les doigts d’une main. La préoccupation serait le marché local qu’il convient de construire avant d’envisager un marché régional. Sur certains marchés (ciment), la problématique de l’exportation s’impose avec ses contraintes externes mais aussi internes.

Pour les TIC, même s’il y a une concurrence réelle sur le mobile avec une évolution du marché favorable à la concurrence, des experts ont déploré la situation qui prévaut sur le fixe, dont l’incompréhensible retrait, ces derniers jours, de la loi sur les TIC au Parlement. Vous y souscrivez ?
Le marché de la téléphonie mobile apparaît au néophyte comme concurrentiel en raison de la présence de trois opérateurs; remarquons que la structure du marché (nombre d’offreurs) ne signifie pas plus de concurrence. La corrélation n’est pas établie. Parmi les trois acteurs, deux sont publics, le troisième privé étranger.
À défaut d’études, on ne peut avancer aucun enseignement sérieux sur la nature et le degré de concurrence sur ce marché, mais une chose est sûre, toute structure autre qu’un monopole ne peut que profiter au consommateur. Le monopole garantissant selon Hicks «une vie tranquille»… pour ses dirigeants.