L’Année 2017 s’annonce «difficile » pour les Algériens. Elle sera une année marquée par une hausse des prix de beaucoup de produits de large consommation.

Ainsi, après les carburants, l’électricité et, prochainement, la facture de l’ADE, le lait en sachet, également, ne serait plus cédé à son prix actuel de 25 DA le litre. Le président du Comité interprofessionnel du lait a, en effet, annoncé, jeudi dernier, que l’abandon de l’emballage du lait dans les sachets et son remplacement par les briques en carton dès mars prochain allait induire automatiquement une augmentation du prix du lait subventionné, se demandant si celle-ci serait « supportable pour certaines catégories de gens ». Intervenant sur les ondes de la Chaîne III, Mahmoud Benchakor a expliqué que «le changement du type d’emballage va induire obligatoirement une augmentation de prix. Si nous voulons changer cet emballage, nous devons payer un peu plus cher le lait, c’est-à-dire de 5 à 8 DA de plus par litre, c’est le coût de l’Eliopack, le Tetrapack coûte encore plus cher », a-t-il précisé. Ainsi, le prix du litre de lait subventionné se situerait entre 30 et 33 DA à partir de mars prochain, une fois que l’emballage sachet aura été remplacé par celui en carton. Selon, Mahmoud Benchakor, il sera malaisé de faire admettre aux Algériens l’idée d’un accroissement du coût du litre de lait parce que «beaucoup de gens restent attachés à celui auquel il est cédé actuellement ». Le prix du lait «est tellement bas », semble-t-il regretter. Une situation qui, à ses dires, «n’existe nulle part dans le monde » et qui entraînerait à l’en croire « beaucoup de consommation et de gaspillage » et des « fuites à travers les frontières ».

 

Gros déficit en production laitière
Le président de l’Onil a relevé, par ailleurs, que le déficit en matière de production laitière «est si important » qu’il est urgent de renforcer la stratégie nationale pour renverser la tendance. « Le nombre de vaches laitières au niveau national est largement en deçà du cheptel nécessaire pour répondre aux besoins en lait », a-t-il soutenu. Estimant ce cheptel, actuellement, à 200 000 vaches seulement alors qu’il faudrait environ un million de vaches laitières pour satisfaire la demande exprimée. «Notre cheptel est mal nourri », a-t-il par ailleurs déploré. Une vache consomme, a-t-il expliqué, 70 tonnes de fourrage par an. « Il faudra donc produire 7 millions et pour ce faire, l’Etat doit octroyer des terres aux éleveurs pour cultiver l’alimentation des vaches », a-t-il recommandé. Le comité qu’il préside « avait demandé au ministère de l’Agriculture des espaces, mais « ceux-ci ont été finalement octroyés à l’OAIC pour la production des céréales », a-t-il indiqué. Selon lui, la stratégie pour augmenter la production laitière locale nécessite le renforcement de la production fourragère et les activités liées à la filière, l’instauration d’un système de contrôle de la production et l’importation de vaches laitières pour combler le déficit.
Il est impératif, a-t-il poursuivi, de revoir le système d’élevage et de maintenir une durée de production des vaches laitières à 5 années au lieu de 2 à 3 années comme c’est le cas actuellement. Notant que les besoins en lait de l’Algérie se situent, annuellement, à quelque 4,5 à 5 milliards de litres/an, il indiquera que «nous ne produisons localement qu’entre 600 à 800 millions de litres » sur la même période, soit un déficit de près de 4 milliards de litres/an qui est comblé par les importations, a-t-il précisé, ajoutant que le taux moyen de consommation par personne est de 115 litres/an en Algérie.

 

Vers des licences d’importations de la poudre de lait ?
Questionné sur les quantités de lait que les éleveurs jettent parfois lorsqu’ils ne trouvent pas preneurs, Mahmoud Bouchakour, qui a avancé le chiffre de 700 litres de lait jetés quotidiennement dans la nature, a expliqué que ce cas se produit généralement lorsque les cours mondiaux du lait en poudre sont en baisse et que les transformateurs préfèrent l’acheter puisqu’il leur revient moins cher que le lait cru local. Mais, a-t-il observé, « c’est justement dans ce genre de situation que l’Office national interprofessionnel du lait doit jouer son rôle de régulateur en diminuant la distribution du lait en poudre aux transformateurs afin de les amener à s’approvisionner en lait cru local ». Il a dans le même contexte « regretté » le fait que les 170 laiteries ne tournent qu’à 30% de leur capacité, alors que l’Algérien consomme 115 litres de lait par an. Comme solution à cette situation, le président de l’Onil a affirmé qu’elle « réside dans l’amélioration de la production pour réduire la facture d’importation ». Pour ce faire, il a proposé l’instauration des licences d’importation « afin d’obliger les importateurs à investir localement, et ce, à l’instar de ce qui a été fait pour les concessionnaires de véhicules ». Sur ce point, il a soutenu que le comité qu’il dirige a soumis cette proposition au ministère de l’Agriculture.