L’annonce de la levée de l’interdiction faite récemment à la filière agroalimentaire de ne plus importer des intrants pourtant nécessaires à ses  industries soulage ses opérateurs et décrispe le débat avec
les partenaires économiques et commerciaux de l’Algérie. Jusqu’à quand ?

C’est la délivrance pour nombre d’industriels, dont la remise en marche de l’appareil de production était tributaire de l’importation de la matière première, lesquels intrants étaient jusqu’ici suspendus à l’importation. Hier, le ministère du Commerce a procédé à la levée de la suspension provisoire à l’importation de certains intrants nécessaires à la production de plusieurs produits alimentaires à l’instar des jus et boissons, yaourts, biscuits, confiseries, chocolats… Il a précisé que son action s’inscrit dans les travaux de révision et de mise à jour de la liste des produits suspendus provisoirement à l’importation dont les résultats seront communiqués incessamment. Lors de sa conférence de presse de samedi dernier, tenue à Alger, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia avait admis sans détours que des erreurs avaient été commises dans la rédaction de la liste des produits interdits à l’importation et que les intrants ne devaient pas y figurer. Il avait promis que la liste sera mise à jour sous peu de sorte à ce que l’appareil de production ne soit pas affecté par les mesures d’encadrement des importations. Chose promise, chose due !
Le Premier ministre vient en effet d’acquiescer au vœu plusieurs industriels, sans qu’aucun renseignement ne puisse être tiré de cette affaire. Sommes-nous condamnés à faire fonctionner l’appareil de production par le seul apport en intrants importés ? N’était-il pas temps de pousser vers la naissance d’une industrie locale de matières premières ? Et, par-dessus tout, pourquoi autant de tergiversation dans la gestion de la liste des produits suspendus à l’importation ? Pourtant, des études ont été menées en amont avec l’administration douanière, le ministère du Commerce ainsi qu’avec les organisations professionnelles sur les biens et consommables produits localement et dont l’arrêt de l’importation ne devrait aucunement gêner les rendements de l’industrie. Le but de cet exercice était d’éviter que des grains de sable viennent en aval gripper le moteur de gestion du commerce extérieur. Au mois de décembre de l’année dernière, Ahmed Ouyahia avait laissé entendre à ce sujet que des décisions difficiles seraient nécessaires pour rétablir la viabilité des finances publiques et qu’il fallait adapter le mécanisme de régulation des importations. Le nouveau dispositif, entré en vigueur depuis janvier dernier, repose sur trois piliers essentiels.
Le premier porte sur des mesures à caractère tarifaire prévues par les dispositions de la loi de finances pour 2018, dont l’élargissement de la liste des marchandises soumises à la taxe intérieure de consommation (TIC) au taux de 30%, pour 10 familles de produits finis ainsi que le relèvement des droits de douane pour 32 familles de produits finis. Le  second  est essentiellement à caractère quantitatif, dont la suspension provisoire à l’importation de 45 familles de produits finis et la mise en place d’un contingent quantitatif pour les véhicules automobiles. Quant au  troisième pilier, enfin, il  renvoie à d’autres dispositions à caractère bancaire et administratif, à l’instar de l’exigence d’une domiciliation bancaire préalable et dont la couverture financière a été portée à 120% du montant de l’opération ainsi que de divers documents relatifs à la qualité des produits importés, voire à une autorisation préalable des instances en charge du commerce extérieur. Cet arsenal réglementaire destiné à dissuader les importateurs a fini par susciter une levée de boucliers parmi les partenaires commerciaux de l’Algérie, y voyant une restriction flagrante au libre exercice du commerce extérieur. C’est un sujet qui n’est pas totalement clos avec cette mise à jour de la liste des produits suspendus à l’importation. La tâche promet cependant d’être ardue sur le plan de l’entretien de la coopération avec les pays partenaires.