Annoncée pour le début du mois de décembre, à l’occasion du Salon de la datte à Biskra, l’entrée en production de la première usine de production de sucre de datte va avoir lieu «dans les prochains jours», indique à Reporters Abdelmadjid Khobzi.

Cet opérateur, connu du public pour être le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Biskra (CCI-Ziban) et ardent défenseur de la production de la datte dans notre pays, a expliqué ce «léger retard» du a des « considérations techniques» et la nécessité «d’effectuer des tests finaux nécessaires» avant la mise en service du projet. Son lancement constitue, selon les observateurs du secteur, un «tournant», car l’usine est la première du genre en Afrique et la troisième au monde après l’Iran et la Chine, affirme M. Khobzi.

Cet opérateur indique que cette unité, d’un montant d’investissement de près de 3 millions d’euros, «sur fonds propres», produira 3 600 tonnes de sucre de datte. 80% de ses capacités seront destinées à l’export, tandis que les 20% restants seront écoulés sur le marché national. Inspirée de l’expérience iranienne, confie M. Khobzi, la fabrique a été mise sur les fonts baptismaux en 2016 pour valoriser les rebuts des dattes et celles de «faible valeur marchande». Les analyses physicochimiques de cette matière première, indique le responsable du projet, ont révélé une teneur élevée en sucre dont l’exploitation sur le marché s’avère d’une «pertinence économique certaine».

Une alternative au sucre blanc
Le baril de sucre de dattes peut dépasser les 500 dollars alors que le baril de brut tourne autour de 65 dollars, aime à rappeler M. Khobzi. En insistant sur deux «éléments importants», «la rentabilité de l’activité et sa contribution à la diversification» de l’outil industriel dans le pays. Le sucre de datte est une excellente alternative au sucre blanc, considéré comme néfaste pour la santé. Il est certainement le sucre le plus important des sucres de substitution et conserve tous ses éléments nutritifs une fois extrait, indique-t-il.
Le sucre de datte, fait de 100% de datte, est entièrement «bio» et sans aucune altération ni transformation chimique. Il est non traité et non raffiné et conserve, lors de la transformation, tous les éléments nutritionnels de la datte, insiste Abdelmadjid Khobzi. Pour 100 g de dattes il y a 75 g de glucides. Il est donc l’un des fruits les plus sucrés au monde, ajoute-il. C’est une technologie très complexe nécessitant une bonne connaissance des techniques d’extraction et un grand savoir-faire. Pour cela, son entreprise a décidé de parfaire la formation des quinze agents de laboratoire, notamment des licenciés en biologie et en biochimie, qu’elle a recrutés par un cycle de soutien auprès d’experts italiens et iraniens, avant le lancement officiel de la production.

«Pas de rejets»
Rien dans cette industrie n’est rejeté. Les noyaux sont récupérés pour la fabrication du charbon actif et des aliments de bétail, produits à partir de déchets résultants, assure M. Khobzi. L’Algérie importe ce produit pour plusieurs milliards de dollars, il est utilisé dans la filtration et le traitement de l’eau potable et permet de réduire le taux de chlore libre et de matières organiques dans l’eau. Il sera fabriqué dans nos unités à base de noyaux de datte et d’olive et des déchets oléicoles, ajoute-t-il. La fabrication locale de ce dernier permet d’économiser des sommes considérables, ne cesse-t-il de rappeler. En plus de l’extraction du sucre, le sucre médical, la confiture, le miel et le sirop de datte, les déchets sont transformés en aliments pour bétail, a-t-il ajouté, tout en mettant l’accent sur l’importance de ce projet de transformation des dattes surtout que, selon lui, l’Algérie produit 360 sortes de dattes et que ce type d’usine de transformation permettra aux agriculteurs de la région de travailler à leur aise sans se soucier de la question de l’écoulement du produit.

3 contrats d’exportation déjà signés
«On a des commandes qui dépassent dix fois nos capacités, trois contrats d’exportation sont déjà signés avec des Canadiens, des Français et des Italiens pour l’exportation de tout type de sucre de datte produit dans nos unités», affirme M. Khobzi. Dans le but de diversifier la gamme de produits, l’usine envisage, dans une deuxième phase, la production de l’alcool chirurgical et ses dérivés à base de datte. Cinq mille tonnes en matières premières sont nécessaires pour produire les 3 600 tonnes de divers types de sucre. Un kilogramme de dattes donne, selon les données fournies, 60% de sucre. L’Algérie qui compte 18,7 millions de palmiers est classée quatrième producteur de dattes dans le monde. Le volume de sa production est passé de 600 096 tonnes en 2012 à environ 1,1 million de tonnes en 2017. Le pays dispose donc de grandes quantités de matière première pour réussir les projets de production de sucre de datte et dérivés et créer une nouvelle source de devises.
L’extraction du sucre de datte n’est pas nouvelle, un agriculteur et propriétaire d’une palmeraie «pétrole vert» à Hassi Messaoud a mis sur pied une fabrique de miel de datte en 2013. Il a réussi au bout de trois ans à exporter cinq tonnes de miel de datte vers le marché étranger. Il a estimé à cette époque, qu’un baril de miel de datte coûte 24 fois plus qu’un baril de pétrole. Finalement, l’or vert est bien meilleur que l’or noir. Mais l’usine de Biskra annonce une tendance, signalent par ailleurs les observateurs du secteur. Elle est considérée comme une «unité pilote» alors qu’actuellement, neuf unités sont envisagées dans d’autres wilayas comme Ouargla, El-Oued, Aïn Salah, Ghardaïa, Adrar, selon M. Khobzi.

L’extension, un obstacle !
D’après lui, la création du projet et son développement n’est pas sans obstacles. L’assiette foncière sur laquelle l’usine de sucre est établie, estimée à 1 500 m2, a été payée par l’investisseur lui-même. Elle a accueilli les unités de production, deux laboratoires et les équipements nécessaires. Le site a été à court d’espace de stockage pour la matière première. Pour remédier à ce problème majeur, le propriétaire du projet a fait appel au wali de Biskra pour lui accorder une extension de 5 000 m2 pour le stockage de la matière première et débuter la production. Un mètre carré accueille 60 tonnes environ, nous précise-t-il. Le wali de Biskra, selon lui, et sans raison valable, «ne fait que retarder ou fuir» la décision, alors que la région dispose d’un potentiel foncier important et que de grandes superficies sont attribuées pour des activités banales et insignifiantes, affirme M. Khobzi. «Chez nous, l’investisseur est victime de nombreux freins, dont la bureaucratie.
Le gouvernement, contrairement aux discours enjolivés des estrades, ne fournit aucun soutien aux investisseurs qui se heurtent à mille obstacles lorsqu’il s’agit d’investir pour propulser l’économie nationale», ajoute-t-il. «Quoi qu’il arrive je ne verserai jamais de «pourboire» à quiconque pour maintenir mon projet. Des hangars externes vont être loués pour servir d‘entrepôts pour stocker la matière première et entrer en exploitation aussitôt que possible», dit-il fermement.