La créativité des talents artistiques africains était au cœur de l’exposition, intitulée «Afrique en Créa-Action», initiée par le collectif des étudiants africains en Algérie, Carrefour Cadenkoso, dans le cadre des activités culturelles et artistiques, organisées à l’occasion de la manifestation «La Nuit des Idées », qui s’est déroulée, jeudi dernier, à l’Institut français d’Alger (IFA).

Véritable performance artistique sublimant les racines africaines, avec une touche de vision contemporaine, l’«Afrique en Créa-Action» est le fruit d’un atelier de création artistique qui s’est déroulé durant quinze jours à l’IFA, spécialement à l’occasion de « la Nuit des idées », placée cette année sous la thématique «être vivant». Conçu comme un laboratoire de création, cet atelier a réuni des étudiants de divers horizons à l’instar des Nigérians Harouna Iissaka, étudiant en géologie à Annaba, et Hamouda Hassane Al Hassane, étudiant en anglais, de Coda Richard Venceslas Houssounou du Benin, étudiant en physique, M’bou Koua Slov Divin du Congo, étudiant en biologie, Sulaiman Shaheen de Palestine, étudiant à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts, et les Algériennes Siham Berkane, étudiante en mathématiques, et Sameh Djemil, étudiante en tourisme. En plus des multiples œuvres exposées, les étudiants ont aussi réalisé une performance en présence du public avec une finalisation de certaines.
Affairée à finaliser une de ses œuvres, où la peinture est gorgée de paillettes, pour sublimer des silhouettes féminines aux tenues futuristes, Sameh Djemil prend le temps d’expliquer aux visiteurs, qui se penchent sur son travail, qu’en marge de ses études, elle a développé en autodidacte ses talents d’artiste et que l’un de ses rêves est de faire des dessins de stylistes pour des tenues modernes et traditionnelles algériennes. Toutefois, parmi ses œuvres déjà accrochées au mur, se distingue une œuvre pétrie de tristesse. Elle nous confie d’une voix nouée par l’émotion que « ce dessin est un cri du cœur ». « C’est à la mémoire de mon père et mon frère que j’ai perdus tragiquement, il y a dix-sept ans. J’étais très proche d’eux et je ressens leur absence jusqu’à aujourd’hui. L’art m’aide à transcender ma tristesse et ce tableau est aussi un hommage à ma mère qui a eu le courage de surmonter son terrible deuil pour nous faire grandir et nous offrir la meilleure des éducations». L’émotion et le devoir de mémoire étaient aussi présents dans les œuvres de M’bou Koua Slov Divin du Congo, des dessins au crayon et fusain autour de la thématique de la vente des esclaves au siècle passé. Il nous souligne à ce propos qu’ «il est important de rappeler ce qui s’est passé avant notre époque. Un devoir mémoriel pour la résistance de ces Africains que l’on a vendus comme esclaves et qui ont pourtant résisté pour retrouver leur liberté, à l’image du célèbre Kounta Kounté». Il enchaîne que «cela exprime aussi cette soif de liberté qui est transmise de génération en génération et une manière de dire laissez-nous voler de nos propres ailes». Le dessinateur congolais, qui a attiré l’attention des enfants présents parmi les visiteurs, lors de sa performance de finalisation de ses dessins, a improvisé sur place un atelier de dessin pour enfants au plus grand bonheur des dessinateurs en herbe. Très attentionné et pédagogue avec les enfants, il nous confie que «cela s’est fait spontanément. C’est gratifiant de voir les enfants s’intéresser et captivés par ma manière de dessiner. C’est un bonheur de partager cette passion avec eux ».
Quant au jeune dessinateur Harouna Iissaka du Niger, et qui expose pour la première fois en Algérie étant donné que c’est sa première année ici, il présente une série d’œuvres relatant le cheminement de la vie à travers des portraits de tranches de vie féminines depuis l’enfance jusqu’à la vieillesse, en passant par la jeunesse. Il présente aussi un dessin abordant la thématique de l’immigration clandestine, où le regard est happé par la détresse des passagers d’une embarcation de fortune sur une mer déchaînée, dont l’image la plus poignante est une mère qui tente de sauver son jeune enfant à bout de bras. D’une voix nouée par l’émotion, il nous explique que « le phénomène de l’immigration clandestine touche toute l’Afrique du Nord au Sud. A travers mon dessin, je veux exprimer que ce phénomène ne concerne pas seulement les jeunes chômeurs mais toutes les catégories sociales. Sur cette barque, vous avez des diplomates, des étudiants, des vieillards, des femmes enceintes et des parents avec leurs enfants ». Il ajoute que « c’est une réalité qui touche tous les peuples d’Afrique. Ils pensent qu’ils quittent un pays pour un autre pays avec la certitude d’avoir une vie meilleure. Mais, en réalité, c’est faux car, au final, ils ne trouvent que la mort et s’ils survivent c’est la misère qui les attend. Ce qui m’attriste profondément c’est que la terre africaine est très riche ». Le jeune étudiant nigérian conclut avec une profonde conviction : «J’ai l’espoir que l’émigration pourra s’arrêter un jour. Personnellement, je pense qu’il faut garder espoir, aimer sa patrie et continuer à se battre pour que les choses s’améliorent sur place en Afrique ».

Œuvrer à promouvoir l’image de l’Algérie et de l’Afrique
Le président du collectif des étudiants africains Carrefour Cadenkoso, le Malien Moussa Sissoko, doctorant en biologie des maladies infectieuses, nous a confié, lors du vernissage de cette exposition, qu’«on a voulu participer à cette manifestation internationale, qui est organisée au niveau de l’Institut français, afin de mettre en valeur les talents africains». En ajoutant : « Il y a des étudiants algériens, beninois, congolais, nigérians… c’est une mixité et une diversité qui est présente, aujourd’hui, pour faire ressortir les diverses cultures de l’Afrique ». Il ajoute : «Quand on fait la promotion des talents africains c’est comme si on faisait la promotion de la formation des universités algériennes. Ces talents sont des produits typiques de l’Algérie et c’est un plus pour nous d’être ici. C’est pour cela que l’on considère que c’est un devoir de promouvoir une image positive de l’Algérie parce qu’il y a beaucoup d’images négatives sur l’Algérie. Je pense qu’il est important de faire changer les choses pour promouvoir l’image de l’Algérie mais aussi de l’Afrique ».
Promouvoir cette image passe également par le septième art, où le collectif organise en partenariat avec l’Institut français d’Alger, des projections, chaque premier samedi du mois, de grands films du cinéma africain. Moussa Sissoko précise que l’action du collectif Cadenkoso ne se limite pas seulement à l’art et à la culture mais est élargie à d’autres domaines, tels que l’entrepreneuriat, en apportant un soutien aux étudiants porteurs de projets innovants.
Le président du Collectif des étudiants africains en Algérie nous annonce aussi, que le collectif est en pleine préparation de deux événements d’envergure. Le premier est l’organisation de la semaine des idées africaines et le second est le Forum de la diaspora subsaharienne en Algérie qui va notamment regrouper les représentations diplomatiques de ces pays, les différentes entreprises présentes en Algérie et tous ceux qui sont dans l’entreprenariat, afin de regrouper les sections économiques et culturelles. Notre interlocuteur nous rappelle qu’il ya plus de 30 000 étudiants africains en Algérie, venus de 35 pays différents anglophones, lusophones ou francophones, ce qui est un véritable vivier de performances et de talents africains dans tous les domaines qui peuvent contribuer à améliorer les choses en Afrique.n