La question de la tutelle sous laquelle va être mise l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP) et qui a suscité polémique entre les partisans du maintien de cette agence sous la direction du ministère de la Santé et ceux qui tiennent à l’affilier au ministère de l’Industrie pharmaceutique a été tranchée lors du dernier Conseil des ministres. Désormais, la responsabilité de l’agence incombe au département de Lotfi Benbahmed.

L’ANPP, en veilleuse depuis plusieurs années, sera sous la tutelle de l’Industrie pharmaceutique, selon les termes du communiqué de la réunion du Conseil des ministres au cours de laquelle le président Tebboune a ordonné «d’accorder à l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP) placée sous la tutelle du ministère de l’Industrie pharmaceutique, les prérogatives de réguler et d’organiser le marché et de développer l’industrie pharmaceutique».
Une décision qui met fin à une bataille que se livraient jusque-là par déclarations interposées le ministère de l’Industrie pharmaceutique et le Syndicat national algérien des pharmaciens d’officine (SNAPO).
Ce dernier, par la voie de son président, Messaoud Belambri, dit «respecter la décision du président de la République», précisant avoir «agi, au même titre que les autres syndicats et experts de la santé, dans l’intérêt de la santé publique et de la sécurité sanitaire».
M. Belambri soutient cependant que «dans tous les pays du monde, les agences de médicament ont une vocation de santé publique, elles sont créées pour limiter l’influence des laboratoires sur les décisions des autorités sanitaires à travers le levier de l’enregistrement, de contrôle, de l’homologation et de la délivrance de toutes sortes d’autorisations liées à la commercialisation et à l’utilisation du médicament». Il fera remarquer dans ce sens et vu le contexte économique général, et le montant de la facture de l’importation, les autorités ont voulu donner à cette agence un rôle plutôt à visée économique et non sanitaire de sorte que cette agence puisse booster la production nationale et puisse aider à économiser sur le montant de la facture des médicaments importés.
Or, c’est plutôt l’aspect lié à la sécurité sanitaire qui «doit primer sur les aspects économiques», souligne M. Belambri, pour qui l’agence «ne peut pas constituer à elle seule la solution à tous les problèmes que connait l’industrie nationale».
Cela étant dit, le premier responsable du SNAPO ne plaide pas moins pour une agence des produits pharmaceutiques dotés de toutes les prérogatives et les moyens nécessaires pour qu’elle soit véritablement un plus au secteur du médicament.
«Dans tous les cas, nous souhaitons que cette agence puisse disposer de tous les moyens humains et matériels qu’il lui faut, afin qu’elle puisse accomplir ses missions et atteindre les objectifs que tout le monde attend, non seulement le politique, mais également la famille de la santé et la population surtout en matière de disponibilité des médicaments, et du contrôle et de la garantie de leur qualité», a relevé M. Belambri. Il faut rappeler qu’à la mi-août, le SNPAO s’est élevé contre le projet d’ordonnance qui prévoit la mise de l’ANPP sous la tutelle de l’Industrie pharmaceutique.
Selon le SNAPO, «mettre une Agence sous la tutelle d’un secteur industriel entraînera inévitablement des situations de conflit d’intérêts. Une Agence Sanitaire doit disposer d’une autonomie de décision sur le plan technique», estimant que «cette autonomie ne peut se concrétiser que par son placement sous la tutelle du secteur de la santé».
De son côté, le Collectif des professeurs en sciences médicales s’est exprimé, à plusieurs reprises, en faveur du maintien de l’agence sous la tutelle du ministère de la Santé.
«Dans aucun pays au monde, la gestion d’une agence du médicament n’est revendiquée par le ministère de l’Industrie et ne se trouve sous sa tutelle, surtout que cette agence gère directement le Laboratoire national de contrôle des produits pharmaceutiques», souligne le collectif dans une déclaration qui désigne une «incohérence» d’organisation dans le cas de la mise de cette agence sous la tutelle du secteur de l’Industrie.
Pour sa part, l’Union nationale des opérateurs de pharmacie (UNOP) a préféré ne pas s’impliquer dans cette polémique, jugeant plus opportun de se conformer à ce que lui permettent ses prérogatives statutaires tout en continuant à plaider pour que cette Agence soit «opérationnelle et dotée de tous les moyens humains, matériels et financiers au regard des importantes».
Des syndicats du secteur, à l’image du SNSSP, SNSP, SNMG, se sont également opposés à la mise de l’ANPP sous la tutelle de l’Industrie. n