L’agriculture algérienne connaîtra durant le mois de mars prochain un recensement global de ses activités. Cette opération servira à la mise à jour de ses indicateurs ainsi qu’à une meilleure jauge des capacités de ses différentes filières. Une étape importante d’évaluation et de soutien à la mise en œuvre de la feuille de route lancée par le gouvernement en 2020 jusqu’à l’échéance de 2024, pour le développement de l’économie du secteur.

C’est du moins ce qu’affirment les experts qu’on a pu faire réagir à cet inventaire que le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Hamid Hemdani a annoncé le 9 février dernier au Conseil de la nation (Sénat). Ces observateurs ajoutent que la grande recension prévue le mois prochain se fera alors que le secteur présente un bilan plutôt rassurant, pour avoir au moins répondu aux besoins du pays et des consommateurs depuis le début de la pandémie. La crise sanitaire et ses conséquences sur l’activité économique du pays, en général, n’a pas eu l’impact qu’on craignait sur les agriculteurs, affirme Mohamed Bouchentouf, ancien cadre du secteur et spécialiste des cultures sahariennes. «Aux plus forts moments du confinement, en 2020, même lorsqu’il était devenu difficile pour les fellahs de transporter leur production vers les villes, les marchés n’ont pas désempli», commente pour sa part Hadj Tahar Boulenouar, président de l’Union nationale des commerçants et artisans. «Aucune pénurie dans les différents produits agricoles n’a été déplorée durant la période de confinement sanitaire imposée à de nombreuses wilayas, pour freiner la propagation du nouveau coronavirus», a encore solennellement relevé pour sa part, le ministre du secteur, jeudi dernier lors d’une visite de terrain à Mouzaïa. Rappelant que cette performance est un gage d’assurance pour les trois années à venir. Et pour une feuille de route au sein de laquelle figure en premier lieu l’obligation, selon le ministre, de réduire la facture d’importation des produits agricoles.
L’objectif, selon Abdelhamid Hemdani, est de réduire cette facture à hauteur de 2,5 milliards de dollars, une économie que le secteur fera notamment sur les produits de base comme les céréales, le sucre, la poudre de lait et l’huile. D’après les chiffres qu’il a donnés devant les membres de la commission «agriculture et développement rural» du Conseil de la nation, les prévisions sont de réduire la facture d’importation du blé tendre à moins de 400 millions de dollars, celle des huiles à moins 983 millions de dollars, du sucre à moins de 555 millions de dollars, du maïs à moins de 17,6 millions de dollars, des tomates industrielles à moins de 55 millions de dollars, des graines de pommes de terre à -42 millions de dollars et de l’ail à -12 millions de dollars.

Blé tendre, des subventions pour le pain seulement
Dans cette logique d’économie de devises, le secteur, selon l’exposé du ministre, entend renforcer la production céréalière pour atteindre 71 millions de quintaux d’ici à 2024, dont 10% dans les wilayas du Sud algérien. Il entend cultiver l’arachide et le soja sur une surface de 200 000 hectares chacun et le colza sur 100 00 hectares. Si le rendement est au rendez-vous, ce sera une économie de 983 millions de dollars, qui représentent 80% des importations de ces matières, a expliqué M. Hemdani. En ce qui concerne le maïs, l’objectif est de soustraire 2% du montant de l’importation qui se chiffre à 900 millions de dollars. La solution est d’en produire 88 000 tonnes sur les 4,5 millions de tonnes dont a besoin le pays. Autre créneau d’économie, la révision de subvention du blé tendre pour ne concerner que celui destiné à la fabrication du pain. Pour les autres produits fabriqués à base de blé tendre, les producteurs devront passer au prix réel dans le but d’économiser 36 milliards de dinars sur une enveloppe de 164 milliards de dinars.
Outre la réduction des importations, le secteur devrait connaître une nouvelle organisation de ses zones de production via une cartographie des surfaces agricoles qui devrait voir le jour à l’horizon 2030. D’ici là, l’intérêt est porté sur la remise en état des terres inexploitées, la récupération des concessions non investies et l’exploitation des oasis, moyennant un montant de 668 millions de dollars destinés aux petites exploitations et à la valorisation des productions camélines. Il est également question d’une revalorisation des régions steppiques ainsi que du développement des zones montagneuses à travers l’encouragement de la plantation d’arbres fruitiers notamment. Dans le domaine législatif, le secteur œuvre pour la modification de la loi 08-16 portant orientation agricole et examiner le dossier de la mutualité agricole pour le financement des petites exploitations agricoles.