Le nouveau rapport de la Banque africaine de développement et de ses partenaires sur l’«Indice 2022 de l’industrialisation en Afrique»révèle que 37 pays africains ont progressé sur la voie de l’industrialisation au cours de la dernière décennie. Il a été recommandé cependant aux Etats du continent d’adopter des politiques industrielles plus proactives pour favoriser la croissance dans les secteurs les plus prometteurs.

PAR NAZIM BRAHIMI
En effet, si des progressions ont été enregistrées dans ce registre, il n’en demeure pas moins qu’il y a urgence d’adopter une politique industrielle plus active dans la mesure où le rapport a relevé que le rythme du développement industriel reste trop lent.
Les emplois ne sont pas créés au rythme requis pour satisfaire les besoins d’une population en pleine croissance et permettre aux pays de tirer parti du dividende démographique qui en résulte, ont déploré les rédacteurs du rapport.
L’Indice 2022 de l’industrialisation en Afrique montre en effet que 25 des 52 pays se situent au-dessus de la moyenne imputée pour l’ensemble du continent. La moitié des pays de la région Afrique du Nord figurent parmi les pays les mieux classés (avec un score supérieur à la moyenne africaine), l’Algérie et la Libye, qui faisaient partie du quintile supérieur, l’ayant quitté pour rejoindre le quintile moyen supérieur et moyen respectivement
Le rapport en question a été rendu public quelques jours seulement après le Sommet extraordinaire de l’Union africaine sur l’industrialisation et la diversification économique et la Session extraordinaire de l’UA sur la Zone de libre-échange continentale africaine qui s’est tenu à Niamey (Niger).
Le thème du sommet était «Industrialiser l’Afrique : un engagement renouvelé pour une industrialisation et une diversification économique inclusives et durables».
C’est d’ailleurs en marge de ce Sommet qu’a été lancée la première édition du rapport conjointement par la Banque africaine de développement, l’Union africaine et l’ONUDI.
Le rapport sur l’Indice de l’industrialisation en Afrique (AII) fournit une évaluation à l’échelle nationale des progrès réalisés par les 52 pays africains sur la base de 19 indicateurs clés.

Paramètres d’évaluation
Le rapport de la BAD a expliqué que les 19 indicateurs de l’indice couvrent les performances manufacturières, le capital, la main-d’œuvre, l’environnement des affaires, les infrastructures et la stabilité macroéconomique.
L’indice établit également un classement du niveau d’industrialisation des pays africains selon trois axes : les performances, les déterminants directs et indirects.
Les déterminants directs comprennent les dotations en capital et en main-d’œuvre et la manière dont elles sont déployées pour stimuler le développement industriel. Les déterminants indirects comprennent les conditions environnementales favorables telles que la stabilité macroéconomique, des institutions et des infrastructures solides.
L’Afrique du Sud a conservé un classement très élevé tout au long de la période 2010-2021, suivie de près par le Maroc, qui occupait la deuxième place en 2022. L’Égypte, la Tunisie, Maurice et Eswatini complètent le top six sur la période, selon le rapport.
«si l’Afrique a fait des progrès encourageants en matière d’industrialisation au cours de la période 2010-2022, la pandémie de Covid-19 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie ont freiné ses efforts et mis en évidence des lacunes dans les systèmes de production», a affirmé Abdu Mukhtar, directeur du Développement de l’industrie et du commerce à la BAD, qui a ajouté que «le continent a une occasion unique de remédier à cette dépendance en renforçant davantage son intégration et en conquérant ses propres marchés émergents.»
Pour le même responsable, « la Zone de libre-échange continentale africaine constitue une opportunité inédite de créer un marché unique de 1,3 milliard de personnes et de générer des dépenses cumulées des consommateurs et des entreprises pouvant atteindre 4 000 milliards de dollars, ce qui offre la possibilité de renforcer leurs liens commerciaux et de production et de tirer enfin parti de la compétitivité industrielle de l’intégration régionale, comme l’ont fait d’autres régions».
La BAD a investi jusqu’à 8 milliards de dollars au cours des cinq dernières années dans le cadre de sa priorité stratégique «High-5» dénommée «Industrialiser l’Afrique». Rien que dans le secteur pharmaceutique, «nous avons l’intention de dépenser au moins 3 milliards de dollars d’ici 2030», selon M. Mukhtar.

Du chemin à faire
A noter qu’une des conclusions clés du rapport relève que «l’Afrique du Nord reste la région africaine la plus avancée en matière de développement industriel, suivie par l’Afrique australe, l’Afrique centrale, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique de l’Est».
L’Afrique du Nord est la sous-région la plus performante au titre del’Indice 2022 de l’industrialisation en Afrique. Trois des six pays qui la composent se classent parmi les 10 pays les plus performants et sa note moyenne est d’environ 0,7, indique-t-on.
«Le Maroc, l’Egypte et la Tunisie obtiennent de bons résultats pour chaque sous-composante de l’IIA. La Libye et l’Algérie ont encore du chemin à parcourir pour atteindre l’objectif de diversification hors hydrocarbures. La sous-région tire parti de sa proximité immédiate avec l’Union européenne, mais elle gagnerait à renforcer la connectivité entre ses pays membres et à améliorer les corridors Nord-Sud avec l’arrière-pays et le reste du continent africain», selon des notes de l’Indice par sous-région. <