Le personnel de l’Education nationale gronde toujours près d’une semaine après le drame
subi par des enseignantes à Bordj Badji-Mokhtar en organisant plusieurs rassemblements
au Sud et au Nord du pays pour crier sa colère et son indignation.

PAR Milina Kouaci
Pour sa part, la tutelle a décidé – tardivement ? – d’envoyer une commission d’enquête sur les lieux des faits. Présidée par l’inspecteur général du ministère de l’Education, la commission est chargée de mener une «enquête approfondie sur l’agression des enseignantes».
De leur côté, les membres de la famille de l’Education ne cessent de pointer une situation des plus préoccupantes. Selon le porte-parole du Conseil autonome du personnel enseignant du secteur ternaire de l’éducation (Cnapeste), le personnel enseignant subit des intimidations et des agressions dans toutes les écoles du territoire national à longueur d’année. La prévalence du phénomène est préoccupante et nécessite une prise en charge réelle des autorités compétentes pour faire cesser la violence.
«Le quotidien des professeurs est de plus en plus difficile. En plus des conditions socioprofessionnelles décriées, l’enseignant est menacé par la société», dénonce Messaoud Boudiba, porte-parole du Cnapeste. Le personnel du secteur exige l’adoption d’une loi criminalisant les actes de violences commis à leur encontre pour éviter d’enregistrer de nouvelles victimes.
Dans la nuit du 17 au 18 mai, vers 2H du matin, un groupe d’individus muni d’armes blanches a violemment agressé 9 enseignantes dans leur logement de fonction situé dans l’enceinte du nouveau lycée numéro 10 de à Bordj Badji-Mokhtar. Un épisode similaire a été enregistré à Biskra, où un individu s’est introduit dans le logement de fonction des enseignantes et volé des objets leur appartenant.
«La situation de l’enseignant se résume à ce qui s’est passé à BBM», indique M. Boudiba. L’enseignant se déplace sur des centaines de kilomètres pour exercer son métier dans des conditions extrêmement difficiles, notamment, dans les régions isolées. Et il découvre par la suite qu’il est menacé dans son intégrité physique, mais n’est pas protégé», regrette le porte-parole du Cnapeste. «Nous ne sommes pas protégés dans le milieu scolaire en général. Nous sommes exposés aux menaces et agressions verbales à l’intérieur des salles de classe. Maintenant, le personnel enseignant est agressé dans son logement de fonction», dénonce M. Boudiba. Il indique que des enseignants exerçant hors du chef-lieu de wilaya louent parfois des appartements dans des endroits peu sécurisés, qualifiant de «barbare» l’acte perpétré à l’encontre des enseignantes de Bordj Badji-Mokhtar et de Biskra.
Pour dénoncer l’insécurité dans le milieu scolaire, un sit-in de protestation du personnel enseignant a été observé hier devant le siège de la wilaya d’Adrar, à l’appel des sections locales de plusieurs syndicats autonomes de l’Education nationale. Des centaines de protestataires ont exprimé, en effet, leur grande colère vis- à-vis de l’agression subie par les neuf enseignantes de Bordj Badji-Mokhtar. Ces syndicats annoncent leur boycott des examens du deuxième trimestre, exigeant à ce qu’un climat de sécurité leur soit garanti pour pouvoir continuer à accomplir convenablement leur mission.
Les protestataires exigent la mise en place d’un complexe de logements clôturé pour les travailleurs de l’Education dans la région et des conditions favorables afin qu’ils puissent mener leur mission. Aussi, ils demandent au président de la République d’élaborer une loi spéciale pour protéger les travailleurs de l’Education nationale. Des sit-in de protestation ont été observés simultanément dans plusieurs écoles du pays en soutien aux enseignantes agressées mais aussi pour dénoncer l’insécurité dans le milieu scolaire.
Aujourd’hui, le Conseil autonome du personnel enseignant du secteur ternaire de l’éducation (Cnapeste) organise une journée de grève nationale et des sit-in de protestations devant les directions de l’Education du territoire national. Ce syndicat considère que l’agression des enseignantes de Bordj Badji-Mokhtar constitue un précédent grave dans les annales des problèmes et des difficultés auxquels est toujours confronté le secteur de l’Education.
La Coordination nationale des enseignants du cycle primaire a appelé, également, à une journée de protestation dans toutes les écoles du territoire national pour exiger de la tutelle de répondre favorablement à leurs revendications socioprofessionnelles. Il s’agit entre autres de la protection du pouvoir d’achat, de l’augmentation du point indiciaire, outre les doléances soulevées depuis 2016, à l’image de la révision des programmes, l’unification des critères de classification par la valorisation des diplômes, ainsi que le droit à la retraite proportionnelle.
Ladite Coordination appelle le ministère de tutelle ainsi que les autorités compétentes de prendre les mesures nécessaires pour que le scénario des enseignantes agressées ne se reproduise plus à l’avenir.