Depuis quelques jours, l’Agence nationale des produits pharmaceutiques souffre d’une querelle de paternité et est devenue une couveuse de polémiques : faut-il la faire passer sous la tutelle du ministère délégué à l’Industrie pharmaceutique comme c’est prévu par le gouvernement ? Ou faut-il la garder sous l’autorité du département de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière ? La question suscite de vives réactions après la prise de position du SNAPO. Le Syndicat des pharmaciens d’officines veut que l’Agence demeure sous le contrôle de la Santé…

La mise de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP) sous la tutelle du ministère de l’Industrie pharmaceutique fait polémique et suscite de vives réactions de désapprobations de la part de certaines voix, comme le Syndicat des pharmaciens d’officines (Snapo), qui préfèrent voir cette Agence évoluer sous la tutelle du ministère de la Santé.
Ainsi après l’opposition exprimée publiquement par le Snapo, qui s’est adressé directement au premier magistrat du pays, la réplique ne s’est fait pas attendre de la part du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens (CNOP) qui a tenté de tordre le cou aux critiques formulées par le Snapo.
«Contrairement à ce qui a pu être maladroitement déclaré, surtout au sujet d’une institution gouvernementale, ce nouveau dispositif permettra de réduire les conflits d’intérêts, séparant les praticiens de l’industrie pharmaceutique, permettant, grâce à la numérisation une transparence dans la prise de décision et une traçabilité totale du circuit du produit pharmaceutique», peut-on lire dans la riposte du Cnop.
Selon le Cnop, «le plan d’action novateur et ambitieux du ministère de l’Industrie pharmaceutique, adopté en Conseil des ministres, intégrait logiquement la tutelle de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques, noyau central de toute politique pharmaceutique». Le même Cnop soutient que «l’ensemble des acteurs du secteur a salué la création d’un ministère délégué, puis d’un ministère de l’Industrie pharmaceutique, estimant qu’en quelques mois, l’Agence en léthargie depuis des années a été́ enfin dotée de moyens, d’un siège, permettant aux nombreux producteurs locaux d’espérer une prise en charge de leurs problématiques administratives et réglementaires qui, au seul profit de l’importation, retardaient, voire compromettaient, leurs projets de production». Dans une allusion à l’opposition du Snapo, le Cnop s’est adressé à «l’ensemble de nos consœurs et confrères» desquels est attendu de «se démarquer des tentatives de manipulation et de désinformation orchestrées par des parties soucieuses de préserver leurs intérêts ou leurs positions sans se soucier de l’avenir de la profession et du pays», conclut le communiqué. Or, pour le Snapo, il n’y a rien qui justifie la prise d’une pareille décision «dans l’urgence», qui accuse des visées d’un passage en force.
«Alors que depuis des dizaines d’années, notre pays et tous les acteurs de la santé attendaient que cette agence soit installée et puisse commencer à travailler, on assiste à un coup de manœuvre extrêmement dangereux, visant à essayer de mettre cette agence sous la tutelle de l’industrie, au lieu de celui de la santé. C’est une tentative de passage en force dangereuse, qui suscite de nombreuses interrogations sur les véritables enjeux et motivations de cette manœuvre», écrit le Snapo dans sa lettre au président Tebboune.
Pour le Snapo, «mettre une agence sanitaire sous la tutelle d’un secteur industriel entraînera inévitablement des situations de conflit d’intérêts. Une agence sanitaire doit disposer d’une autonomie de décision sur le plan technique», relevant que «cette autonomie ne peut se concrétiser que par son placement sous la tutelle du secteur de la santé». Le syndicat ajoute que si l’Agence venait à être «placée sous la tutelle de l’industrie, elle sera, directement ou indirectement, en situation de dépendance vis-à-vis des firmes pharmaceutiques, et ce, avec induction systématique de conflits d’intérêts inévitables qui vont miner et corrompre notre système de santé». Pour sa part, l’Union nationale des opérateurs de pharmacie (Unop) ne veut pas s’impliquer dans cette polémique, préférant se conformer à ce que lui permettent ses prérogatives statutaires tout en continuant à plaider pour que cette Agence soit «opérationnelle et dotée de tous les moyens humains, matériels et financiers au regard des importantes».

L’avis du collectif des professeurs en sciences médicales
Par contre, le Collectif des professeurs en sciences médicales ne voit pas de raisons convaincantes pour mettre cette agence sous la tutelle du département de l’industrie, appuyant ainsi la thèse du Snapo. «Dans aucun pays au monde, la gestion d’une agence du médicament n’est revendiquée par le ministère de l’Industrie et ne se trouve sous sa tutelle, surtout que cette agence gère directement le Laboratoire national de contrôle des produits pharmaceutiques», souligne le collectif dans une déclaration qui désigne une «incohérence» d’organisation dans le cas de la mise de cette agence sous la tutelle du secteur de l’Industrie. «Sous quelle tutelle serait placée la Direction générale de la pharmacie du ministère de la Santé et quelles en seraient les missions ? Direction qui constitue avec celle de la prévention les piliers de cette institution. Cela ne s’est vu dans aucun autre pays, ni à économie administrée ni à économie ultralibérale», observe le collectif.
Ce dernier juge, par ailleurs, que «la restructuration qu’a connue le département de la santé ces dernières années (désignation de ministre délégué et des agences, comité et commissions), a donné lieu à «des malentendus et de graves dysfonctionnements entre leurs responsables, vu que les prérogatives des uns et des autres ne sont pas clairement définies, en dehors de celles du ministère de la Santé dont les missions ressortent de son propre organigramme».