La première semaine du mois de mars s’est achevée pour le chef de l’Etat par une série de nouvelles rencontres avec des formations politiques dans une quête de nouvelles adhésions à sa feuille de route annonçant notamment, pour les très prochains mois, des consultations électorales avec la possibilité d’opter pour un jumelage des législatives et des locales.

Cependant, les plans de Tebboune continuent à susciter la désapprobation de la rue qui continue à exprimer une demande de changement, trois jours après sa mise en garde, à l’occasion de l’entrevue qu’il a eue avec des représentants de la presse nationale, contre «les velléités de certaines parties visant à bloquer le changement souhaité par une contre-révolution». A cette pression persistante de la rue est venue se greffer l’appel du commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme (HCDH) aux autorités pour «cesser de recourir à la violence contre des manifestants pacifiques et à mettre fin aux arrestations ainsi qu’aux détentions arbitraires». Faisant le constat d’un recours à la «force excessive» des forces de l’ordre, le commissaire onusien dit se référer à des informations jugées «fiables», déplorant «des centaines d’arrestations, depuis la reprise des manifestations, le 13 février 2021».
Dans le cadre des consultations et dialogue qu’il a enclenché dès son retour d’Allemagne, le premier magistrat du pays a reçu jeudi dernier trois responsables de parti politique avec lesquels il a abordé la situation générale du pays et les échéances électorales à venir. Dans une déclaration à la presse à l’issue de l’audience que lui a accordée le Président, le secrétaire général du RND M. Zitouni a indiqué avoir échangé «de manière exhaustive des moyens de renforcer le front interne et du rôle de la classe politique dans la consolidation de la cohésion nationale», estimant que «la stabilité interne est un facteur favorable à l’édification de l’Algérie nouvelle et à la satisfaction des revendications des citoyens, ainsi qu’à la construction d’une économie forte sur des bases solides». Il a ajouté que la rencontre «a porté sur les questions économiques, les chantiers à ouvrir et le traitement des dossiers soulevés, liés essentiellement au pouvoir d’achat, à la création de postes d’emploi et au soutien de la classe politique à ces chantiers».
Le président par intérim du parti Talaie El Hourriyet, Abdelkader Saadi, a estimé, quant à lui, que l’organisation d’élections locales et législatives le même jour, une possibilité évoquée la semaine passée par M. Tebboune, «sera difficile sur le plan pratique et pourrait nuire à la crédibilité de l’opération électorale». Le même responsable a indiqué avoir évoqué avec le Président le projet de la loi électorale, notamment en ce qui concerne le seuil des 4% exigé aux partis politiques lors de leur dernière participation au vote, soulignant avoir insisté auprès du Président sur «l’impératif de concrétiser le principe d’égalité entre les différents partis politiques».
On peut ainsi retenir que le Président Tebboune continue à quêter, à travers la poursuite du dialogue avec les acteurs, un large consensus parmi les courants politiques pour de nouvelles adhésions à sa démarche qui prévoit notamment des élections législatives anticipées d’ici juin prochain.

Nationalité : un avant-projet controversé
Par ailleurs, le projet de loi visant à imposer la déchéance de la nationalité algérienne, présenté mercredi dernier par le ministre de la Justice, Belkacem Zeghmati, en conseil du gouvernement, continue à susciter une vive polémique au sein de l’opinion publique avec la multiplication des appels à abandonner le texte en question. Lors des marches d’avant-hier ainsi que sur les réseaux sociaux, le projet a été décrié de façon unanime.
Le ministre de la Justice a présenté lors de cette réunion l’avant-projet de loi modifiant et complétant l’Ordonnance n 70-86 du 15/12/1970 portant code de la nationalité algérienne qui prévoit «la mise en place d’une procédure de déchéance de la nationalité algérienne acquise ou d’origine qui sera applicable à tout Algérien qui commet, en dehors du territoire national, des actes portant volontairement de graves préjudices aux intérêts de l’Etat ou qui portent atteinte à l’unité nationale.
Dans son exposé, M. Zeghmati a indiqué que «la mesure s’appliquerait aussi à celui qui active ou adhère à une organisation terroriste ainsi que celui qui la finance ou qui en fait l’apologie», ajoutant que ce dispositif «concerne également toute personne qui collabore avec un Etat ennemi».
Ce projet de texte est cependant décrié par des avocats à l’image de Me Mokrane Aït Larbi, pour qui «le retrait de la nationalité d’origine, héritée de père en fils est totalement inapplicable, ajoutant que les pères et les grands-pères des Algériens sont morts pour la nationalité algérienne». Il ajoutera «quelle que soit la gravité des crimes commis par le détenteur de la nationalité d’origine, celle-ci ne peut être retirée, car l’Algérien authentique préférera être exécuté en raison des crimes qu’il a commis, mais il refusera qu’il soit déchu de sa nationalité pour laquelle ses pères et grand-père se sont sacrifiés».
Le même avocat met en garde «quiconque tenterait de retirer la nationalité d’origine aux Algériens pour assumer sa responsabilité devant l’histoire», rappelant que «même les Harkis n’ont pas été déchus de leur nationalité d’origine, que dire alors des autres Algériens».
Pour Me Abdallah Haboul, avocat et ancien magistrat, ce sont les fondements mêmes de l’Etat qui sont ciblés par une telle mesure. «L’Etat se définit par trois éléments constitutifs : un territoire, une population et un pouvoir. La relation entre les trois éléments, c’est la nationalité. Déchoir un citoyen de sa nationalité reviendrait à briser ce lien», a-t-il soutenu.