Le pape François part mercredi pour un voyage dans trois pays d’Afrique et de l’océan Indien – les très pauvres Mozambique et Madagascar, mais aussi l’île touristique de Maurice – où il plaidera pour la paix et la justice sociale. Après celui de novembre 2015, ce sera le deuxième voyage du souverain pontife en Afrique subsaharienne, un périple qui le conduira uniquement dans les capitales des pays visités. Au risque de décevoir les Mozambicains vivant dans une grande précarité à Beira (centre), rapporte l’AFP.
La deuxième ville du pays a été balayée en mars dernier par le cyclone Idai, qui a fait 600 morts et des centaines de milliers de sans-abri. Six mois après, nombre de sinistrés manquent d’un toit et de nourriture. «J’espérais que le pape viendrait fouler le sol de Beira», a confié à l’agence de presse une habitante catholique. Pour marquer la venue exceptionnelle du pape dans ce pays majoritairement chrétien, le gouvernement a malgré tout consacré environ 300.000 euros aux préparatifs, selon le ministre des Affaires étrangères, Jose Pacheco. La visite intervient un mois après la signature d’un traité de paix historique entre le gouvernement et la Renamo, l’ex-rébellion devenue le principal parti d’opposition. La guerre civile meurtrière qui les a opposés a pris fin voici vingt-sept ans mais la Renamo n’a jamais totalement désarmé. Dans son message vidéo, le pape, a appelé à un renforcement de «la réconciliation fraternelle au Mozambique et en Afrique, seule espérance pour une paix solide et durable».
«Le pape doit apporter une note d’espoir aux habitants, qui doivent relever la tête», a souhaité auprès de l’AFP l’évêque de Pemba (nord), Mgr Luiz Fernandes. «Il s’exprimera sur les conflits, le besoin d’unir tout le monde, forces gouvernementales et société civile», spécule-t-il. «Il parlera certainement de partage des richesses, de justice sociale. Car il n’y a pas de paix sans justice sociale». François pourrait aussi s’ériger contre le fanatisme. La province de cet évêque est secouée depuis deux ans par des attaques djihadistes qui ont fait plus de 300 morts.
Une paix toujours fragile
Le gouvernement et l’ex-rébellion devenue principal parti d’opposition du Mozambique ont signé le mois dernier un accord censé mettre un point final à un conflit de plus de quarante ans. Peu de temps après son indépendance en 1975, l’ex-colonie portugaise a sombré dans une guerre civile meurtrière. Les combats qui ont opposé le gouvernement du Frelimo (Front de libération du Mozambique) et la Résistance nationale du Mozambique (Renamo) ont fait plus d’un million de morts jusqu’à la signature d’un traité de paix en 1992.
Alors devenue un parti d’opposition, la Renamo a repris les armes en 2013 pour dénoncer la mainmise sur le pays du Frelimo, qui règne sans partage depuis l’indépendance. Retranché dans les montagnes du centre du pays, son chef historique, Afonso Dhlakama, a toutefois déclaré un cessez-le-feu unilatéral en 2016 et engagé des négociations avec le gouvernement du président Filipe Nuysi. Les deux hommes se sont rapidement accordés sur une réforme de décentralisation censée offrir à la Renamo le contrôle de plusieurs provinces, mais leurs pourparlers ont longtemps buté sur le désarmement des combattants de la Renamo. Après la mort de Dhlakama en 2018, son successeur, Ossufo Momade a repris les discussions, qui ont finalement abouti par la signature en grande pompe le 6 août dernier à Maputo d’un accord de paix en bonne et due forme.
Le Mozambique ne sera plus «jamais un théâtre de guerre», a alors promis le président Nyusi. M. Momade a salué pour sa part «le début d’une nouvelle ère». En vertu de ce texte, certains des combattants désarmés de la Renamo doivent intégrer l’armée et la police nationale, d’autres retourner à la vie civile grâce à une aide financière.
Au total, 5.221 membres de l’aile armée du parti doivent remettre leurs armes au gouvernement. Mais malgré cet accord, la paix reste fragile au Mozambique à moins de deux mois des prochaines élections générales, auxquelles le Frelimo et la Renamo doivent participer Quelques jours à peine après sa signature, le parti d’opposition a accusé son rival du pouvoir et la police d’être à l’origine de plusieurs agressions visant ses membres. n