Les pharmaciens d’officine se mobilisent après les agressions qu’ont subies certains d’entre eux.

PAR INES DALI
La dernière en date, une agression contre la pharmacie de leur consœur à Aïn Kechra, dans la wilaya d’Oum El Bouaghi, remonte à peine au 1er juin dernier. Afin de protester contre ces «actes criminels», le Syndicat national des pharmaciens d’officine, bureau d’Oum El Bouaghi, a décidé d’organiser aujourd’hui un sit-in en signe de protestation. «Nous lançons un appel à tous les pharmaciens de la wilaya pour se montrer solidaires, et marquer par leur présence ce sit-in symbolique, mais hautement important en guise de défense de notre dignité et de l’honneur de la profession», peut-on lire dans un communiqué. Ainsi, «après les agressions multiples subies par les pharmaciens, notamment l’agression contre la pharmacie Rahmani Souad à Aïn Kercha, qui après les coups de poings, les menaces de bruler la pharmacie et son personnel, l’agresseur était revenu le lendemain avec un sabre et a tenté d’agresser encore une fois le personnel. L’intervention des citoyens a évité le pire et a permis d’arrêter l’agresseur», relate le bureau du Snapo à Oum El Bougahi. Il poursuit que «face à ce climat d’insécurité et de terreur vécus par les pharmaciens, le Bureau de wilaya tient un sit-in mardi 08 juin 2021 à 10h00 devant la pharmacie de notre consœur en signe de solidarité et de contestation».
Le Snapo a précisé que l’agresseur est «un délinquant voulant obtenir un médicament psychotrope sans ordonnance», qui s’est rendu à plusieurs reprises dans la pharmacie en question en usant d’«un ton menaçant et particulièrement agressif». La dernière fois, «la quatrième, il est carrément passé à l’acte après les menaces et les insultes, et il asséna plusieurs coups de poing au visage de l’employé, œdème à l’œil et blessures au cou… Après avoir accompli son forfait, il est sorti en menaçant de revenir brûler la voiture de l’employé et la pharmacie», selon le Snapo. Devant de tels agissements, le Syndicat des pharmaciens regrette que l’agresseur, après son arrestation, n’ait pas eu la sanction qu’il mérite. «Malgré les faits, l’agresseur, qui est passé en comparution immédiate, a été condamné à six mois de prison avec sursis», a-t-il tenu à préciser.

Un phénomène récurrent et persistant
Ainsi, cette nouvelle agression contre la pharmacienne, survenue à peine quelques jours après l’agression d’une autre pharmacienne à Tébessa, signale un phénomène récurrent et persistant de violences contre les professionnels de la filière. Le Snapo dénonce régulièrement et à chaque fois ces actes criminels qui mettent en permanence en danger la vie des professionnels en raison de leur position de détenteurs des médicaments psychotropes que recherchent les délinquants, mais aussi en raison des sanctions contre ces délinquants qui sont loin d’être à la hauteur de leurs forfaits. C’est en tout cas ce qui ressort de l’examen des rapports quasi instantanés du Snapo qui, dit-on, reste le seul syndical à bien documenter ces cas de violence et à alerter sur leur persistance, en mobilisant la profession et en interpelant les pouvoirs publics. Les pharmaciens subissent des «agressions quotidiennes de différents degrés, qui vont du verbal au physique à l’arme blanche et jusqu’à la destruction des biens et des aménagements, et pouvant arriver jusqu’au meurtre, ne doivent plus bénéficier de l’impunité ni de la passivité que nous constatons avec regret et amertume», dénonce le Snapo. La profession a beaucoup souffert entre la menace criminelle et la loi, elle s’est mobilisée pour que la législation évolue de façon à ne plus incriminer les pharmaciens d’officine. Elle a enfin obtenu gain de cause, puisque la loi ne se fera plus permissive avec les agresseurs des pharmaciens dans l’exercice de leurs fonctions. Selon Abdelkrim Touahria, président du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, «la loi doit protéger les professionnels de façon à ce qu’ils exercent dans la sérénité en ce qui concerne la vente des psychotropes». Il a fait savoir qu’un premier décret a été publié en mai et que le prochain, relatif à la liste des médicaments psychotropes vendus uniquement sur ordonnance, sera publié dans quelques jours. La loi est revue notamment dans le volet concernant «le durcissement des sanctions» contre les délinquants, a-t-il fait savoir, soulignant que la sanction peut aller jusqu’à 15 ans de prison.
Pour les pharmaciens, la main de la justice ne se fera plus aussi lourde. Il y a des mécanismes qui sont en train d’être élaborés pour ce faire. Il a révélé, à titre d’exemple, qu’il y a aura bientôt une sorte d’ordonnance spécifique, de même que l’établissement d’une traçabilité du médicament psychotrope depuis sa fabrication, sa distribution, jusqu’à sa vente dans les officines afin que «les responsabilités soient déterminées et pour que chacun assume sa responsabilité» concernant la vente illégale de psychotropes. Donnant plus de précisions, le Snapo a indiqué que «c’est le ministère de l’Industrie pharmaceutique qui a présenté le nouveau décret sur les psychotropes au gouvernement lors de sa réunion le 05 mai 2021» et que c’est ce même ministère qui «a introduit la notion des «psychotropes assimilés» afin de lutter contre l’usage détourné de ces produits et contre la toxicomanie». Le ministère de l’Industrie pharmaceutique, a-t-il ajouté, a réuni les partenaires, les services de sécurité (gendarmerie et DGSN) le 19 mai dernier, et a établi la «liste des produits détournés de leur usage thérapeutiques (Pregabaline, Tramadol et Trihexyphenidyl).
Il est attendu que cette liste soit publiée par le ministère de l’Industrie pharmaceutique sous forme d’arrêté ministériel au Journal officiel. «C’est un grand pas vers l’organisation règlementaire des choses», conclut le Snapo, qui espère que «le ministère de la Santé va emboiter le pas en publiant rapidement la liste officielle des médicaments psychotropes».
Pour rappel, ce corps recense plus de 11.000 pharmaciens privés à travers le territoire national. En 2019, deux d’entre eux ont été assassinés à Oum Bouaghi et Mascara pour avoir refusé de vendre des psychotropes, et d’autres condamnés à des peines de prison en raison de la vente de psychotropes.