Par Bouzid Chalabi
Si aucun terrain d’entente n’est trouvé dans les jours qui viennent dans le bras de fer qui oppose les producteurs de pomme de terre de la wilaya d’El-Oued au ministère du Commerce, cela pourrait déboucher vers une hausse sensible du prix du tubercule sur les étals des commerces du détail, voire même égaler ou dépasser la flambée de la mi-automne dernier, où il a atteint 150 DA/kg et plus dans certaines wilayas.
Pour l’heure, chaque partie campe sur sa position provoquant une hausse du prix du tubercule entre 100 et 120 DA/kg. Ainsi selon le ministère du Commerce, ce sont les producteurs de la wilaya d’El Oued, qui assurent 90% de la production du pays, qui sont à l’origine de cette hausse subite. Le département de Kamel Rezig les accusent, en effet, de faire dans la spéculation «avec pour mode opératoire le refus de procéder au ramassage de leurs récoltes de sorte à provoquer une baisse d’offre sur le marché de la demande», a souligné le Directeur de l’organisation les marchés et des activités commerciales au ministère du Commerce Ahmed Mokrani, repris par l’APS. Ce dernier révélant dans ce sens la quantité non récoltée estimée à 10 000 tonnes. «Ce qui a provoqué un recul de l’offre par rapport à la demande».
Du côté de l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA), par la voix de son secrétaire général Hazeb Ben Chohra, c’est un autre son de cloche. Ce dernier a, en effet, livré son approche sur le sujet, considérant que «si les prix de la pomme de terre ont atteint 100 dinars au marché de gros et 120 dinars au détail, les producteurs n’en sont nullement responsables». Révélant dans ce sens : «Le ministère du Commerce a multiplié, ces derniers mois, les opérations de contrôle au niveau des espaces de stockage, chambres froides et autres, poussant ainsi la majorité de leur propriétaire à cesser leurs activité considérant qu’ils font l’objet d’un harcèlement des agents de contrôle dans le cadre de leur mission de lutter contre la spéculation, enclenchée ces derniers mois par le ministère du Commerce. A plus forte raison, certains patrons de chambre froide ont vu leurs stocks saisis. Du coup, les agriculteurs n’ont eu d’autres alternatives que de remettre à plus tard leurs récoltes faute de preneurs.» Le secrétaire général de l’UGCAA s’offusque que le ministère du Commerce juge que «si les agriculteurs refusent de ramasser leur récolte c’est pour créer de la surenchère sur le marché de la pomme de terre». A propos de la flambée actuelle du prix de la pomme de terre dans le circuit commercial, Azziz Ben Chohra reste convaincu que «c’est la conséquence directe des opérations de saisies sur les stocks de productions menées par les services de contrôle du ministère du Commerce». Il fait savoir qu’«elles n’ont pas touché seulement la récolte de saison mais aussi les tubercules destinés à la semence». «Ce qui pourrait compromettre en partie la prochaine campagne de semailles», a-t-il déploré. Il a toutefois averti que si d’ici là, aucun élément nouveau ne vient changer la donne actuelle, le prix de la pomme de terre pourrait atteindre 150 DA/kg, voire plus. Lâchant enfin en guise de conclusion : «La balle est dans le camp du département de Kamel Rezig.»
Notons que Ahmed Mokrani a tenu, lors d’un entretien avec l’APS, jeudi dernier, à rassurer les citoyens que «de grandes quantités de denrées alimentaires de larges consommation seront disponibles, ce qui assurerait des prix raisonnables et éviterait donc toute fluctuation de l’approvisionnement des marchés durant le mois de ramadan».